L’abbé Schmidberger, recteur d’un des séminaires de la Fraternité Saint Pie X et ancien supérieur général a donné un entretien au média catholique allemand CNA (certaines traductions amateurs de cette interview ont été mises en cause. Afin de lever toute équivoque, MPI a fait réaliser une traduction que vous trouverez sous cet article). Partant de la juridiction officielle accordée par le pape pour confesser durant l’année jubilaire, l’abbé Schmidberger évoque une régularisation d’ensemble de la société fondée par Mgr Lefebvre. Une régularisation souhaitée pour des motifs pastoraux : « Si le pape envisage de faire une structure canonique, cela ouvrirait beaucoup de portes pour un travail beaucoup plus vaste de nos prêtres (…). Surtout, nous pourrions selon notre vocation participer à la formation et au développement d’une nouvelle génération de prêtres pleins de foi et d’esprit et de zèle apostolique »

On retrouve ici l’argument habituel des partisans d’un accord juridique entre Rome et Ecône : un tel accord offrirait à la Fraternité un élargissement de son champ apostolique. Imaginez tout le bien que pourrait faire la Fraternité dans les structures officielles de l’Eglise !

A vrai dire, l’argument n’est pas nouveau. C’était peu ou prou l’idée avancée par Rome aux communautés traditionnelles avant qu’elles ne passent dans le giron de la commission Ecclesia Dei (Fraternité St Pierre, abbaye Ste Madeleine du Baroux, diocèse de Campos, Institut du Bon Pasteur…). Or on sait ce qu’il est advenu de ces sociétés une fois « normalisées ». Elles ne dénoncent plus publiquement les erreurs répandues par les autorités de l’Eglise. Elles ont mis en veilleuse leur critique du concile Vatican II. Elles admettent la légitimité de la nouvelle messe. Elles sont silencieuses face aux réunions interreligieuses et aux actes suspects de communicatio in sacris accomplis par l’autorité suprême[1]. Dernièrement, les voix des supérieurs de ces instituts se sont-elles élevées contre le décret du pape simplifiant à l’extrême les possibilités d’annulation de mariage et favorisant de facto le divorce catholique ?

Il est imprudent de ne pas tenir compte de l’expérience de ces communautés ou – ce qui revient à la même chose – de considérer que les choses seront différentes pour la Fraternité compte tenu de ce qu’elle représente. Car qui dit statut canonique, dit relation hiérarchique, dit orientation donnée dans le choix des supérieurs et de la formation et dit aussi nécessairement confiance mutuelle pour pouvoir fonctionner. Or comment envisager un accord si la confiance n’est pas là, si l’on n’est pas sûr de travailler dans le même but ? Il est non seulement illusoire, mais suicidaire, de croire que la FSSPX fera du bien à Rome en étant réintégrée. Comme l’indiquait Mgr Lefebvre, ce ne sont pas les inférieurs qui font les supérieurs, mais l’inverse. Et Rome, pour le moment, reste fermement attachée au Concile Vatican II, aux réformes qui ont suivi, n’envisageant pas un seul instant de se réapproprier sa Tradition (liturgique, morale, doctrinale)[2].

Comme nous l’avons déjà écrit par ailleurs, il convient d’attendre que les autorités romaines soient dégrisées des idées conciliaires avant d’entamer une franche collaboration. C’était la ligne de Mgr Lefebvre. C’est aussi la nôtre. 

Albert Laurent

[1] La communicatio in sacris est la participation active d’un catholique à un culte qui ne l’est point. A cet égard, les derniers pontifes romains ont posé des actes problématiques : Jean Paul II embrassant le Coran le 14 mai 1999 ou recevant le signe de Shiva le 2 février 1986, Benoît XVI priant dans la mosquée bleue d’Istanbul le 30 novembre 2006, François répétant ce geste le 29 novembre 2014

[2] « J’ai choisi la date du 8 décembre [2015] pour la signification qu’elle revêt dans l’histoire récente de l’Eglise. Ainsi, j’ouvrirai la Porte Sainte pour le cinquantième anniversaire de la conclusion du Concile œcuménique Vatican II. L’Eglise ressent le besoin de garder vivant cet événement. C’est pour elle que commençait alors une nouvelle étape de son histoire. Les Pères du Concile avaient perçu vivement, tel un souffle de l’Esprit, qu’il fallait parler de Dieu aux hommes de leur temps de façon plus compréhensible. Les murailles qui avaient trop longtemps enfermé l’Eglise comme dans une citadelle ayant été abattues, le temps était venu d’annoncer l’Evangile de façon renouvelée », François, Bulle d’indiction du Jubilé de la Miséricorde

ZAITZKOFEN, le 17 décembre 2015 / 11.15 heures (CNA Deutsch).- 

Pour l’année de la Miséricorde, le Pape François a déclaré que les confessions peuvent être reçues „validement et de manière autorisée“ dans la Fraternité Saint Pie X. Dans un communiqué, la Maison générale de la Fraternité Saint-Pie X (FSSPX) a remercié le Saint-Père pour “son geste paternel”. Comment la FSSPX se situe-elle par rapport à ce geste? Réponses de M. l’abbé Franz SCHMIDBERGER, directeur du séminaire “Sacré Cœur de Jésus” et ancien Supérieur de District de la Fraternité en Allemagne et en Autriche.

CNA : M. l’abbé SCHMIDBERGER, est-ce que la Fraternité Saint-Pie X a effectivement appris ce geste par la presse alors que lon pouvait le lire dans la lettre à l’archevêque Rino FISICHELLA ?

SCHMIDBERGER : Oui, nous avons appris la nouvelle par la presse selon laquelle le Pape François avait accordé aux prêtres de la Fraternité Saint-Pie X, pendant l’Année Sainte, la juridiction pour pouvoir confesser tous les fidèles. Vous le savez bien, nos relations avec les autorités romaines ne sont pas si cordiales et si proches pour que nous apprenions tout à l’avance.

CNA : Avez-vous eu connaissance de réactions d’autres représentants de l’Eglise ? Comment évaluez-vous la couverture de l’événement dans les médias qu’ils soient catholiques ou non ?

SCHMIDBERGER : Jai lu un article dans la presse quotidienne ; sinon les médias de masse de langue allemande se sont retenus d’en parler. Nous n’avons pas particulièrement leur faveur parce que nous ne suivons pas le courant dominant de l‘époque. Dans les médias de l’Eglise, j’ai lu une phrase sobre. Dans les diocèses, ils doivent être plutôt gênés que l’on accorde aujourd‘hui – et cela par un acte de souveraineté du Saint-Père lui-même – la juridiction de la confession à des ecclésiastiques qui se trouvaient depuis des années et à tort en dehors de l’Eglise ou même insultés comme intégristes.

CNA : Comment la Fraternité a-t-elle reçu ce geste ? Proposetelle activement le sacrement de la Réconciliation, en particulier aux fidèles qui ne se confessent habituellement pas à des prêtres de la FSSPX ?

SCHMIDBERGER : Dans notre Séminaire du Sacré-Cœur de Jésus, nous avons mis en place, juste avant Noël, une journée de confession et suscité l’attention des fidèles par une annonce dans le journal local. Nos séminaristes ont distribué à cet effet des tracts et collé des affiches. Je suppose que dans nos prieurés et chapelles, des offres semblables ont été proposées aux fidèles qui souhaitent se confesser. A cela s’ajoute les heures de confession régulières le dimanche et les jours de fêtes aussi que sur demande pendant la semaine.

Si cette journée de confession est bien reçue des fidèles, d’autres événements de la sorte suivront, en particulier pendant le carême, à chaque fois avec une adoration silencieuse du Saint-Sacrement.

CNA : Dans son discours aux évêques allemands, le Pape François a invité ces derniers, pendant l’Année Sainte, à insister d’avantage sur l’Eucharistie et la confession qui aurait pratiquement disparu dans de nombreux endroits. Quelle est la régularité de la confession des fidèles qui vivent leur vocation de laïcs catholiques dans la Fraternité ?

SCHMIDBERGER : Peut-être pourrais-je vous proposer des chiffres concrets. Sur environ 110 fidèles de l’extérieur le dimanche, nous comptons en moyenne 15 confessions, auxquelles s’ajoutent quelques confessions en semaine; ce qui donne une fréquence de confession d’environ 6 semaines, soit un rythme normal dans la vie chrétienne. Dans les autres chapelles de la Fraternité, le constat est probablement le même. Ailleurs en Allemagne, la confession est, à quelques exceptions près, devenue un sacrement en voie d‘extinction. La perte du sens du péché en est d’une part la raison et d’autre part la conséquence. L’aspiration à la vertu et une vie selon la volonté de Dieu sont devenues des mystères insondables pour les chrétiens. Beaucoup vont à Sainte Communion sans aucune disposition intérieure, souvent chargés de péchés graves. Ce n’est pas le nombre de communions qui témoigne de la vitalité et du zèle d’une paroisse, mais le nombre de confessions.

CNA : Comment expliquez-vous ce “taux” nettement plus élevé ?

SCHMIDBERGER : Si, depuis des années, on ne prêche plus en sermon sur les commandements de Dieu, sur les péchés qui excluent du royaume de Dieu (Gal 5, 21), alors la morale chrétienne et même le sens du péché, chez un peuple autrefois croyant, s’effondrent.

Dans toutes nos chapelles, nous essayons de transmettre la vérité, la beauté et la profondeur de la religion catholique ; nous prêchons toute la foi catholique, sans concession, et tenons au respect à l’encontre des choses saintes, en particulier à l’encontre de la Sainte Eucharistie. A cela s’ajoute des journées de récollection et la possibilité de retraites dans lesquelles le dogme catholique, la morale chrétienne correspondante et la vie spirituelle sont exposés aux participants. Nous formons les fidèles à une vie de prière dans laquelle ils reçoivent de Dieu la lumière concernant sa majesté, sa sainteté, sa bonté paternelle et miséricordieuse et concernant la nécessité de leur salut. Chez nous, le message de Notre-Dame de Fatima est pleinement vécu.

CNA : Le geste du Pape François s’inscrit en effet dans le cadre de l’année de Miséricorde. Mais comment le pape pourrait-il revenir dessus après le 20 novembre 2016 ? Attendez-vous de lui d’autres gestes de ce genre, concernant d’autres sacrements par exemple ?

SCHMIDBERGER : Une limitation à l’Année Sainte est en effet difficilement imaginable et ne doit  probablement pas être conforme à la pensée du Pape. Peut-être suivront d’abord d’autres gestes de nature similaire. Mais à long terme, il sera certainement question pour la Fraternité Saint-Pie X d’une normalisation définitive avec une structure canonique.

CNA : Déjà son prédécesseur, le Pape Benoît XVI, a cherché un rapprochement avec la Fraternité. Maintenant, le Pape François écrit dans la même lettre textuellement : „ J´ai confiance que dans un avenir proche des solutions pourront être trouvées, afin de retrouver la pleine unité avec les prêtres et les supérieurs de la Fraternité “. Que pensez-vous de cette déclaration ?

SCHMIDBERGER : Le Pape François voit sans doute dans notre Fraternité une force qui peut mettre la main à la pâte à la nouvelle évangélisation réclamée de toutes parts. Notre œuvre correspond aussi en quelque sorte à sa demande de vivre selon l‘esprit de pauvreté : nous ne recevons pas d’impôt ecclésiastique et ni aucun soutien de l’Etat, mais nous vivons uniquement de la générosité et de l’esprit de sacrifice des fidèles. Si le Pape envisage vraiment une structure canonique, cela nous ouvrirait de nombreuses portes pour un travail de nos prêtres beaucoup plus vaste que ce qu’il nous est possible pour le moment. Surtout, nous pourrions participer, selon notre vocation, à l’élaboration d’une nouvelle génération de prêtres pleins de foi et de zèle apostolique.

CNA : En conclusion: vous fêtez cette année votre quarantième anniversaire sacerdotal. Qu’espérez-vous pour l’Eglise catholique en général au cours des 40 prochaines années et quel rôle jouera à votre avis la Fraternité ?

SCHMIDBERGER : Pour les années à venir, on ne peut que souhaiter à l’Eglise une réforme de sa tête et de ses membres, et œuvrer pour un tel renouveau intérieur selon l’Esprit de sainteté. Sachant qu’il s’agit surtout d’un renouvellement du sacerdoce catholique afin de conduire à nouveau les fidèles aux sources du salut, aux sacrements. Il s’agit d´une communication de la foi vivante dans la prédication, la catéchèse, les récollections et les exercices spirituels, comme je l’évoquais à l’instant. Les moyens de communication modernes tels que l’internet, les fichiers audio et vidéo pourraient également être utilisés.

La crise actuelle est avant tout une crise de la foi et celle-ci vient par l’écoute (Rm 10, 17). C’est pourquoi nous prions souvent, avec toute l’Eglise, la collecte de la messe pour la propagation de la Foi: “O Dieu, qui voulez que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la Vérité, envoyez, nous vous en prions, les ouvriers à votre moisson et donnez-leur d’annoncer votre parole avec une assurance confiante, afin que votre message se répande, qu’il soit en honneur, et que tous les peuples vous reconnaissent, vous, le seul vrai Dieu, et celui que vous avez envoyé, votre Fils, Notre Seigneur Jésus-Christ”.

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