
Présentée au Grand Trianon, jusqu’au 27 septembre 2026, l’exposition Jardins des Lumières, 1700-1800 retrace les débuts du landscape garden, pleasure garden ou picturesque garden, mode qui naît en Angleterre dans les années 1730, traduisant une nouvelle manière de penser le jardin. Loin du tracé géométrique du jardin à la française, les jardiniers et architectes imaginent des tracés sinueux, d’apparence libres mais savamment orchestrés, dans lesquels reliefs, cours d’eau, grottes et fabriques dessinent un monde en miniature. Ces compositions paysagères pensées comme des espaces de voyage et de découverte sont alors communément appelées «jardins anglo-chinois» ou « jardins anglais ». Les références à l’Antiquité, à l’Orient, aux cultures européennes et aux civilisations lointaines nourrissent une mise en scène sensible. À travers nombre d’objets décoratifs, dessins et plans d’inspiration orientale, les visiteurs peuvent se figurer l’inspiration majeure que l’ailleurs représente sur l’imaginaire de la société du XVIIIe siècle.
Reflets des idées des Lumières, les jardins incarnent également une nouvelle relation au monde et à la nature. Le paysage devient ainsi un langage, un espace de réflexion autant qu’un lieu d’émotion. L’art du paysage s’invite aussi jusque dans l’intimité ; à l’image du décor de la salle de bain du château de Bagatelle restitué dans l’exposition grâce à la réunion exceptionnelle de quatre toiles d’Hubert Robert prêtées par le Metropolitan Museum of Art de New-York.
Vie au jardin
La seconde partie de l’exposition invite le public à entrer dans l’intimité de ces paysages habités, où se joue une transformation des modes de vie aristocratiques à la fin de l’Ancien Régime. Ces jardins favorisent l’émergence d’une vie de campagne élégante et largement fantasmée. Les usages évoluent tout comme les apparences : vêtements plus légers, chapeaux de paille tressée, mobilier de jardin, accessoires adaptés à la vie extérieure, comme en témoignent les portraits peints par Élisabeth Vigée Le Brun et George Romney.
Le jardin devient un espace de sociabilité raffiné, où se mêlent intimité, représentation et liberté. Véritables laboratoires de création, les fabriques et leurs décors donnent naissance à des formes inédites de mobilier et d’objets. Inspirées de l’Antiquité, de l’exotisme ou du monde rustique, ces pièces hybrides traduisent une inventivité sans précédent. Table en bambou pour la pagode de Chanteloup, tabouret de concrétions de grotte conservé au Bowes Museum ou encore les chaises de roseaux pour la Chaumière aux coquillages de Rambouillet témoignent du prolongement de l’esthétique du paysage dans les usages quotidiens où s’estompe la frontière entre nature, architecture et arts décoratifs.
La dernière partie de l’exposition est consacrée au jardin en tant que cadre de fêtes somptueuses. Illuminations, spectacles, et jeux nocturnes transforment les paysages en décors éphémères, propices à l’émerveillement et à l’illusion. Les peintres Claude-Louis Chatelet et Louis-Nicolas de Lespinasse saisissent ces instants suspendus, où le jardin devient le théâtre d’un art de vivre hédoniste, joyeux et profondément moderne, comme en témoignent par exemple les fausses éruptions volcaniques de Worlitz.
Le prêt exceptionnel par la Banque de France de la célèbre Fête à Saint-Cloud (1755-1780) de Jean-Honoré Fragonard, et de deux autres toiles de la National Gallery of Art de Washington du même ensemble réunies pour la première fois, évoquent ces instants de plaisirs baignant dans une atmosphère irréelle et enchantée. Ces magistrales compositions illustrent ce plaisir de vivre qui caractérise la fin de l’Ancien Régime.
En sortant de l’exposition, vous observez l’esplanade du Laocoon, avec son bassin bordé de quatre vases en marbre blanc récemment restitués, ainsi que son groupe sculpté.
Trianon
Le domaine de Trianon offre un témoignage de l’art du jardin anglais au XVIIIe siècle : admirablement préservé, il conserve l’essentiel des codes du jardin paysager, dont il incarne encore aujourd’hui le charme rustique et l’esprit poétique. Dès 1774, année de son accession au trône, la reine Marie-Antoinette a un grand projet pour le Petit Trianon : la création d’un jardin anglais. Son architecte Richard Mique, et le jardinier Antoine Richard réalisent des travaux considérables pour composer un nouveau paysage de lacs, de montagnes, de grottes et de rivières.
En 1776, la première fabrique construite prend la forme d’un manège d’inspiration chinoise dans laquelle les proches de la reine s’adonnent au jeu de bague. À sa suite seront créés le temple de l’Amour, le Belvédère et le Hameau de la Reine, véritables symboles du jardin paysager. La reine évolue dans ce décor de théâtre avec une société choisie. Elle en fait un lieu de plaisirs et d’amusements, de promenades et de fêtes, lui permettant de prendre ses distances avec l’étiquette.
Chaque membre de la famille royale créera ensuite sa propre féérie, Mesdames à Bellevue et à l’Ermitage de Versailles, le comte d’Artois à Bagatelle ou encore le comte de Provence du parc de Balbi. L’exposition se conclue en invitant le visiteur à prolonger son parcours dans les jardins de Trianon pour qu’à son tour, il puisse se perdre dans les recoins sinueux du jardin paysager. Les jardins anglais qui se laissent encore contempler aujourd’hui, tels qu’Ermenonville, le Désert de Retz ou le parc de Bagatelle sont également évoqués.
Jardin du parfumeur
Le Jardin du Parfumeur permet de renouer avec l’atmosphère des jardins du XVIIe siècle. Situé à l’orangerie de Châteauneuf, au cœur du domaine de Trianon, ce jardin rassemble des centaines d’essences florales : des plantes historiques (roses, jasmins…), certaines aux odeurs originales (chocolat, pomme…) et d’autres porteuses de mauvaises odeurs, en passant par des fleurs dites « muettes » telles que les jacinthes, les pivoines, ou encore les violettes.
Pendant la durée de l’exposition, Jardins des Lumières, 1750-1800, le Jardin du Parfumeur est accessible gratuitement depuis le bassin du Trèfle par le chemin creux. Ouvert à tous les visiteurs en visite libre, tous les week-ends jusqu’au 27 septembre de 12h à 18h30 (dernière admission à 17h45) et en visite guidée.
Léo Kersauzie





