Il est décédé le 18 janvier à l’âge de 94 ans, mais l’information vient seulement de me parvenir. Lucas Mangope, unique président du Bophuthatswana (à ne pas confondre avec le Botswana) depuis de son indépendance en 1977 jusqu’au coup d’état précédent l’invasion sud-africaine en 1994, meurt donc 24 ans, près d’un quart de siècle, après la destruction de ce qui fut son pays, les espoirs du peuple tswana.

Lucas Mangope, ou plus exactement Kgosi Lucas Manyane Mangope, était né le 27 décembre 1923 à Motswedi. Professeur d’afrikaner dans un lycée, il succéda à son père en 1959 comme chef de la tribu des Motsweda Ba hurutshe-Boo-Manyane. Il devient premier ministre du Tswanaland, l’ancêtre de son pays, le 1er mai 1971, jusqu’à l’indépendance du 6 décembre 1977, où il devint légitimement président. Farouche défenseur de la liberté de son peuple, il fit bloc avec les Zoulous de l’Inkatha et les Afrikaners du Parti Conservateur au sein de l’Alliance des libertés. Il fut élu député au Parlement sud-africain de 1997 à 2014. Il fut marié deux fois, avec Leah – qui lui donna 7 enfants – qui mourut en 2003, et suite à son veuvage, il se remaria avec Violet en 2007. Sur le plan économique, il défendait la libre-entreprise.

Il était le dernier des quatre présidents des Bantoustans indépendants à être encore en vie : Lennox Leslie Wongamu Sebe, président du Ciskei, est décédé le 23 juillet 1994 ; Kaizer Matanzima, président du Transkei (et neveu de Nelson Mandela dont il ne partageait pas les convictions), l’est depuis le 15 juin 2003 (mort le jour de ses 88 ans), Patrick Ramaano Mphephu et Gabriel Ramushwana, présidents du Venda, sont morts respectivement le 17 avril 1988 et le 12 janvier 2015.

Le Président Mangope incarnait l’autre Afrique du Sud, celle de la cohabitation harmonieuse des races dans une optique de confédération, où charbonnier était maître chez soi : les Afrikaners sur les terres où ils s’installèrent en premier, les Bantous sur celles qu’ils ont conquis sur les Bochimans (qui bénéficiaient d’une réelle protection de la part du régime de développement séparé, eux qui étaient – et le sont encore souvent – considérés comme des sous-hommes par les racistes noirs).

Beaucoup de calomnies ont été déversées par les médias – tant à la solde d’Eurasia que ceux à la solde d’Oceania – sur ces quatre états indépendants et leurs petits frères qui étaient amenés à le devenir (Gazankulu, KaNgwane, KwaNdébélé, KwaZulu, Lebowa et Qwaqwa, le second cité aurait probablement été incorporé à terme dans le Swaziland et le dernier dans le Lesotho). Certes, il n’y avait pas de continuité territoriale dans les 7 parties de ce pays, mais ceci est moins gênant dans le cadre confédéral. Ils n’avaient pas été reconnus officiellement par les autres nations du monde (même si le Bophuthatswana entretenait des relations officieuses avec Israël et le Botswana).

L’Afrique du Sud avait rétrocédé au peuple Tswana des terres immensément riches, faisant de ce bantoustan rien de moins que le premier producteur mondial de platine, mais aussi d’amiante, de granite, de vanadium, de chrome et de manganèse, sans parler de la cession du complexe de Sun City, avec son casino très lucratif puisque si le jeu était interdit en Afrique du Sud, il était autorisé au Bophuthatsawa…

Dirigée jusqu’en 1988 par le Brigadier (général de brigade) Hennie Rieckert (qui démissionna avec dignité pour n’avoir pu anticiper une tentative de coup d’état), l’armée du pays était forte de deux bataillons d’infanterie en garnison à Molopo pour le 1st et à Mankwe pour le 2nd, ainsi qu’une unité d’élite, le bataillon parachutiste en garnison à Gopane. Ces unités était de si bonne qualités qu’elles devinrent le 10e bataillon d’infanterie motorisée de l’armée sud-africaine, dont l’emblème reprend la tête de léopard que l’on retrouvait également sur le drapeau du pays et aussi sur celui de l’armée.

Son pays menacé d’invasion par l’Afrique du Sud et déstabilisé par les terroristes marxistes de l’ANC, Lucas Mangope demanda le 11 mars 1994 l’aide de ses frères nationalistes afrikaners qui arrivèrent par centaines pour défendre l’état libre. Cependant, les deux alliées étaient respectivement trahis, et Mangope fut renversé par le général Turner qui appela l’Afrique du Sud a occuper le pays, au même moment où les Afrikaners étaient eux-mêmes trahis par le traitre Frederik Willem De Klerk.

Hristo XIEP

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2 commentaires

  1. pamino says:

    « Professeur d’afrikaner dans un lycée, […] » ; d’afrikaans[ch] ?

  2. Daniel Daflon says:

    Hélas, l’Histoire n’est qu’une succession de trahisons. Triste humanité.