Les clandestins de la base de Cona, dans le nord de l’Italie, poursuivent leur rébellion et leurs revendications qui consistent à obtenir « plus de droits et de meilleures conditions de vie ».

La semaine dernière, pour avoir gain de cause, ils avaient entrepris une « marche de la dignité » de leur centre d’accueil de Cona à la préfecture de Venise. L’évêque de Venise, Mgr Moraglia, leur avait tendu la main et trouvé des logements. Pas assez bien pour ces clandestins qui sont donc retournés dans la nuit de samedi à dimanche à leur point de départ, la base de Cona, d’où ils ont fui à nouveau mais cette fois-ci vers la préfecture de Padoue où ils sont arrivés hier.

La situation à Cona est ubuesque : pour 160 habitants, il y a 1200 clandestins.

« Ici on ne produit que de la souffrance, pour qui vit à l’intérieur et pour les habitants du village. Nous n’en pouvons plus »

déclare le maire.

Les demandeurs d’asile arrivés à Padoue ont été transférés dans un premier temps à l’église de la Paix. Ils demandent à être reçus en préfecture. Dans cette attente, ils manifestent bruyamment leurs desiderata… qui se résument en fait en un seul, primordial, essentiel pour pouvoir rester en Europe ad vitam æternam  :

« des papiers pour tous. »

 

C’est le slogan qu’ils scandent d’une seule voix… en français.

Au cours d’une conférence de presse, le Vicaire épiscopal de Padoue, don Marco Cagol a précisé la position, un peu schizophrénique, du diocèse qui soutient les réfugiés tout en les voulant ailleurs :

« La situation à laquelle nous assistons aujourd’hui est de toute évidence une situation préméditée, qui pour nous n’est pas acceptable. Nous ne pouvons pas alimenter des illusions ni nous soumettre à un chantage moral de la part de qui accuse l’Église de fermer ses portes. Le plus c’est pire mieux c’est” n’est pas une méthode qui nous appartient. N’oublions pas que seul le respect des règles peut assurer la cohabitation pacifique dans un territoire. Ni que rester en-dehors de la base de Cona pour deux jours risquent de ne donner qu’un seul résultat : la perte des droits connexes au statu de réfugié. »

Les portes des paroisses de Padoue resteront donc fermées pour ces clandestins. Un choix qui selon don Marco Cagol n’est pas contraire à l’esprit de l’Évangile :

« Pour nous c’est un choix difficile pris dans un contexte de grand fatigue et douleur mais fait en fonction du bien de ces jeunes hommes. »

Même discours chez le responsable diocésain de la Caritas don Luca Facco :

«Nous sommes les premiers à vouloir la fermeture de Cona et de la base de Bagnoli, où la situation est cependant moins problématique grâce à l’engagement des maires, des coopératives et de nos paroisses. Mais il ne peut être question de prendre en otage une ville et une église, ni d’accepter de voir fomenter de nouvelles guerres entre les pauvres. […] Le seul choix juste est celui de retourner à Cona. »

Malgré leur mentalité bien-pensante, il semblerait que les prêtres de Padoue, contrairement au patriarche de Venise, Mgr Moraglia, et au pape François, tout simplement, ont pris conscience, enfin, de la tension qui monte chez les Italiens pauvres choqués par ces revendications outrancières des clandestins. L’utopique « vivre-ensemble » prend du plomb dans l’aile… C’est plutôt la guerre entre pauvres qui se profile…

Francesca de Villasmundo

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