Les Etats-Unis ont une nouvelle fois gagné : le chancelier Scholz s’est rendu, il a obéi à la « voix de son maître » et promis de livrer ses Leopards 2 à Kiev. Pour faire passer la pilule de cette capitulation aux injonctions américaines, Biden a promis d‘envoyer des chars Abrams. L’Allemagne abdique ainsi sa souveraineté pour le plus grand avantage de l’oncle Sam préoccupé, depuis la chute de l’URSS, à empêcher tout rapprochement entre la puissance économique germanique et la Russie.

C’est l’analyse portée par diverses voix dissonantes, certainement plus réalistes et moins idéologiques, par rapport au consensus médiatique otanien : derrière la guerre otanienne contre la Russie, ce cache la guerre secrète des Etats-Unis contre l’Allemagne et l’Europe.

L’enjeu est la subordination de l’Allemagne à l’Empire

« La controverse sur le Leopard 2, qui a vu les États-Unis faire pression sur l’Allemagne pour qu’elle fournisse ses chars à Kiev, cette dernière à contrecœur, n’est pas qu’un différend militaire. L’enjeu était la subordination de l’Allemagne à l’Empire, l’annulation définitive des aspirations résiduelles à la pleine souveraineté et, surtout, aux ambitions mondiales cultivées sous la régence de Merkel – pendant des années qualifiées de « femme la plus puissante du monde » » peut-on lire sur le blog italien aux fines critiques Piccole Note. Qui rappelle le passif allemand :

« Bien sûr, l’Allemagne a dû céder une fois de plus, retomber dans l’habit du nain politique qu’elle portait pendant la guerre froide. Comme à son habitude, elle a une nouvelle fois perdu sa guerre, se lançant cette fois dans une vraie guerre, contre la Russie, avec laquelle elle avait construit un partenariat qui a exaspéré les Américains.

« Nous citons une déclaration de l’historien français Emmanuel Todd : « La crise financière de 2008 a montré clairement qu’avec la réunification, l’Allemagne était devenue la première puissance européenne et donc aussi une rivale des États-Unis. Jusqu’en 1989, elle était un nain politique. Plus tard, Berlin a montré qu’il avait l’intention de créer un partenariat avec les Russes. Contrecarrer ce rapprochement est devenu une priorité de la stratégie américaine. Les États-Unis ont toujours fait savoir qu’ils voulaient torpiller l’accord gazier [Nord Stream 2]. L’expansion de l’OTAN en Europe de l’Est n’était pas principalement dirigée contre la Russie, mais contre l’Allemagne. »

Derrière la guerre russo-ukrainienne, les Etats-Unis peuvent ainsi faire une guerre secrète contre Berlin, et l’Europe

Une analyse partagée par Mike Whitney, sur le blog américain Unz Review, qui écrivait le 11 février 2022 c’est-à-dire avant la guerre, alors que la Russie et les États-Unis négociaient encore sur l’entrée de l’Ukraine dans l’OTAN :

« L’establishment américain de la politique étrangère n’est pas content du tout de Nord Stream 2. Ils ne veulent pas que l’Allemagne devienne plus dépendante du gaz russe parce que le commerce crée la confiance et la confiance conduit à l’expansion du commerce. À mesure que les relations se renforcent, davantage de barrières commerciales tombent, les réglementations sont assouplies, les voyages et le tourisme augmentent et une nouvelle architecture de sécurité évolue.

« Dans un monde où l’Allemagne et la Russie étaient des amis et des partenaires commerciaux, il n’y aurait pas besoin de bases militaires américaines, pas de systèmes d’armes et de missiles coûteux fabriqués aux États-Unis, et pas besoin de l’OTAN. De plus, il n’y aurait pas besoin de transactions liées à l’énergie en dollars américains ou de l’accumulation de bons du Trésor américain pour équilibrer les comptes.

« Les transactions entre partenaires commerciaux pourraient être effectuées dans leur propre monnaie, ce qui entraînera forcément une forte baisse de la valeur du dollar et un changement radical de puissance économique. C’est pourquoi l’administration Biden s’oppose à Nord Stream. Ce n’est pas seulement un pipeline, c’est une fenêtre sur l’avenir ; un avenir dans lequel l’Europe et l’Asie se rejoignent dans une vaste zone de libre-échange qui augmentera leur puissance et leur prospérité mutuelle, tout en laissant les États-Unis en dehors du nombrilisme.

« Des relations plus chaudes entre l’Allemagne et la Russie marquent la fin de l’ordre mondial « unipolaire » que les États-Unis ont dirigé au cours des 75 dernières années. Une alliance germano-russe menace de précipiter le déclin de la superpuissance qui frôle déjà le gouffre. C’est pourquoi Washington est déterminé à tout faire pour saboter le Nord Stream et maintenir l’Allemagne sur son orbite. C’est une question de survie. »

L’Ukraine est « l’arme de choix » de Washington pour torpiller le Nord Stream et creuser un fossé entre l’Allemagne et la Russie

D’où la décision de rompre.

« C’est là qu’intervient l’Ukraine, continue Mike Whitney. L’Ukraine est « l’arme de choix » de Washington pour torpiller le Nord Stream et creuser un fossé entre l’Allemagne et la Russie. La stratégie est tirée de la première page du manuel de politique étrangère des États-Unis sous la rubrique : Diviser pour mieux régner.

« Washington doit donner l’impression que la Russie représente une menace pour la sécurité de l’Europe. C’est le but. Ils doivent prouver que Poutine est un agresseur sanguinaire. »

Car derrière la guerre russo-ukrainienne, les Etats-Unis peuvent ainsi faire une guerre secrète contre Berlin, et l’Europe par voie de conséquence :

« L’administration Biden veut « pousser la Russie à une réponse militaire » pour saboter Nord Stream. Cela implique qu’il y aura une sorte de provocation visant à amener Poutine à envoyer ses troupes de l’autre côté de la frontière pour défendre les Russes de souche dans l’est du pays. Si Poutine mordait à l’hameçon, la réponse serait rapide et dure. Les médias condamneront l’action comme une menace pour toute l’Europe, tandis que les dirigeants mondiaux dénonceront Poutine comme le « nouvel Hitler ». C’est la stratégie de Washington en un mot. »

Depuis le début du conflit le 24 février 22, Nord Stream 2 a été mystérieusement détruit, selon les prédictions de Joe Biden et de sa sous-secrétaire d’État aux affaires politiques Victoria Nuland, mais cela ne suffisait pas. L’envoi de Leopard 2 à Kiev représente un autre symbole tangible de soumission à l’Empire. La guerre par procuration contre la Russie fera le reste : elle appauvrira l’Europe, éloignera cette dernière de sa moitié slave, et soutiendra l’économie américaine.

Si elle n’explose pas en un conflit militaire mondial généralisé… petite considération à laquelle les apprentis-sorciers mondialistes, les stratèges atlantistes et généraux de plateaux semblent ne pas donner beaucoup d’importance.

Francesca de Villasmundo

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