Marcel Sel n’est ni un ami du député Laurent Louis ni un réactionnaire. Cet écrivain, blogueur et compositeur a publié des articles et tribunes dans des médias aussi variés que La Libre, Elle Belgique, Le Soir, Marianne Belgique, Télépro, ProChoix (revue subventionnée publiée par Caroline Fourest)  ou encore la revue du Centre Communautaire Laïc Juif. Bien intégré au système, Marcel Sel est régulièrement invité par la RTBF. L’essai romancé qu’il a publié en 2010 sur la crise belge a été préfacé par Jean Quatremer, correspondant de Libération à Bruxelles. Il écrit aussi pour l’humoriste André Lamy. Bref, un homme au-dessus de tout soupçon.

Or, Marcel Sel parle de Milquetgate à propos de l’affaire de scandale sexuel au collège Saint-Michel qui implique le fils de Joëlle Milquet, ministre de l’Intérieur. Mais à quelques jours des élections, pas un média du système ne vient fendre la chape de plomb posée sur cette affaire.

Insistons sur le fait que Marcel Sel ne manque pas, par ailleurs, de critiquer vertement Laurent Louis et son intervention dans ce dossier. Marcel Sel considère que plusieurs des arguments de Laurent Louis sont infondés. Il n’y a, entre ces deux-là, pas la moindre sympathie ni concertation.

Extraits de ce que Marcel Sel a publié il y a une semaine déjà sur son blog sans aucune conséquence sur l’attitude des journalistes belges :

Je dispose de nouveaux témoignages de personnes extrêmement crédibles. Ils vont dans le sens d’un scandale politique et médiatique. Toutes les personnes qui m’ont parlé m’ont demandé l’anonymat le plus total : il y a autour du Collège St-Michel une véritable «peur de Joëlle Milquet» qui aurait envers l’école l’attitude d’une monarque sur son territoire.

La vérité étant toujours une illusion et l’avocat de la ministre étant, semble-t-il, une pointure, je garde le conditionnel, même si ça complique.

Le cœur des témoignages dont je dispose peut se résumer à ceci : «c’est Joëlle Milquet qui a tout balancé» aux journalistes du groupe SudPresse. Ce qui permet à mes sources de l’affirmer, c’est notamment qu’elle seule disposait de certains des éléments confidentiels parus dans les journaux du groupe SudPresse. La direction du collège a même affirmé au Pouvoir Organisateur de l’école qu’elle disposait d’une «preuve» de ce déballage par la ministre. Une troisième source évoque un témoignage volontairement avilissant envers la jeune fille.  Or, les éléments qu’elle a dévoilés aux journalistes impliquaient une mineure et étaient à ce titre absolument confidentiels. Elle et son avocat étaient tenus au secret. Je ne suis pas juriste, mais il me semble que la divulgation de telles informations relève du droit pénal et ici, il s’agit d’un-e ministre et d’un membre éminent du barreau. 

(…) Tout d’abord, elle aurait profité du fait qu’il était interdit à la presse de révéler son identité parce qu’elle avait un lien avec l’un-e des protagonistes de l’affaire, et que celui ou celle-ci était mineur-e. Elle se serait donc permis d’user de cette position (ce que j’appelais dans mon article d’hier abus de position) pour tout balancer aux médias, persuadée qu’elle ne risquait rien. Cela revient à dire qu’une ministre en fonction aurait abusé de la législation protégeant les mineurs, mais aussi de son pouvoir, de sa notoriété et de ses relations avec la presse, pour avilir en toute impunité une adolescente et sa famille, et faire pression sur le Collège Saint-Michel. (…)

Du coup, ce n’est plus uniquement SudPresse, mais bien l’ensemble des journaux qui ont relayé l’information, qui auront participé, volontairement ou non, à une entreprise de dépeçage dont les victimes — jeune fille, collège, corps enseignant… — avaient été ligotées avant d’être livrées aux hyènes !

(…)  les enquêtes sont, entre autres, menées par la police fédérale. Celle-ci dépend de deux ministères : celui de la Justice et celui de… l’Intérieur. Dans l’investigation en cours, c’est la ministre de la Justice qui a autorité sur les policiers. Mais de par l’autorité générale de la ministre de l’Intérieur sur la police fédérale, il lui serait possible d’exercer certaines pressions sur les enquêteurs. De fait, rien ne permet d’affirmer qu’elle ait même l’intention de le faire, mais s’il y avait de telles pressions, elles seraient indétectables. La situation comporte donc un risque réel de conflit d’intérêts. 

Pire. Même au niveau d’une «simple» information judiciaire, les détails graveleux qui auraient été lâchés par Joëlle Milquet et/ou son avocat à la presse, et la révélation publique de ceux-ci par des médias de grande audience peuvent influencer les enquêteurs et les magistrats et influer sur leur perception des faits. Il s’agit d’une violation du principe de séparation des pouvoirs, y compris le quatrième dans ce cas (la presse) qui, au lieu de subvertir le pouvoir exécutif et de le remettre en question, en serait devenu le complice au détriment d’une école et d’une élève mineure. La perspective d’une telle collusion rend le silence des médias insupportable. (…)

Laurent Louis a entretemps fait des petits. Sur Twitter et Facebook, on assiste à des échanges surréalistes où tout le monde parle de l’affaire, donnant ouvertement la relation entre Milquet et un protagoniste, alors que la presse continue à couvrir la marmite à pression. On se dit qu’il ne faudra que quelques jours pour que tout le monde «sache» (…) Enfin, hier, je publie mon article, et les médias se verrouillent à double tour. Rien ne transpire. Mon papier a été lu plus de 10.000 fois depuis et partagé par un bon millier de comptes Facebook. Mais rien dans la presse généraliste…

 (…) lorsque l’on commence à comprendre que Joëlle Milquet a joué un rôle dans l’histoire, c’est le blocage total. 

(…) Mon point de vue permet toutefois de dévoiler la seule chose qui me semble importante ici : l’attaque délibérée d’une ministre en exercice, candidate aux prochaines élections, contre une adolescente livrée en pâture à la presse, à la population, à ses camarades, après avoir soigneusement ligoté toute personne pouvant tenter de la défendre au baobab de la liberté de l’information en berne. 

Déontologie
C’est là que la question de la déontologie se pose de façon complexe. SudPresse n’a pas hésité à violer la loi et la déontologie, au service de madame Milquet. (…) 
les journaux s’empêchaient de traiter l’essentiel : la manipulation médiatique, la désinformation, et surtout la crucifixion d’innocents au bénéfice d’une personne protégée par une ministre. (…)

Les réflexions de certains journalistes à mon égard, affirmant qu’on ne peut pas s’attaquer «comme ça» à madame Milquet ne font que conforter mon opinion : il y a quelque chose de pourri au royaume de la presse. (…)

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