Amusant retour de l’histoire, et preuve des bouleversements géopolitiques der la Guerre Froide, il est prévu pour 2018 des projets de « Grande Albanie », selon la presse russe, en l’occurrence les Izvestia. Lors de la réunion de Pékin du 15 mai, Vladimir Poutine s’en est entretenu avec son homologue serbe Aleksandar Vucic. Selon Viktor Kolbanovski, directeur du Centre balkanique pour la coopération internationale : « La chute du gouvernement d’Isa Mustafa ne peut être expliquée que d’une seule manière, par la pression américaine sur les Albanais du Kosovo pour accélérer la mise en œuvre de la « Grande Albanie ». Le retour éventuel du criminel de guerre Ramush Haradinaj en politique signifie des plans agressifs des Albanais du Kosovo en relation avec la Serbie et la Macédoine. ». La victoire des nationalistes albanais aux élections kosovares du 11 juin amènerait à un référendum sur le rattachement du Kossovo à l’Albanie. Le chef du service de presse du parti de l’autodétermination, formation favorite du scrutin, a notamment déclaré que : « « Si les prévisions électorales sont correctes, notre parti gagnera les élections et nous déciderons de qui sera le nouveau Premier ministre. Notre principal candidat est l’ancien président du mouvement Albin Kurti ». Selon Moscou, tout ceci fait partie d’un projet visant à mettre au pouvoir au Kossovo des nationalistes albanais, dont la politique de création d’une « Grande Albanie » est soutenue par l’Occident, et qui vise à affaiblir la position des pays de la région qui veulent mener une politique étrangère indépendante. Cela se réfère principalement à la Serbie, qui refuse de rejoindre l’OTAN et qui coopère étroitement avec la Russie dans les domaines politique, économique et militaire. Le portail russe affirme que l’un des candidats au nouveau gouvernement du Kosovo est Ramush Haradinaj, que le tribunal de la ville française de Colmar a relâché en avril de cette année, rejetant la demande d’extradition en Serbie pour des crimes de guerre contre des Serbes au Kosovo et en Metohija.

La Grande Albanie annexe la moitié de la Macédoine, en gros tout le territoire à l’ouest d’une ligne nord-sud rejoignant les frontières serbe et grecque avec Veles au centre (l’Ilirida), tout l’est du Monténégro, le sud de la Serbie (le Sandjak, le Toplica et bien entendu le Kossovo), et la portion de la Grèce située au nord d’une ligne Ioannina-Véroia, le Cameria). Avec le soutien américain et OTANesque, certains ne doutent de rien…

Sur le terrain, l’immense majorité de l’Albanie (22 des 26 districts) est peuplée à plus de 80 % d’Albanais., les 4 districts le long de la frontière grecque étant peuplés à moins de 30 % d’Albanais (ces provinces sont peuplées de Grecs). 15 des 22 provinces du Kossovo dont la capitale Pristina le sont également, 3 l’étant entre 30 et 50 %, 1 entre 10 et 30 % et 3 peuplées de moins de 10 % d’Albanais (provinces serbes du Kossovo). La Macédoine compte également une forte minorité albanaise avec 4 provinces peuplée à plus de 80 % d’Albanais, 2 à plus de 50 % (dont la capitale Skopje), 1 à plus de 30 %, 2 à plus de 10 % et 5 à plus de 1 %. La Serbie compte une province peuplée à plus de 80 % d’Albanais, une à plus de 50 %, une à plus de 10 % et une à plus de 1 %.  Au Monténégro, une province est peuplée à plus de 80 % d’Albanais, 1 à plus de 50 % et 2 à plus de 30 %. On est donc loin des projets délirants de cette « Grande Albanie » qui risque de connaître les mêmes problèmes que la « Grande Pologne » qui, en 1919, ne comptait guère plus de 40 % de Polonais…

L’aspect cocasse de la chose, est qu’il y a 70 ans, le négatif de ce projet existait. Exact négatif car il était question cette année-là de « Grande Yougoslavie » sous l’égide d’un autre impérialisme, celui de l’URSS stalinienne. Il était prévu une Yougoslavie gigantesque forte de 9 républiques socialistes et deux régions autonomes, dans un remodelage complet de la carte de l’Europe danubienne et balkanique.  Cette Yougoslavie aurait compris : 1 – La République Socialiste de Slovénie, capitale Ljubljana, qui aurait annexée l’Istrie et une partie de la Vénétie (la région d’Udine) ; 2 – La République Socialiste de Croatie, capitale Zagreb ; 3 – La République Socialiste de Bosnie, capitale Sarajevo ; 4 – La République Socialiste du Monténégro, capitale Podgorica (notons que la ville ne s’appelle plus Titograd…) ; 5 – La République Socialiste de Serbie, capitale Belgrade, avec la République autonomie de Voïvodine, capitale  Novi Sad et agrandie de la région de Timisoara et Arad annexée sur la Roumanie ; 6 – La République Socialiste d’Albanie, capitale Tirana,  agrandie du Kossovo arraché à la Serbie ; 7 – La République Socialiste de Macédoine, capitale Salonique,  agrandie de toute la Macédoine grecque jusqu’à Kavala incluse et les régions de Blagoevgrad et Petrich annexées sur la Bulgarie ; 8 – La République Socialiste de Valachie, capitale Bucarest, comprenant le sud de la Roumanie, la Transylvanie étant annexée à la « République Populaire de Hongrie » (qui annexe au passage le sud de la Slovaquie) et la Moldavie qui forme avec la Bessarabie et la Bukovine la République Socialiste de Moldavie) et enfin 9 – La République Socialiste de Bulgarie, capitale Sofia, qui garde le Dobroudja au dépend de la Roumanie et annexe la Thrace (tant grecque que turque) jusqu’à Istamboul incluse, renommée Carlgrad, la Turquie d’Europe devenant la République autonome de Thrace. Notons que l’Autriche est annexée à l’Allemagne et qu’une grosse part des frontières balkaniques dessinées par le IIIe Reich furent reprises telles quelles dans les projets soviétiques…

Que ce soit en 1948 ou 2018, il va de soi que pas plus Moscou que Washington aient quoi que ce soit à chaloir du droit des peuples. Il est d’ailleurs amusant de remarquer les redessinages de frontières en fonction de l’évolution des alliances… Ainsi, si la mouture « Europe Soviétique 1953 » rattachait la Sarre à la France, sa mouture « Europe Soviétique 1975 » rattachait l’Alsace-Lorraine à la République Démocratique Allemande.  « Alliance n’est pas mariage » comme dit un axiome de géostratégie et le soutien des Etats-Unis, fussent-ils ceux de Trump, et de la Russie, fusse-t-elle celle de Poutine, ressemble un peu trop à la « protection » que Don Corleone et ses semblables accordent au commerçant du quartier…

Hristo XIEP

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