Lorsque saint Pie X, l’illustre Patron de la Fraternité du même nom, écrit  « il faut  tout instaurer dans le Christ », il rappelle la nécessité de l’outil politique pour établir la souveraineté du Christ dans la vie privée comme dans la vie publique, outil dont l’Eglise n’est pas dépendant mais avec lequel elle se doit de collaborer.

Hélas, les hommes d’Eglise imbibés des principes révolutionnaires sont les premiers à vouloir la séparation de l’Eglise et de l’Etat, ou du moins la non-collaboration de ceux qui luttent par l’outil politique au Règne du Christ-Roi.

Résonne ces paroles testamentaires de Mgr Lefebvre lors de son jubilé sacerdotal le 23 septembre 1979 :

« Enfin, croisade aussi des chefs de famille. Vous qui êtes chef de famille, vous avez une grave responsabilité, grave responsabilité dans votre pays. Vous n’avez pas le droit de laisser votre pays envahi par le socialisme et le communisme. Vous n’en avez pas le droit ou vous n’êtes plus catholique. Vous devez militer au moment des élections pour que vous ayez des maires catholiques, des députés catholiques, et qu’enfin la France redevienne catholique. Cela n’est pas « faire de la politique », c’est faire de la bonne politique. La politique comme l’ont faite les saints, comme l’ont faite les papes qui se sont opposés à Attila, comme saint Rémi qui a converti Clovis, comme Jeanne d’Arc qui a sauvé la France du protestantisme. Si Jeanne d’Arc n’avait pas été suscitée en France, nous serions tous protestants. C’est pour garder la France catholique que Notre-Seigneur a suscité Jeanne d’Arc – cette enfant de 17-18 ans, qui a bouté les Anglais hors de France. C’est de la politique cela aussi !

Alors oui, cette politique nous en voulons ; nous voulons que Notre Seigneur Jésus-Christ règne. »

C’est cette pensée claire et nette que développe l’abbé Xavier Beauvais, prieur de Marseille et conseiller doctrinal de Civitas,  dans un excellent article de l’Acampado d’octobre 2018.

Christian Lassale

« Il faut lire et relire attentivement la première encyclique de saint Pie X « E Supremi Apostolatus » du 4 octobre 1903, à l’occasion de son élévation au Suprême Pontificat ; on y trouve dès la première heure ce que le pape voulait et les règles de conduite des catholiques. Certains y ont vu un programme négatif. Le pape se serait contenté de dire ce qu’il ne fallait pas faire. C’est tout le contraire de la vérité. Le fond de l’encyclique est essentiellement religieux ; on y voit tout de suite que la pratique de la vie chrétienne et l’évangélisation des peuples doivent servir de base à toute l’activité catholique, car le mal qui ronge notre société jusqu’aux moelles, c’est l’apostasie.

Le but unique de saint Pie X fut de tout instaurer dans le Christ, et non pas restaurer comme on le dit parfois dans un sens équivoque, et encore moins, renouveler. La parole latine employée par saint Pie X, qui fait texte et loi est « instaurare ». C’est-à-dire qu’il faut créer le parti de Dieu pour établir la souveraineté du Christ dans la vie privée comme dans la vie publique. Il ne faut pas compter sur ceux qui « poussés par l’amour de la paix, c’est-à-dire par la tranquillité de l’ordre », se groupent pour former ce qu’ils appellent le parti de l’ordre. C’est ce parti qui, en France surtout, a essayé d’atrophier toutes les résistances aux mauvaises lois et à l’arbitraire des hommes du régime au nom du fétichisme de la paix. Pour créer le parti de Dieu, saint Pie X fit appel aux évêques, leur rappelant le devoir fondamental de former leur clergé. Sa volonté est de doter l’Eglise d’un clergé instruit, apte à l’apostolat évangélique. Il recommandait aux évêques d’exercer sur les clercs et les prêtres une surveillance continue. Dans le document pontifical, on lit en toutes lettres la réprobation non seulement de l’apostasie dans un sens général, mais également de toutes les erreurs du rationalisme, du semi-rationalisme et même du modernisme. Bien que ce dernier mot ne soit pas encore exprimé, on en découvre toutes les caractéristiques. Il encourageait la création d’associations catholiques dans les villes comme dans les campagnes ; il voulait que l’on professât hardiment et hautement sa religion ; il n’y avait pas un mot qui puisse favoriser les associations neutres où les catholiques sont obligés de se plier à des compromis ou simplement se faire tolérer. Saint Pie X n’avait pas le caractère d’un homme passif dont la passivité se traduit dans la pratique par un soumissionisme à outrance. Il prêchait l’action : « Il importe peu, écrit-il, en vérité, d’agiter subtilement de multiples questions et de disserter avec éloquence (qui est la pauvre rhétorique du parlementarisme) sur droits et devoirs si tout cela n’aboutit à l’action. L’action, voilà ce que réclament les temps présents ; mais une action qui se porte sans réserve à l’observation intégrale et scrupuleuse des lois divines et des prescriptions de l’Eglise, à la profession hardie et ouverte de la religion. » Quant au programme positif, il ne saurait être plus clairement indiqué en si peu de mots : « Toutefois, pour que le résultat réponde à nos vœux, il faut par tous les moyens et au prix de tous les efforts, déraciner entièrement cette monstrueuse et détestable iniquité propre au temps où nous vivons et par laquelle l’homme se substitue à Dieu, rétablir dans leur ancienne dignité les lois très saintes et les conseils de l’Evangile ; proclamer hautement les vérités enseignées par l’Eglise sur la sainteté du mariage, sur l’éducation de l’enfance, etc.». La note politique ne manque pas.

« Il s’en trouvera sans doute qui, appliquant aux choses divines la courte mesure des choses humaines, chercheront à scruter nos pensées intimes et à les tourner à leurs vues terrestres et à leurs intérêts de parti. Pour couper court à ces vaines tentatives, nous affirmons en toute vérité que nous ne voulons être et que, avec le secours divin nous ne serons rien autre, au milieu des sociétés humaines, que le ministre de Dieu qui nous a revêtu de son autorité ».

Après avoir ainsi proclamé que l’Eglise est au-dessus et en dehors de tous les partis et que nul ne peut l’exploiter au profit de vues terrestres et d’intérêts de parti, saint Pie X complète plus loin sa pensée lorsqu’il explique les heureux efforts sociaux de l’observation de la loi divine : « Les citoyens n’obéiront plus à l’arbitraire mais aux lois ; tous regarderont comme un devoir le respect et l’amour envers ceux qui gouvernent et dont le pouvoir ne vient que de Dieu ».

Saint Pie X n’a donc jamais pensé à soustraire l’Eglise aux problèmes politiques : « Nous ne nous cachons pas, dira-t-il dans son allocution consistoriale du 9 novembre 1903 que nous choquerons quelques personnes en disant que nous nous occuperons nécessairement de politique. Mais quiconque veut juger équitablement voit bien que le souverain Pontife, investi par Dieu d’un Magistère suprême, n’a pas le doit d’arracher les affaires politiques du domaine de la foi et des mœurs ». Mais pour saint Pie X, la politique n’est qu’un accessoire, un moyen d’instaurer le Christ dans la vie publique et d’assurer la protection des catholiques.

Cinq mois après, saint Pie X, profite des fêtes du XIIIème centenaire de saint Grégoire le Grand pour redire complètement sa pensée dans l’encyclique « Jucunda Sane », qui peut être caractérisée comme le développement de la première. Il énonce les maux qui affligeaient alors l’Eglise pour leur donner une valeur actuelle. Il fait le panégyrique de son illustre prédécesseur pour indiquer quelle doit être la mission de la papauté et ce qu’il attend du clergé et des fidèles : « vrai consul de Dieu, il étendit bien au-delà des murs de Rome, la féconde activité de sa volonté et la consacra tout entière au bien de la société civile. Il résista courageusement aux injustes prétentions des empereurs de Byzance, car il s’était fait le champion public de la justice sociale ». Il rappelle les principes d’où découla la force invincible de saint Grégoire : « Seule la charité de l’Eglise et l’union avec elle rapproche les choses divisées, met de l’ordre dans ce qui est confus, associe ce qui est inégal, achève ce qui est imparfait. Nul ne peut régir comme il faut les choses de la terre s’il n’a appris à s’exercer dans celles de Dieu : la paix de la chose publique dépend de la paix de l’Eglise ». Saint Pie X professait, en fait de constitution civile de l’Etat, des principes nettement opposés à ceux de la démocratie et de ses dérives pour qui la puissance sur les hommes est donnée d’en bas. La perte et la déformation de la foi inquiétaient fortement le pape ; il s’étendit longuement sur l’erreur moderne, la négation du principe surnaturel, blâmait les fauteurs de nouveautés. Dans la réprobation contre la fausse science, le modernisme philosophique trouve sa place comme le modernisme politique et social a trouvé la sienne.

« Cette erreur moderne, la plus grande de toutes et d’où découlent les autres, est cause que nous avons à déplorer la perte éternelle du salut de tant d’hommes et de si nombreux dommages apportés à la religion. Nous en connaissons même beaucoup d’autres qui sont imminents si le médecin n’y porte la main. Ces erreurs ne pourront donc jamais être suffisamment écartées si l’on ne change de tactique, c’est-à-dire si les égarés ne sortent des retranchements où ils se croient à l’abri, pour revenir au champ légitime de la philosophie dont l’abandon fut le principe de leurs erreurs ».

Si la démocratie politique est clairement contraire et hostile à la conception chrétienne de la société, la fausse démocratie chrétienne est avertie par saint Pie X de la voie périlleuse où elle s’engage et de l’inanité de ses théories : « Ils se trompent aussi et grandement ceux qui dans les distributions publiques de secours, principalement en faveur des classes populaires, se préoccupent au plus haut point des nécessités matérielles et négligent le salut des âmes et les devoirs souverainement graves de la vie chrétienne. Parfois même, ils ne rougissent pas de couvrir comme d’un voile les préceptes les plus importants de l’Evangile ; ils craindraient de se voir moins écoutés, peut-être même abandonnés ».

Et si le pape ajoute : « sans doute, quand il s’agira d’éclairer des hommes hostiles à nos institutions et complètement éloignés de Dieu, la prudence pourra autoriser à ne proposer la vérité que par degrés », il se hâte de dire de prendre garde de « transformer une habileté légitime en une sorte de prudence charnelle » que les apôtres « jugèrent incompatible avec leur mission ». L’esprit démocratique est réprouvé jusque dans son influence sur les arts « les arts, enfin, en s’élevant jusqu’à Dieu, le modèle éternel de toute beauté, d’où découle chacune des beautés et des formes qui sont dans la nature, s’éloignent plus aisément du sens vulgaire et expriment d’une façon beaucoup plus puissante les conceptions de l’esprit, où la vie de l’art a son siège ». La décadence de l’art coïncide en effet avec sa démocratisation et sa vulgarisation industrielle. Le grand moyen de ramener l’humanité à Jésus-Christ, c’est la pratique de la religion et son enseignement ; il faut que ce levier soit manié par des mains qui puissent, veuillent et sachent s’en servir. De là un nouveau développement de ce qui doit être la mission de l’évêque et du prêtre. « Mais la prière ne suffit point. Grégoire incrimine l’évêque qui n’entre point dans la mêlée pour combattre vaillamment les combats du Seigneur ». Tout le programme de saint Pie X, tel qu’il apparaîtra dans la suite est nettement indiqué dans ces deux encycliques d’un caractère général. Aux pouvoirs séculiers il répète les paroles de saint Grégoire à l’empereur Maurice ; « Celui qui lève la tête contre le Seigneur tout puissant et contre les décrets des Pères, celui-là ne me fera pas courber la mienne devant lui, même par le glaive ». Et au diacre Savinien :« Je suis prêt à mourir plutôt que de voir dégénérer en mes jours l’Eglise du bienheureux apôtre Pierre. Mes habitudes vous sont bien connues, je patiente longtemps mais quand une bonne fois, j’ai résolu de ne plus patienter, je m’en vais avec joie à l’encontre de tous les périls ». Et saint Pie X ajoute que, suivant l’exemple de Grégoire, il veillera « de toute manière au maintien et à la défense des droits ainsi que des privilèges dont le pontificat romain est le gardien et le vengeur devant Dieu et les hommes ».

D’après les termes mêmes de ces deux encycliques, on peut comprendre que le devoir et le respect envers ceux qui gouvernent, ne sont pas absolus, ils sont soumis à des conditions, ils dépendent des actes des gouvernements qui peuvent s’exposer à y perdre tout droit. Le pape parle des actes des gouvernements et non pas de la forme de ces gouvernements. C’est la fameuse allocution de saint Pie X du 14 novembre 1904 : « En ce qui concerne les lois instituées en vue de la tranquillité publique, l’Eglise les a toujours observées, d’ailleurs on connaît assez sa doctrine répandue partout et qui place en Dieu la source de toute autorité sur les hommes, et, par conséquent rend sacré et inviolable ce que les lois prescrivent ou défendent, quand ces décrets sont justes et portés en vue du bien commun. L’Eglise n’a montré ni moins de droiture, ni moins de fidélité dans ses rapports avec l’Etat, quels que fussent ces rapports, la constitution et le gouvernement du pays ».

Ainsi donc il n’est pas possible d’être soumis à des lois qui blessent la conscience catholique ou même tout simplement visent à bouleverser sinon détruire l’ordre naturel. Lorsque le pouvoir séculier se transforme en socialisme tyrannique et opprime les consciences catholiques, ce pouvoir n’a plus droit à l’amour de ses sujets.

Tels sont les caractères distinctifs de l’œuvre de ce saint que Monseigneur Lefebvre a pris heureusement pour Patron de notre Fraternité saint Pie X.

Prions pour qu’elle écoute et mette toujours en pratique ces sages directives.

Abbé Xavier Beauvais

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4 commentaires

  1. Soupape says:

    Je vais me risquer, … à critiquer Saint Pie X !

    Si quelqu’un voit des erreurs, … qu’il me le dise.

    En effet, Saint Pie X a employé le mot “société”,
    un mot dangereux, très dangereux …

    Pourquoi cela ?

    Parce que ce mot suppose déjà … des Nations mortes, des Pays morts,
    qui ne seraient que de “simples sociétés”, … lesquelles pourraient exister et tenir … sans Dieu ! …

    En effet, le concept de “société”, … issu de considérations … sofilofiques,
    suppose déjà la séparation … des hommes d’avec Dieu …
    et relègue déjà la religion … dans “la sphère privée” …
    comme d’une breloque décorative … mais dont on pourrait se passer … !

    Certes Saint Pie X a rappelé … qu’« il faut tout restaurer dans le Christ ».

    Mais cette dernière phrase ne peut être comprise
    que par les fidèles qui ont une Vie Spirituelle … aussi dense que celle des personnes consacrées,
    ce qui n’est pas le commun des fidèles …

    Les gens n’ont donc retenu … que le mot “société”,
    et ont laissé de côté : “tout restaurer dans le Christ”, … qui ne semblait pas à leur portée …

    Or, c’est à partir de l’emploi … du simple mot “social” …. que sont nés …
    les mouvements “d’action sociale” … badigeonnés de “catholicisme social” …
    badigeonné de “charité”, … puis badigeonné … de marxisme …

    Et voilà pourquoi … le modernisme a fait des ravages …

  2. Cadoudal says:

    doctrine politique du pape Innocent IV

    bulle Aeger cui levia, en 1245.

    “En dehors de l’ Église dit Innocent IV, on ne bâtit que pour l ‘enfer ”

    “et il n’existe point de pouvoir qui ne soit ordonné par Dieu.”
    “C’est donc mal envisager les faits et ne pas savoir remonter à l ‘origine ”
    “des choses, que de croire que le siège apostolique n’est en possession ”
    “du gouvernement des choses séculières que depuis Constantin.”
    “Avant lui, ce pouvoir était déjà dans le Saint Siège en vertu de sa nature ”
    “et de son essence.”

    ” En succédant à Jésus Christ, les papes ont reçu la monarchie non seulement ”
    “pontificale mais royale.”

    “Dieu leur a confié les rênes à la fois de l ’empire céleste et de l ’empire terrestre.”

    “C’est dans l’ Église que se trouvent les deux glaives , emblème des deux pouvoirs,”

    “Celui donc qui ne fait pas partie de l ‘Église ne peut posséder ni l ‘un ni l’ autre.”
    “et , les souverains séculiers , en exerçant leur autorité ne font qu’user d’une force”
    “qui leur a été transmise et demeure dans le sein de l ‘Église,
    qui en est l ‘unique dépositaire”.

    • Soupape says:

      A Cadoudal,

      Merci de ces informations, que j’ignorais totalement.

      1 – Evidemment, si Dégringoglio lit votre commentaire, il va prendre une attaque d’apoplexie ! …

      2 – Dans tout l’Evangile, Jésus ne parle jamais de “société”, ni de “questions sociales”,

      Ces propos ont été inventés … pour remplacer “la religion” -.

      (car, quand on a abandonné Dieu, il faut bien créer des liens entre les hommes,
      pour meubler “le Terrible Silence”,
      celui du moment qui suit l’usage de la Guillotine, et où Dieu “détourne sa Face” …).

      Les questions sociales se résolvent dans la doctrine du Christ.
      Il suffit de suivre ses enseignements !

      Ainsi le collecteur d’impôts Zachée, qui avait arnaqué pas mal de monde,
      promet de faire don de la moitié de sa fortune aux pauvres,
      et de rembourser ses arnaques au quadruple !

      Mais, à ce jour, pas un seul .°.ministre.°. des finances de la “fraternité” de l’arrêt public,
      n’est arrivé à faire cela !

      3 – Par rapport à Innocent IV, il reste que l’adhésion à la religion chrétienne
      doit rester libre,

      Sans quoi on fabrique des enfants perroquets,
      qui répètent sans conviction ce qu’on leur apprend,
      et qui se lassent vite de ce simulacre.

      4 – Le point important reste la relation personnelle à Dieu.

      Tant qu’elle n’est pas découverte, et nouée durablement,
      on ne peut pas progresser vers Dieu,

      Il faut donc trouver les moyens de la favoriser.

      Les parents ne la feront découvrir à leurs enfants,
      que si eux mêmes l’ont découverte …

      Mais attention, les meilleures idées (telles celles de St-Pie X)
      peuvent être détournées de leur but initial !

      Car aujourd’hui, compte tenu de leurs comportements,
      même des membres du clergé … n’ont aucune relation personnelle à Dieu …

  3. Pierre Mary de Montamat says:

    Je ne suis pas sûr que la problématique – éminemment politique – soit bien posée.
    En effet, il y a toujours eu dans l’Eglise, dès les premiers siècles, deux visions du pouvoir. Le livre ‘Le choix du Royaume’ du Pr G. Guyon l’expose intelligemment. Et E. Gilson développe, lui, le point de vue de st Augustin dans ‘Les métamorphoses de la Cité de Dieu’, chapitres 1 & 2. C’est seulement avec st Thomas, développant Aristote, qu’on aura la synthèse chrétienne, largement exposée dans les encycliques doctrinales de Léon XIII – hors ‘Au milieu des sollicitudes’ qui sort du cadre de l’enseignement pour prendre parti prudentiellement dans les affaires françaises.
    Il y a, me semble-t-il, deux points qui posent difficulté : l’implication prudentielle des clercs ; et le rapport des chrétiens au temps.
    Que les clercs nous instruisent des implications temporelles de notre foi et de la mise en œuvre de notre charité, c’est bienvenu ! Mais lorsqu’ils se lancent sur des questions prudentielles, ils font du cléricalisme en prenant le pas sur le plus strict et le plus grand devoir des laïcs dont la vocation première est de penser et faire de la politique, en agissant selon le vertu de justice. Vivre dans le temporel est alors le mettre en adéquation avec l’éternel. Hiérarchiser les biens à produire ressort aussi de la charité, qui rehausse le regard sur autrui des philosophes en nous montrant notre prochain comme un frère. Il revient bien aux laïcs d’organiser le temporel en vue de la Cité céleste.
    D’autre part, il me semble que certains chrétiens ont clairement refusé de reconnaître tout pouvoir au chef de la cité – païen, persécuteur avéré ou sournois. Ils ne vivent que pour Dieu seul. Mais d’autres chrétiens ont jugé qu’il serait bon que le chef de la Cité soit le ‘ministre de Dieu’, qu’il fasse le bien politique.
    Je pense que st Thomas est de cette seconde catégorie. Il fonde l’alliance du temporel et du surnaturel sur la toute puissance de Dieu, Providence et Rédempteur et sur Sa Causalité sur toutes choses dans les deux modalités qui nous ordonnent au ‘Bien Commun’. L’encyclique ‘Quas Primas’ va clairement dans ce sens. Et cela passe par une juste compréhension de la Loi éternelle à la loi positive.
    Alors, comment admettre qu’aujourd’hui la réflexion politique n’ait pas progressé sur la Politique chrétienne et qu’on considère la politique comme un outil, un accessoire, et qu’on borne son ambition, depuis 1892 à avoir des bons députés catholiques qui feraient de bonnes lois ? On voit le résultat…
    N’y a-t-il pas à réfléchir sur la légitimité du pouvoir de fait en France aujourd’hui ? Car il faut bien prendre en compte que st Thomas ne nous a pas donné de réfutation d’Occam (XIV° siècle !) et que depuis le contractualisme (Hobbes, Kant et Comte principalement) qui suit nécessairement l’individualisme nominaliste d’Occam nous ayant supprimé le ‘zoon politikon’, la Modernité a considérablement modifié notre rapport à la Politique. Ce que, paradoxalement, Léon XIII avait très bien analysé avec le ‘droit nouveau’. Nous vivons en société ; et la notion de ‘société’ ne s’applique pas seulement à l’Eglise ; toute société n’est pas juste ni sainte.
    Il me semble urgent de savoir quelle est la légitimité de nos gouvernants afin de savoir de quelle manière ‘obéir’ aux lois civiles, y compris en ce qui nous est présenté comme nos devoirs de citoyens.