Le premier candidat élu est Donnchadh Ó Laoghaire, le premier d’un important groupe de députés du Sinn Fein, le parti nationaliste irlandais, qui siégeront au parlement irlandais le Dail où se concentre le pouvoir législatif.

C’est la forte surprise des élections de samedi dernier qui ont eu lieu en République d’Irlande, le succès sans précédent de celui qui, fondé en 1905 et engagé pour l’indépendance de l’île et la réunification des deux Irlande, fut le bras politique de l’IRA (Irish Republican Army).

Le Sinn Fein arrive en tête avec 24,5 %, contre 22,2% pour le Fianna Fáil et 20,9% pour le Fine Gael, ce qui, en soi, représente une première historique. Le taux de participation s’est élevé à 62,9%. Cette élection renverse ainsi le quasi-monopole qu’exercent sur le pouvoir, depuis un siècle, les partis centriste Fine Gael et Fianna Fail, eux-mêmes héritiers des protagonistes de la guerre civile des années 1920. Le Sinn Fein est crédité selon les estimations entre  36 et 40 parlementaires, soit à peu près le maximum de ce qu’il peut obtenir, n’ayant présenté que quarante-deux candidats aux élections (contre 84 pour le FF et 82 pour le FG), ce qui limitera mécaniquement sa capacité à peser au Dail, qui compte cent soixante sièges.

Bien que défendant une politique sociale et sociétale très à gauche, le parti nationaliste reste le « diable » pour les deux partis du système, le Fine Gael et Fianna Fail, qui feront tout pour l’évincer de la constitution du futur gouvernement.

Cependant la montée du seul parti présent au Nord et au Sud de l’Irlande et ardent défenseur de la réunification, lance un signal fort à Londres. Qui peut craindre des pressions pour la tenue d’un référendum pour l’unification de l’île

Francesca de Villasmundo

Cet article vous a plu ? MPI est une association à but non lucratif qui offre un service de réinformation gratuit et qui ne subsiste que par la générosité de ses lecteurs. Merci de votre soutien !

3 commentaires

  1. Nicolas says:

    Je suis résident en Irlande du Nord depuis quelques années, et je pense qu’une petite précision est nécessaire pour une meilleure compréhension de la situation politique de l’île alors qu’on l’analyse au travers de notre prisme français.

    Le parti Sinn Fein n’est ni plus ni moins que l’équivalent de notre Parti Socialiste. Attention à l’impression que peut faire le terme “nationaliste” dans notre grille de lecture française.

    En Irlande, “nationaliste” signifie avant tout “favorable à la nation irlandaise, soit à la conception selon laquelle l’île d’Irlande devrait être le territoire d’un seul État, puisque correspondant à une seule nation”. Aux antipodes des “nationalistes” sont les “unionistes” ou “loyalistes”, que l’on retrouve aujourd’hui en Irlande du Nord uniquement et qui, eux, sont favorables à “l’union” des six comtés représentant la province d’Irlande du Nord avec le “Royaume-Uni”, c’est-à-dire ceux qui sont “loyaux” à la couronne britannique. Cela n’a rien à voir avec le “nationalisme” tel qu’on peut le définir dans les pays d’Europe de l’ouest.

    En effet, s’inscrivant en opposition aux “unionistes”/”loyalistes”, d’essence presbytériens et extrêmement conservateurs sur le plan sociétal (souvenons-nous que l’Irlande du Nord a été, jusqu’en octobre 2019, le dernier pays d’Europe interdisant avortement et “mariage” homosexuel–ça leur a été finalement imposé par Londres), Sinn Fein prend la posture exactement opposée : ce sont des pro-avortement, des partisans résolus de l’agenda LGBT, des immigrationnistes obsédés par le multiculturalisme, des fervents partisans de l’Union Européenne, et résolument des anti-catholiques de philosophie néo-marxiste.

    Si l’IRA a, à sa formation, eu une résonance catholique, celle-ci s’est effacée au fil des décennies, dans un premier temps suite à la reprise par la franc-maçonnerie de l’idéal de libération de la “nation irlandaise”, puis dans les années 60-80 lorsque l’argent des services secrets étrangers (principalement américains) a commencé à alimenter leurs caisses pour déstabiliser l’Irlande du Nord et saper la puissance industrielle britannique (à l’instar, à la même période, de ce qui s’est passé pour nous en Algérie Française).

    Donc que Sinn Fein arrive en tête, que les “nationalistes” arrivent en tête, n’est absolument pas de bon augure pour l’Irlande. La République continue de s’enfoncer dans la dégénérescence civilisationnelle et le catholicisme n’est plus, pour l’Irlandais moyen, qu’un rituel familial, une vague superstition, un souvenir du passé. Souvenons-nous que plus de 90% des 18-25 ans ont voté en faveur de l’avortement lors d’un référendum tenu il y a bientôt deux ans.

    Sinn Fein, s’il est majoritaire en République d’Irlande, se synchronisera avec la majorité qu’il est amené à obtenir au parlement nord-irlandais lors des prochaines élections pour travailler à une réunification des deux territoires de l’île. Il est à gager que Londres larguera alors cette province de laquelle elle a retiré toutes ses industries stratégiques et qui, miné par le chômage et la drogue, ne tourne aujourd’hui que sur l’agriculture, le tourisme, et les centres d’appel de sociétés internationales, c’est-à-dire, en somme, sur le modèle économique la République d’Irlande.

    • Merci beaucoup pour vos explications claires qui permettent de comprendre vraiment la situation politique en Irlande.
      Je me suis réjoui trop vite lorsque j’ai lu : « Victoire des nationalistes » et je fais mon mea culpa. Hélas, cela ne fait que confirmer la mauvaise opinion que j’ai des Irlandais compte tenu de leur vassalité historique envers la couronne britannique. Il s’agit en fait, d’une victoire des immigrationistes, se qui tendrait à démontrer que ces gens, dans leur majorité, aiment être envahis et esclaves d’étrangers.
      Je ne peux m’empêcher de penser à cette blague évoquant un général anglais sommé de se rendre par les troupes françaises qui l’ont encerclé et qui déclare fièrement : « Nous nous battrons jusqu’au dernier Irlandais »

  2. Incroyable, les protestants de l’Ulster sont plus proches de l’enseignement de l’Eglise catholique que le Sinn Fein!