Ce n’est bien entendu pas la première fois qu’un joueur de football est abattu dans une affaire de droit commun. C’est arrivé pas plus tard que le 1er juin dernier quand trois joueurs d’un club de 2e division colombienne, le Deportivo Tuloca, ont été agressés chez l’un d’entre eux par des hommes armés. Si le maître de maison, l’arrière gauche (évoluant aussi ailier gauche) et international colombien Cristian Alexis Borja González, s’en est tiré sans dommage, ce n’est pas le cas de son coéquipier, le milieu de terrain Heisen Hower Izquierdo Rentería, qui fut blessé et moins encore de l’avant-centre de l’équipe, Alejandro Peñaranda Trujillo, qui fut abattu. Tout le monde se souvient de l’international colombien (50 sélections et 1 but) et défenseur Andrés Escobar Saldarriaga qui fut abattu le 2 juillet 1994 de 12 balles sur le parking du bar El Indio à Medellin, son assassin scandant « goal ! » à chaque balle tirée. Le joueur allait rejoindre le club italien du Milan AC. Il a payé de sa vie le but inscrit le 22 juin contre son camp lors du premier tour de la Coupe du Monde 1994, permettant au pays organisateur, les Etats-Unis, de gagner 2-1 et éliminant la Colombie… L’an dernier, l’une des stars du football panaméen, Amílcar Henríquez Espinosa, 76 sélections, fut assassiné à Colon le 15 avril 2017, le privant d’une coupe du monde amplement méritée. Mais ce genre d’histoires se passe en Amérique Latine, continent le plus violent du monde.

On pourrait tout aussi bien rappeler le souvenir de l’arrière-droit vedette de l’AS Saint-Etienne (il fit partie de l’équipe quatre fois championne de rang entre 1967 et1970), l’international yougoslave (50 sélections) Vladimir Durkovic, abattu alors qu’il jouait au FC Sion le 22 juin 1972. Il s’agissait non pas d’un crime mais d’une bavure commise par un policier ivre.

Mais ce qui s’est passé dans la nuit du 9 au 10 septembre est une première car se déroulant en France. Devant l’immeuble l’Abricotier de la cité Berthe à La Seyne-sur-Mer, deux hommes ont été mitraillés à la kalashnikov (24 étuis de deux calibres différents retrouvés sur place) à minuit et demi par des agresseurs aujourd’hui en fuite. Le premier, un jeune adolescent de 14 ans originaire des Balkans et prénommé Dani, est mort à l’hôpital. Le second, issue d’une famille dont plusieurs membres ont été mêlés à de précédents règlements de comptes, est décédée sur place, a précisé le procureur de la République de Toulon, Bernard Marchal. Or, ce jeune homme de 19 ans n’était autre que le jeune footballeur sénégalais William Gomis, jusqu’en juin dernier défenseur central de l’équipe réserve de l’AS Saint-Etienne avec laquelle il avait obtenu la montée en Nationale 2 (4e division) et dont il fut occasionnellement le capitaine. Il avait eu son heure de gloire le 6 mai 2017 lors d’un match rejoué comptant pour la 21e journée dans ce qui était alors la CFA 2 (aujourd’hui Nationale 3, 5e division) où il avait inscrit un doublé contre le FC Cournon d’Auvergne. Mais à la différence de ses camarades de club, le gardien de but Stefan Bajic, les défenseurs Wesley Fofana, Léo Petrot et William Saliba, les milieux de terrain Bilal Benkhedim, Madhi Camara et Cyril Martin-Pichon et de l’attaquant Charles Abi, Gomis ne passa pas professionnel et retourna dans sa ville natale de La-Seyne-sur-Mer où il trouva donc la mort, 5 ans après l’avoir quittée pour rejoindre le centre de formation de l’ASSE.

Bien que tous deux Sénégalais, nés à La-Seyne-sur-Mer et formés à Saint-Etienne, et nonobstant le fait que le plus vieux des deux appelait l’autre « petit frère », il n’y avait aucun lien de parenté entre William Gomis et l’ancien avant-centre vedette sénégalais (et international français) de Saint-Etienne, Bafétimbi Gomis, évoluant actuellement dans le championnat saoudien.

Les deux hommes se trouvaient dans une voiture lorsqu’ils ont été pris pour cible par plusieurs individus cagoulés circulant dans un autre véhicule, qui ont tiré à l’AK-47, a précisé une seconde source proche du dossier. Le procureur a confié l’enquête à l’antenne toulonnaise de la police judiciaire marseillaise.  Les cités autour de Toulon, dont celles de La Seyne-sur-Mer, ont connu récemment une recrudescence de la criminalité liée au trafic de drogue, inquiétant notamment les élus.  « Si je suis empreint de tristesse et de compassion envers les familles et les proches des victimes, je suis aussi fou de rage », a déploré le maire socialiste de la Seyne-sur-Mer, Marc Vuillemot, sur son blog le 10 septembre.  Le maire de la Seyne-sur-Mer avait interpellé en juin et en août le Premier ministre et dénoncé que les promesses de renforts policiers du gouvernement “là où il y en a le plus besoin” soient restées lettre morte pour sa commune.

Rappelons que le 29 août 1996, un adjoint au maire de cette ville du Var, Daniel Perrin, agent d’assurance de profession, avait été abattu devant son domicile par deux hommes à moto.

Hristo XIEP

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Un commentaire

  1. Sanguedolce says:

    Il y a longtemps que je ne vais plus en vacances à la Seyne-sur-Mer, la proximité de la cité Berthe ne rendant pas les vacances très attrayantes. Dommage. Je me souviens aussi des manifestations anti FN soutenues par l’ancienne mairie communiste.

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