
Je précise que ce texte est une réponse personnelle qui n’engage pas la FSSPX dont je ne suis pas membre.
Question 1 — La Commission Saint-Charles-Borromée et la juridiction matrimoniale
Les auteurs demandent sur quelle base juridictionnelle la FSSPX instruit des causes de nullité matrimoniale, et si la Commission Saint-Charles-Borromée s’attribuerait l’autorité du Pape.
La réponse est simple et connue : l’état de nécessité, qui est un principe ancien du droit canonique lui-même. Le canon 144 du Code de 1983 — dont la Fraternité conteste certes la légitimité de certaines dispositions, mais dont le fond repose sur une tradition canonique constante — admet la suppléance de juridiction dans les cas où l’Église pourvoit au bien des fidèles en situation de nécessité. Ce n’est pas une invention de la FSSPX : c’est la logique même du droit de l’Église, qui a toujours su que la lettre de la loi ne peut pas prévaloir sur le salut des âmes.
Mais il faut aller plus loin. La question suppose tacitement que les tribunaux romains ordinaires constituent une alternative fiable. Or ce présupposé est aujourd’hui intenable. Depuis le motu proprio Mitis Iudex Dominus Iesus (2015), les procédures de nullité ont été simplifiées au point d’aboutir, dans les faits, à ce que nous avions alors dénoncé ici-même : un divorce qui ne dit pas son nom. Lorsque l’on peut obtenir une déclaration de nullité dans un délai accéléré, sur la base d’une procédure administrative soumise à l’évêque seul, sans possibilité d’appel effectif, c’est l’indissolubilité du mariage qui est vidée de sa substance par le droit positif lui-même. Reprocher à la FSSPX d’instruire des causes de nullité en état de nécessité, quand les tribunaux officiels ont glissé vers une pratique quasi-divorciste, relève de l’aveuglement volontaire ou de la mauvaise foi.
La Commission Saint-Charles-Borromée ne s’attribue pas l’autorité du Pape. Elle supplée, dans la mesure du possible et selon les formes canoniques traditionnelles, à l’effondrement d’une juridiction ecclésiastique qui a trahi sa propre mission. On peut d’ailleurs noter que le dispositif Muller est très problématique à cet égard et a généré de fortes oppositions internes dans la FSSPX. On pourra relire à cet effet l’opposition des doyens.
Question 2 — Les hosties et la présence réelle
Les auteurs s’interrogent sur la pratique de la FSSPX consistant à ne pas mêler les hosties consacrées selon son rite avec celles consacrées selon le rite de Paul VI, et à emporter ses propres hosties lorsqu’elle célèbre dans des chapelles mises à disposition par l’autorité ordinaire. Ils y voient l’implicite d’une « présence réelle à deux vitesses ».
La question procède d’un glissement rhétorique. La FSSPX ne nie pas la présence réelle dans les hosties consacrées selon le Novus Ordo Missæ. Elle doute, pour des raisons théologiques sérieuses et exposées, de la validité probable de certaines célébrations — non de toutes, ni en principe, ni par définition. Ce doute prudentiel est fondé sur l’analyse du rite lui-même.
Le Bref examen critique rédigé par les cardinaux Ottaviani et Bacci en 1969, transmis au pape Paul VI, relevait que le Novus Ordo, tel qu’il avait été conçu, s’éloignait de la théologie tridentine du sacrifice de manière suffisamment grave pour susciter des inquiétudes sur sa capacité à exprimer clairement l’acte eucharistique. Ce n’est pas une opinion marginale : deux princes de l’Église, dont le préfet émérite du Saint-Office, jugeaient le nouveau rite dangereux pour la foi. La FSSPX n’a fait que prendre au sérieux ce que des autorités romaines elles-mêmes avaient pointé.
Ajoutons l’argument ad hominem que les auteurs semblent vouloir éviter : si la FSSP et les communautés Ecclesia Dei considèrent le rite de Paul VI pleinement valide et orthodoxe, on se demande pourquoi elles ont tenu à conserver le rite traditionnel. Ou bien le rite nouveau est identique au rite ancien quant à la foi qu’il exprime — et il n’y avait aucune raison de réformer — ou bien il s’en distingue substantiellement, et les interrogations sur son contenu théologique sont légitimes. On ne peut pas avoir les deux.
Il y a enfin un argument que les auteurs passent entièrement sous silence, et qui est pourtant décisif : la manière dont les saintes espèces sont traitées dans le cadre ordinaire du rite de Paul VI. La théologie catholique enseigne que chaque parcelle de l’hostie consacrée contient le Corps du Christ : c’est pourquoi le prêtre, au rite traditionnel, joint les pouces et les index après la consécration et ne les sépare plus jusqu’aux ablutions, afin qu’aucune parcelle ne soit perdue. Cette pratique n’est pas un rubricisme minutieux : elle est l’expression concrète de la foi en la présence réelle.
Dans le cadre du Novus Ordo, cette discipline a largement disparu. Le célébrant ne joint plus systématiquement les doigts après la consécration. La communion dans la main — introduite illicitement dans plusieurs pays avant d’être tolérée puis généralisée — expose les saintes espèces à des pertes de parcelles, à des manipulations irrévérencieuses, voire à des profanations volontaires dont les cas sont malheureusement documentés. La pratique de donner la communion debout, souvent à la hâte, dans des conditions qui ne permettent pas de vérifier la consommation effective de l’hostie, aggrave encore cette situation.
Dans ce contexte, la pratique de la FSSPX consistant à emporter ses hosties consacrées plutôt que de les laisser dans des tabernacles où elles seront ensuite distribuées selon ces modalités n’est pas une affirmation théologique sur la présence réelle dans les hosties voisines : c’est une obligation de conscience. On ne laisse pas le Corps du Christ exposé à un traitement que l’on juge sacrilège au motif qu’il serait inconvenant de l’emporter. C’est précisément parce que la FSSPX croit à la présence réelle — sans restriction ni condescendance conciliaire — qu’elle agit ainsi.
Question 3 — La messe de Paul VI est-elle « mauvaise en soi » ?
Les auteurs demandent si la thèse selon laquelle la messe de Paul VI serait un « acte moral mauvais en soi » est compatible avec la validité du pontificat de Paul VI.
Il convient ici de distinguer ce que la FSSPX soutient avec constance de ce que les auteurs lui font dire pour mieux la réfuter.
La position de la Fraternité — et plus généralement de la Tradition — n’est pas que le Novus Ordo Missæ serait toujours et nécessairement invalide. La question de la validité dépend des conditions concrètes de chaque célébration : matière, forme, intention du ministre. Sur ce point, la Fraternité n’a jamais défendu une invalidité systématique.
Ce que soutient la Fraternité avec fermeté, c’est une question de licéité, non de validité. Le rite nouveau, dans sa structure, ses omissions et ses ambiguïtés doctrinales, n’exprime pas avec la clarté requise le sacrifice propitiatoire et la présence réelle. Il peut être célébré validement — et l’est dans bien des cas — mais sa forme même est déficiente pour signifier ce qu’il doit signifier. Un rite qui autorise de facto de multiples variantes, qui a supprimé des prières essentielles à l’expression de la foi sacrificielle, qui a pu être présenté par ses propres concepteurs comme une rupture avec la tradition liturgique antérieure, est un rite dont la licéité habituelle est gravement compromise.
Qu’un Pape puisse promulguer une loi liturgique déficiente dans son expression de la foi : oui, cela est possible. Le Pape n’est pas infaillible dans ses actes disciplinaires et liturgiques. L’infaillibilité pontificale est définie avec précision par le premier Concile du Vatican : elle est limitée aux définitions solennelles ex cathedra en matière de foi et de mÅ“urs. Une réforme liturgique, même universelle, n’entre pas dans ce cadre. L’histoire de l’Église connaît des papes qui ont introduit des pratiques discutables sans que leur pontificat en soit invalidé.
La compatibilité entre les erreurs d’un pontificat et la légitimité de ce pontificat n’est pas une question que la FSSPX a inventée : elle est posée depuis Honorius Ier, dont la condamnation posthume pour monothélisme par le IIIe Concile de Constantinople n’a pas rétroactivement annulé ses actes légitimes.
Question 4 — Les sacrements « tous douteux » selon Mgr Lefebvre
Les auteurs citent la phrase de Mgr Lefebvre lors de l’homélie des sacres du 30 juin 1988, selon laquelle les nouveaux sacrements « sont tous douteux », et demandent si la FSSPX maintient cette position. Ils en tirent la conclusion que la Fraternité ne reconnaîtrait aucune validité aux évêques ordonnés selon le nouveau rite.
Il faut d’abord replacer cette phrase dans son contexte. Elle a été prononcée dans une homélie, non dans un document doctrinal soumis à révision. Son sens est celui d’un doute prudentiel, fondé sur des motifs théologiques réels, non d’une condamnation définitive et universelle.
Ces motifs théologiques sont de deux ordres. Le premier est objectif : les rites des sacrements ont été réformés de telle façon que leur expression du sens sacramentel est parfois ambiguë. L’ordination presbytérale selon le nouveau rite, le sacrement de confirmation modifié, la forme révisée de l’onction des malades — tous ont fait l’objet de discussions théologiques sérieuses quant à leur capacité à signifier avec certitude ce qu’ils prétendent réaliser.
Le second motif est subjectif, et c’est là le plus grave : la question de l’intention du ministre. La théologie sacramentaire catholique, depuis le Concile de Trente, enseigne que le ministre du sacrement doit avoir l’intention de faire ce que fait l’Église (intentio faciendi quod facit Ecclesia). Cette intention n’est pas requise à un degré de perfection spirituelle, mais elle doit exister en son sens minimal : vouloir accomplir l’acte sacramentel tel que l’Église le comprend.
Or, dans le contexte actuel de crise de la foi, cette intention minimale ne peut plus être tenue pour acquise. Un prêtre qui nie publiquement la valeur propitiatoire du sacrifice eucharistique, un prêtre qui fait la promotion publique de l’homosexualité et qui, par conséquent, nie la nature du péché mortel, a-t-il encore l’intention de faire ce que fait l’Église lorsqu’il célèbre la messe ou confesse des pénitents ? Que vaut une absolution donnée par un confesseur qui ne croit plus au péché ? La question n’est pas rhétorique : elle est théologiquement fondée, et la réponse impose une prudence que Mgr Lefebvre a su nommer avec franchise.
Question 5 — L’état de nécessité : pastoral ou sacramentel ?
Les auteurs demandent si l’état de nécessité invoqué par le supérieur général de la FSSPX est d’ordre pastoral ou s’il recouvre également un doute sur la validité des sacrements conférés hors de la Fraternité.
La réponse honnête est que les deux dimensions existent, mais avec des poids différents.
L’état de nécessité pastoral est la raison première, évidente, qui ne devrait pas appeler de discussion sérieuse. Des millions de catholiques attachés à la foi de toujours, à la messe traditionnelle, aux sacrements administrés selon les rites éprouvés, se voient privés d’accès à ces biens par la volonté délibérée d’une autorité qui, au lieu de les servir, les proscrit — Traditionis custodes en est l’expression la plus récente et la plus brutale. Face à cette privation organisée, la FSSPX supplée. C’est le premier titre de l’état de nécessité, et il est suffisant à lui seul pour justifier l’action de la Fraternité, y compris les sacres épiscopaux.
Le doute sacramentel, quant à lui, est réel mais d’une nature différente : c’est un doute, c’est-à -dire un jugement de prudence face à une incertitude objective, non une certitude négative. Il renforce la nécessité de maintenir une ligne de transmission sacramentelle certaine, mais il n’est pas, à lui seul, le fondement principal de la position de la Fraternité.
Il serait en effet plus malhonnête de taire ce doute que de l’admettre, entouré des précautions qui conviennent. Ce que les auteurs ne disent pas, c’est que ce doute ne naît pas d’une volonté de rupture mais d’une fidélité à la théologie sacramentaire classique, laquelle exige, pour toute certitude dans l’administration des sacrements, une certitude sur la matière, la forme et l’intention.
Question 6 — Les évêques de la FSSPX seront-ils au service de toute l’Église ?
Les auteurs demandent si les futurs évêques de la Fraternité seront au service de tous les catholiques ou réservés aux seuls fidèles de la FSSPX.
La question repose sur une opposition artificielle. Les évêques de la FSSPX sont, par leur consécration épiscopale, des évêques de l’Église catholique. Ils ne possèdent pas de juridiction territoriale — nul ne le leur a conférée et ils ne la revendiquent pas — mais leur sacerdoce et leur épiscopat appartiennent à l’Église universelle. Ils travaillent, de fait, pour toute l’Église, en maintenant vivant un sacerdoce et une doctrine que l’institution officielle s’emploie à éteindre.
Qu’ils exercent concrètement leur ministère au sein des structures de la Fraternité, avec la discipline qui convient à une société de vie apostolique, ne les rend pas « sectaires ». Tout évêque exerce son ministère dans un cadre institutionnel déterminé. Le fait que ce cadre ne soit pas celui de la conférence épiscopale nationale ou du diocèse territorial ne le prive pas de sa catholicité.
Les fidèles qui souhaitent recevoir les sacrements traditionnels et qui s’adressent à la FSSPX ne sont pas des membres d’une secte : ce sont des catholiques qui cherchent ce que l’Église a toujours donné. Les prêtres et évêques de la Fraternité leur répondent dans la mesure de leurs possibilités, et rien n’empêche en principe qu’ils répondent à quiconque en fait la demande légitime. Les conditions d’accès aux sacrements dans les prieurés de la Fraternité ne sont pas des critères d’appartenance sectaire : ce sont des conditions de cohérence de foi.
Question 7 — La réitération des confirmations
Les auteurs signalent que la FSSPX réitère des confirmations déjà reçues selon le rite réformé, y compris, récemment, une confirmation conférée par le cardinal Ricard selon le rite traditionnel. Ils demandent si la Fraternité met en doute la validité des évêques ou celle des saintes huiles.
La réponse doit distinguer deux cas, que les auteurs confondent délibérément.
La réitération d’une confirmation donnée selon le rite réformé de Paul VI repose sur le double motif exposé à la question 4 : doute sur la clarté du rite quant à l’expression sacramentelle, et doute possible sur l’intention du ministre. Ces deux motifs suffisent à justifier une confirmation conditionnelle, administrée sous la forme liturgique certaine.
La réitération d’une confirmation donnée selon le rite traditionnel par un évêque en pleine communion avec Rome mérite, elle, une explication plus précise. La FSSPX n’a jamais affirmé que tout évêque ordonné dans la lignée postconciliaire est nécessairement invalide. Ce qui peut faire doute, dans certains cas, c’est l’appartenance de la lignée de consécration de l’évêque consécrateur à une ligne épiscopale dont la validité n’est pas certaine — notamment lorsque cet évêque a lui-même été ordonné selon un rite réformé par des évêques dont l’ordination est incertaine. La question du chrême, des huiles consacrées selon le nouveau rite, peut également entrer en ligne de compte dans certains cas.
Ce n’est pas une politique systématique d’invalidation de tous les sacrements extérieurs à la Fraternité. C’est une prudence sacramentelle appliquée cas par cas, fondée sur les principes de la théologie sacramentaire traditionnelle.
Question 8 — Les trois « acceptations » du Concile Vatican II
C’est ici que l’argumentaire des auteurs est le plus sophistiqué et le plus trompeur. Ils citent trois textes dans lesquels la FSSPX aurait « déjà accepté le Concile » : le protocole de 1988, la lettre de 2008 pour la levée des excommunications, et le protocole doctrinal d’avril 2012 signé avec la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Ils en concluent que l’obstacle doctrinal à un accord avec Rome est fictif, et que la vraie raison des consécrations sans mandat serait le doute sacramentel.
Ce raisonnement procède d’une confusion volontaire entre les actes d’un supérieur général agissant hors de son mandat et la position doctrinale constante de la Fraternité.
Le protocole de mai 1988, signé par Mgr Lefebvre avant d’être rejeté le lendemain, résulte de pressions considérables exercées sur un prélat âgé dont on espérait manifestement l’obtention d’une signature à la faveur d’un affaiblissement momentané. Mgr Lefebvre lui-même a expliqué publiquement, le lendemain de sa signature, pourquoi il se déjugeait.
Dans sa conférence du 15 juin 1988, il explique publiquement à ses fidèles les raisons de son revirement : « J’ai toujours éprouvé un sentiment de méfiance et je dois avouer que j’ai toujours pensé que tout ce qu’ils faisaient, c’était pour parvenir à nous réduire, à accepter le Concile et les réformes post-conciliaires. […] Plus nous réfléchissons à l’ambiance de ces colloques, plus nous nous rendons compte que l’on est en train de nous tendre un piège, de nous piéger. »
Dans son communiqué du 19 juin 1988, il précise les conditions concrètes qui ont rendu le protocole inacceptable : « On nous remet un texte doctrinal, on y ajoute [une demande de pardon], Rome se réserve 5 membres sur 7 dans la Commission Romaine, dont le président […]. Un projet de demande de pardon au Pape m’est mis dans les mains. »
Ces deux textes, disponibles sur les archives de La Porte Latine, montrent que le retrait de la signature du 6 mai et les sacres du 30 juin ne sont pas le signe d’une incohérence mais d’une lucidité — celle d’un homme qui avait voulu croire à la bonne foi de Rome et qui, ayant constaté qu’on lui avait tendu un piège, a choisi de sauvegarder la Tradition plutôt que de sauver une apparence de communion.
La lettre de 2008, adressée par Mgr Fellay au nom des quatre évêques pour obtenir la levée des excommunications, doit être lue dans son contexte strict : il s’agissait d’une démarche canonique, non d’un acte doctrinal. Accepter formellement les conciles « jusqu’à Vatican II au sujet duquel nous émettons des réserves » n’est pas accepter Vatican II : c’est précisément émettre des réserves sur Vatican II tout en reconnaissant que la Fraternité n’est pas sédévacantiste.
Mais c’est le protocole doctrinal d’avril 2012 qui appelle la critique la plus sévère. Ce texte, signé par Mgr Fellay avec la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, allait au-delà de ce que la Fraternité avait jamais accepté en matière de reconnaissance de la collégialité conciliaire et du Code de 1983. La Fraternité, dans ses structures de gouvernement, n’a jamais ratifié cet accord. Et pour cause : la ligne doctrinale constante de la FSSPX depuis sa fondation est celle que Mgr Lefebvre a formulée avec clarté — pas d’accord pratique sans accord doctrinal préalable.
Ce que les auteurs appellent les « acceptations » du Concile par la FSSPX sont, pour deux d’entre elles, des actes d’un supérieur général — Mgr Fellay — dont la politique de la fin de son mandat était en contradiction manifeste avec la ligne fondatrice. Cette période, de 2009 à 2012 environ, a vu Mgr Fellay s’engager dans une voie de normalisation qui n’a pas emporté l’adhésion de la Fraternité dans son ensemble, et qui a suscité des oppositions internes documentées, notamment de la part de Mgr Williamson et de plusieurs prêtres et fidèles. L’élection de l’abbé Pagliarani en 2018 a marqué un retour à la ligne traditionnelle.
Ces épisodes malheureux ne sont donc pas « la position de la FSSPX ». Ils sont la trace d’une déviation temporaire dont la Fraternité est revenue. Les en tenir responsable aujourd’hui, comme si ces signatures engageaient l’institution de manière permanente, relève soit d’une méconnaissance de l’histoire interne de la Fraternité, soit d’une volonté délibérée de brouiller les cartes.
Question 9 — La communicatio in sacris et les messes des prêtres « en union avec l’Église conciliaire »
Les auteurs demandent si la réserve de la FSSPX à l’égard de la communicatio in sacris avec les prêtres diocésains en union avec l’autorité ordinaire implique qu’il y aurait « deux Églises » ou que l’on doute de leur ordination.
La réponse doit s’appuyer sur les deux registres — ecclésiologique et canonique — car les deux sont pertinents.
Sur le plan canonique : la communicatio in sacris avec des ministres hétérodoxes a toujours été réglementée par l’Église pour des motifs de protection de la foi. Le droit canonique classique distingue la communion sacramentelle de la participation aux actes liturgiques d’un ministre dont la foi est douteuse ou erronée. Cette réserve n’implique pas que le ministre soit invalide : elle implique qu’il serait imprudent, voire scandaleux, de lui apporter un témoignage de communion dans ses actes alors que ces actes participent d’une orientation doctrinale que l’on juge contraire à la foi.
Sur le plan ecclésiologique : la FSSPX ne dit pas qu’il y a deux Églises. Elle dit qu’il y a, au sein de l’unique Église catholique, une crise doctrinale et disciplinaire grave qui affecte une part significative du clergé et de la hiérarchie. Cette crise ne crée pas une autre Église, mais elle crée des situations concrètes dans lesquelles la participation commune aux actes liturgiques d’un prêtre qui, par exemple, a béni des unions homosexuelles, qui a distribué la communion à des politicians pro-avortement, ou qui enseigne publiquement la compatibilité de l’homosexualité active avec la vie chrétienne, constituerait un acte de complicité avec l’erreur.
Ce n’est pas un schisme : c’est la mise en pratique de ce que la foi catholique a toujours demandé — éviter le scandale et ne pas participer à des actes qui nient cette foi.
Question 10 — Les « erreurs doctrinales » de la FSSPX et les excuses demandées
Les auteurs terminent en suggérant que les prêtres de la Fraternité pourraient « prendre leurs distances publiquement » avec les « erreurs doctrinales de leurs autorités », voire « s’excuser publiquement » pour les cas où des fidèles auraient refusé les sacrements d’un prêtre diocésain et seraient morts sans sacrements.
Ce paragraphe final révèle la véritable nature du questionnaire : non un souci de dialogue ou de clarification doctrinale, mais une entreprise de déstabilisation, visant à suggérer aux fidèles de la FSSPX que leurs prêtres professent en secret des erreurs hontenses dont ils devraient rougir.
La technique est connue : poser dix questions, assortir chacune d’une présupposition insinuant un dérapage sectaire, accumuler les insinuations jusqu’à ce que l’édifice semble convaincant, puis demander en conclusion des excuses publiques. C’est une rhétorique de procureur, non une démarche théologique.
Mais retournons la question. Ce sont les auteurs de ce texte, et ceux qui applaudissent à cette entreprise, qui devraient répondre à quelques interrogations complémentaires.
Ont-ils demandé à l’Église conciliaire de s’excuser pour Assise I (1986), où des animistes ont prié dans des lieux catholiques et où une statuette de Bouddha a été posée près d’un tabernacle ? Ont-ils exigé des excuses pour le baiser au Coran de 1999 — un livre qui nie la divinité du Christ — de la part du Vicaire du Christ ? Ont-ils réclamé une autocritique publique pour Fiducia supplicans (2023), qui a introduit la bénédiction de couples de même sexe, suscitant un refus quasi-unanime des épiscopats africains ? Ont-ils demandé réparation pour Traditionis custodes (2021), qui a privé des milliers de fidèles d’accès à la messe qui a nourri l’Église pendant des siècles ? Ont-ils protesté lorsque des catholiques fidèles ont vu leur évêque remplacé par des prélats acquis à la synodalité — dont certains ont publiquement défendu des positions incompatibles avec la foi catholique ?
Si des fidèles sont morts sans sacrements parce qu’ils ne voulaient pas recevoir les sacrements d’un prêtre dont la foi était douteuse, la responsabilité première n’en incombe pas à la FSSPX, qui a maintenu ses prêtres disponibles. Elle incombe à ceux qui, depuis soixante ans, ont vidé le clergé de sa foi, ses séminaires de leur doctrine, et ses sacrements de leur sens.
La FSSPX n’a pas à s’excuser de tenir la Foi. Ce sont ceux qui l’ont attaquée, diluée et finalement poursuivie jusqu’à la menace de déclaration de schisme qui ont des comptes à rendre — devant Dieu, et devant les hommes. Ce faisant Don Stefano Carusi et l’abbé Louis-Numa Julien, et les prêtres qui tiennent la même ligne se font les complices de la destruction de l’Eglise, et par voie de conséquence, de la déchristianisation de nos sociétés.
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