Il est des questions qui se posent : la vie se charge de le faire. D’autres qui se règlent : l’intelligence se charge de le faire. Il en est aussi qui méritent d’être posées – notre intelligence sait le faire -, afin de régler ce qui peut l’être ou, à défaut, de prendre les meilleures dispositions pour y parvenir.

A priori, marcher pour la vie est une bonne chose. Elle est une bonne chose pour tout homme. Elle est une bonne chose pour tout homme mais elle est surtout une bonne chose pour un homme catholique. On imagine mal, en effet, ce même catholique – sauf à usurper ce substantif – marcher pour la mort, bien qu’il marche inexorablement vers celle-ci. La question que nous pose la « marche pour la vie du 21 janvier » n’est pas anodine malgré tout. Elle est celle d’y participer en catholique ou de n’y point participer aussi en catholique. De quoi s’agit-il ?

Le rendez-vous de la « marche pour la vie » est celui d’un collectif citoyen qui se réunit à Paris ce dimanche pour manifester contre toutes les atteintes à la vie dès sa conception et contre toutes celles qui visent à faire de la vie un artifice de la technique. De prime abord, le regard naturel que l’on peut porter sur cette action de protection de la vie est un regard de soutien et même d’encouragement. L’on peut comprendre les motivations du collectif en ce qu’il s’attache à la défense de la vie humaine dans son état comme dans sa « dignité ». Mais ce regard naturel suffit-il à notre approbation ou se suffit-il à lui-même au point de s’affranchir du regard surnaturel qui le présuppose ? Un catholique se doit de répondre à cette question car il est, en parole et en acte, gouverné par sa Foi.

La FSSPX, par la voix de son fondateur, a déjà eu l’occasion de s’exprimer sur la participation des fidèles catholiques à des manifestations sociétales organisées par des collectifs non-catholiques. Or le collectif de la marche pour la vie est un sorte d’auberge espagnole où tous les profils se retrouvent : ceux qui se disent « catho », c’est-à-dire les libéraux, ceux qui le sont pas et se le disent, c’est-à-dire les radicaux, et ceux que l’humanisme fait sourire à la vie tout en malmenant les principes qui la véhiculent ou les ressorts qui la multiplient. Avec la prudence qui était la sienne et fort de l’enseignement magistériel des Papes sur ces épineuses questions, Mgr Lefebvre mettait en garde contre les dangers de ces collaborations qui

« font taire les motifs d’agir catholiques et qui les obligent à agir selon d’autres critères que les leurs ».

Il ajoutait :

« aujourd’hui, plus que jamais nous devons éviter que notre nom (celui de la Fraternité) soit mélangé à des groupes religieux non-catholiques. C’est un œcuménisme pratique inadmissible pour des catholiques et scandaleux ».

La parole était claire. Elle revêtait des accents d’exception qu’elle soumettait à un examen très sérieux.

A regrets, l’invitation des « Pèlerinages de Tradition » est claire également, mais dans une toute autre direction. Sous le patronage du District de France de la FSSPX, elle s’unit, sans préalable et sans condition (1), c’est-à-dire sans examen sérieux, à la marche citoyenne de protestation, et exhorte ses amis et pèlerins à associer leurs bonnes volontés au bon déroulement de la manifestation. Tous les moyens de locomotion sont mis à disposition pour le rendez-vous collectif vers la grande parade d’un 21 janvier qui, occultant l’hommage à Louis XVI dont la tête a roulé sur les pavés sanguinolents de l’hydre révolutionnaire, criera à tue-tête de « partager la lumière » des « droits de l’homme », que « la vie est un droit et pas un choix » tout en affirmant que « le seul vrai choix c’est la vie » !

Décidément, le libéral, à plus forte raison quand il est catholique, conduit au théâtre de guignol. Il sait retourner sa veste…

Gilles Colroy

(1) L’invitation, sans préalable et sans condition, des « Pèlerinages de Tradition » :

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