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Une activité électrique traverse l’encéphalogramme d’ordinaire plat de la micro-société intellectuelle parisienne depuis quelques jours.

L’Express parle de déflagration, Le Figaro de séisme, Le Monde de guerre culturelle et de purge idéologique : 150 auteurs essentiels, dont Virginie Despentes, Sorj Chalandon, Beigbeder, Laure Adler, François de Closets, François de Closets, BHL, annoncent quitter l’éditeur de la rue des Saints-Pères, suite au limogeage par Vincent Bolloré d’Olivier Nora, neveu de l’historien Pierre Nora.

« Son licenciement est une atteinte inacceptable à l’indépendance éditoriale et la liberté de création », lit-on dans leur tribune originale. 200 éditeurs et éditrices, dont Antoine Gallimard et Françoise Nyssen, ont joint leurs protestations aux leurs.

En bref, c’est tout un lobby politico-éditorial qui crie : « Haro sur Bolloré. »

L’inénarrable Olivier Faure l’a accusé de vouloir « lobotomiser l’édition », tandis que Bernard Cazeneuve fustige « l’offensive de l’idéologie réactionnaire ».  Ce licenciement serait en lien avec la publication à venir du prochain livre du franco algérien Boualem Sansal, dont la proximité avec le média Frontières et l’entretien croisé avec Philippe de Villiers auraient déplu à l’ancien PDG.

Tandis que certains ironisent sur le fait que Pascal Praud pourra bientôt publier son premier roman et la Blanche Neige de Bardella son journal intime, que d’autres semblent découvrir l’existence des oligopoles et autres pratiques managériales sauvages, il s’en trouve pour s’exercer de nouveau à la réduction ad hitlerum en évoquant les fameuses années sombres de notre histoire.

La vérité est que par nihilisme, paresse, incurie, entregent et mondanité stérile, tous ont renoncé à mener le seul combat qui comptait en la matière : celui de la littérature. Grasset, comme tous les éditeurs mainstream, n’est plus qu’une coquille vide, dont le patron importe peu.

En 1921, un autre affaire avait secoué ce petit monde. L’écrivain-reporter Henri Béraud avait découvert par hasard que des auteurs peu lus dans l’Hexagone trônaient dans les vitrines des meilleures librairies françaises étrangères, particulièrement MM Suarès, Claudel, Romains, Gide et son disciple préféré Jacques Rivière, de la N.R.F.

Une série d’articles en cascade s’ensuivirent dans l’Éclair, le journal de droite d’Émile Buré. Béraud y dénonçait le scandaleux monopole de « la firme de M. Gallimard « , distribuées dans toutes les capitales grâce à la complicité du ministère des Affaires étrangères et par l’entremise de Jean Giraudoux, diplomate et, bien sûr, auteur de la maison.

Outre la question des conflits d’intérêts et du financement, notamment des conférences, la polémique se changea vite en une nouvelle querelle des Anciens et Modernes. Preuve qu’en ccs heures dites sombres, le cadavre de la littérature française bougeait encore quelque peu.

Béraud devint le défenseur d’une littérature à la fois classique et populaire, car encore tournée vers le réel, et le pourfendeur d’une littérature naissante élitiste, centrée sur l’intellect, méprisant la narration traditionnelle au profit du renouvellement des formes, pratiquant l’introspection névrotique du moi, faisant le procès de l’histoire, initiant la déconstruction du personnage. Bref. Une littérature de l’entre-soi.

Pour Béraud, l’argument de la nouveauté de ceux qu’il nommait affectueusement les « gallimardeux » n’était qu’un sophisme bourgeois, servant à confisquer l’héritage littéraire français, en noyant de surcroît le lectorat dans ce qu’il appelait, un peu à l’emporte-pièce, « l’ennuyeux ».

C’est ce que sous-tend sa brillante formule de polémiste : « La nature a horreur du Gide. »

Roland Dorgelès, qui se déclara « de tout cœur avec Béraud », renchérit :

« Je condamne André Gide non seulement au nom de l’esprit catholique qui est le mien, mais au nom de ma santé morale. Nous sommes pour les toniques. Il est pour le poison. Il croit éclairer les âmes : il les trouble. Ce ne sont pas les vertus qui l’intéresse ; ce sont les tares[1]… »

On le voit : il y belle lurette que les dés furent jetés et le sort de la littérature authentiquement française scellé.

Les vertueux protestataires contemporains de Grasset trouveront vite d’autres boutiquiers où répandre leur égotisme loin de Bolloré, et l’encéphalogramme de la France littéraire pourra redevenir plat pour quelques décennies, au sein du fracas tragique du monde.

Le Petit Béraldien

[1] Henri Béraud, La Croisade des longues figures, coll. « Les pamphlets du siècle », Ed. du Siècle, Paris 1924

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