
« Toutes les vérités se valent », proclame le relativisme religieux.
Un siècle sépare aujourd’hui la condamnation par le Vatican de l’Action Française et l’excommunication des évêques, prêtres et fidèles de la fraternité Saint Pie X.
Il peut paraître aujourd’hui que la première eut des raisons politiques (le nationalisme de Maurras), la seconde des raisons théologiques (la désobéissance au pape). En vérité c’est le contraire qui est vrai.
Ce n’est pas le nationalisme de Maurras qui a été condamné, mais le positivisme religieux qu’il avait emprunté à Auguste Comte et intégré dans sa doctrine.
Ce positivisme était hostile au véritable catholicisme car il se présentait déjà comme un avant-gout de la religion universelle, que le Vatican semble promouvoir aujourd’hui.
En 1849, Auguste Comte avait même créé un calendrier positiviste, destiné à accompagner la religion positiviste comme instrument « d’art de la Mémoire », et de remplacement des saints catholiques du calendrier traditionnel par de grandes figures de l’Humanité. Ce positivisme était clairement l’instrument d’un projet moderniste et révolutionnaire.
Certes, Maurras rejetait clairement l’humanitarisme messianique d’Auguste Comte. Mais le transfert intellectuel qu’il avait opéré en remplaçant le concept d’Humanité par celui de Nation dans sa philosophie, faisait du catholicisme un simple outil conceptuel au service de sa cause.
Or toute instrumentalisation de Dieu au service d’une volonté humaine qui lui est inférieure ne peut qu’être considérée comme une déviance, voire une hérésie par l’Eglise puisque cela revient à ordonner cette cause au-dessus de Dieu, ce qui est inconcevable sur un plan théologique : la condamnation par Pie XI était donc théologiquement fondée.
Elle fut ensuite levée par Pie XII en 1939, qui considéra que l’Action Française ne portait pas les mêmes dérives totalitaires que le nazisme hitlérien, ni la même menace à l’égard de la religion, ce que le prétendu « cercle de la raison » du républicanisme français feint de croire à chaque élection.
Rien de commun avec cette excommunication lancée par Léon XIV contre les 0,07 % de catholiques attachés à la Tradition que compte la planète, dont la présence dérange étrangement plus que celle des promoteurs de gnoses diverses ou de fausses religions.
La Fraternité a eu le souci de justifier le sacre de ses nouveaux évêques par la nécessité où elle se trouvait de continuer à ordonner des prêtres, tout en prenant soin de préciser que ces évêques ne bénéficiaient nullement d’un quelconque pouvoir de juridiction, et donc n’entraient nullement en conflit avec le pape lui-même. Reconnaître l’autorité de Rome en la matière, c’est d’ailleurs ce que lui reprochent ses ennemis les plus résolus, issus des rangs du sédévacantisme.
En revanche, sa résistance historique face au relativisme doctrinal engendré par le Concile Vatican II, qui fit dire à Mgr Lefebvre que 1989 avait pénétré l’Eglise, telle est la vraie raison de l’excommunication prononcée par le cardinal Víctor Manuel Fernández, préfet du dicastère pour la Doctrine de la foi.
Et cette raison n’est point théologique, mais sournoisement politique. Car le processus révolutionnaire propre au positivisme religieux est bel et bien à l’œuvre dans l’Eglise contemporaine, et ce cardinal en est l’une des figures les plus intrigantes.
« Toutes les vérités se valent », proclame le relativisme religieux.
C’est peut-être exact si l’on considère les croyances humaines ; il en est une, cependant, qu’aucune « vérité humaine » n’égale, c’est la Vérité majuscule du Dieu Trinitaire qu’incarne la Royauté de Jésus-Christ.
Il ne s’agit donc pas de reprocher à la FSSPX une quelconque désobéissance doctrinale, comme on feint de le dire ; on lui reproche en réalité d’incarner dans la tempête le dernier rempart contre le relativisme religieux qui a pris le pouvoir au Vatican.
En quoi la fraternité sacerdotale Saint Pie X aurait-elle, là, matière à se repentir ?
Le Petit Béraldien





