
Il y a 90 ans débutait la guerre d’Espagne précédée de six mois de terreur rouge nécessitant l’intervention de l’armée. Vingt prêtres d’Ibiza tués pendant la guerre civile seront béatifiés. Léon XIV a autorisé mercredi la promulgation de plusieurs décrets relatifs aux causes de canonisation et de béatification, parmi lesquels la reconnaissance du martyre du Serviteur de Dieu Juan Torres Torres et de dix-neuf compagnons, prêtres diocésains assassinés par haine de la foi à Ibiza en 1936.
Vingt prêtres martyrisés par la persécution religieuse socialo-communiste
Le décret reconnaît officiellement que ces prêtres ont été tués en odium fidei entre août et septembre 1936, au début de la guerre civile espagnole. Par cette reconnaissance, l’Église déclare qu’ils sont morts précisément en raison de leur statut de prêtres et de leur fidélité à la foi catholique.
La future béatification de ces vingt martyrs s’ajoute aux nombreuses causes de victimes de la persécution religieuse socialo-communiste en Espagne reconnues par l’Église ces dernières décennies, un souvenir qui se perpétue quatre-vingt-dix ans après ces événements.
Ces vingt prêtres diocésains furent assassinés entre le 7 août et le 13 septembre 1936 sur le territoire du diocèse d’Ibiza, dans le contexte des persécutions religieuses qui se déchaînèrent en Espagne durant la guerre civile. La reconnaissance de leur martyre ouvre la voie à leur béatification.
Le diocèse d’Ibiza commémore ces prêtres chaque 13 septembre, les reconnaissant comme des symboles de fidélité au Christ. Le procès en béatification a débuté le 23 novembre 2008.
Les vingt martyrs, âgés de 24 ans pour le curé de Pilar de la Mola à 73 ans pour le prêtre de Benimussa, seront béatifiés l’automne prochain à la cathédrale d’Ibiza. Ce sera la première fois qu’une béatification sera célébrée aux Baléares, a expliqué Mgr Ribas, qui a précisé que « toutes les béatifications précédentes ont eu lieu à Rome ». La cérémonie sera présidée par le cardinal Marcello Semeraro, préfet du Dicastère pour les causes des saints. L’évêque a également souligné que ce processus a nécessité un travail minutieux, mené avec le plus grand soin. Ce travail a démontré que les vingt prêtres sont morts uniquement pour leur foi. « S’ils y avaient renoncé », a-t-il ajouté, « ils ne seraient pas morts. Mais ils sont restés fermes face à la souffrance et à la persécution. » À ce propos, Monseigneur Ribas a cité l’exemple du curé de Sant Mateu, José Tur, assassiné à l’âge de 27 ans : « On lui a ordonné de quitter la paroisse. Il est resté car il devait célébrer un baptême. Il a été caché dans une maison, mais il ne voulait mettre personne en danger. Il s’est rendu et ils l’ont tué. »
Viva el Cristo Rey !
Le récit du meurtre de Joan Torres Torres, prêtre à Formentera, est particulièrement poignant. Il fut ordonné prêtre le 6 juin 1936 à la cathédrale d’Ibiza. Deux mois seulement après son ordination, il fut assassiné à La Savina et son corps jeté à la mer. Le curé de Sant Francesc, quant à lui, fut transféré à Ibiza et assassiné à Sa Carrosa : « Ils lui ordonnèrent d’abjurer sa foi, de renier Dieu, de blasphémer. Il cria “Vive le Christ Roi !” et ils le tuèrent. »
Le premier prêtre assassiné à Ibiza à cette époque fut le curé de Sant Carles. « La colonne du Bayo », se souvient Monseigneur Ribas, « a débarqué à Pou des Lleó. Ils ont assassiné le curé et son père. Le lendemain, ils ont assassiné son frère à Santa Eulària , simplement parce qu’il était son frère. Les dépouilles des trois reposent dans l’église de Puig de Missa, à Sant Carles, capitale du Sacré-Cœur de Jésus. »
Les prêtres survivants furent assassinés au château d’Ibiza le 13 septembre 1936. Ils n’étaient pas les seuls membres de l’Église de l’île d’Ibiza à périr durant la guerre civile. Monseigneur Ribas évoqua également le meurtre d’un autre aumônier à Barcelone et celui d’un autre à Minorque, où il était secrétaire de l’évêque Torres. Dans ce dernier cas, « on lui demanda s’il y avait un aumônier parmi eux ; il répondit par l’affirmative, et ils l’assassinèrent ». La cause de sa béatification sera ouverte à Minorque.
Monseigneur Ribas a également expliqué que la béatification de onze autres laïcs est également à l’étude. À eux s’ajoutera un groupe de jeunes de l’Action catholique de la paroisse Sant Jordi, qui ont subi le même sort.
Ce sont les noms des futurs bienheureux : Joan Torres Torres, Antoni Tur Costa, Antoni Roig Guasch, Josep Tur Bennassar, Miquel Planells Tur, Josep Ramón Escandell, Joaquim Cirer Sala, Josep Riera Bonet, Antoni Cardona Vingut, Josep Torres Torres, Marià Roig Marí, Josep Ferrer Guasch, Antoni Marí Torres, Ignasi Serra Riera, Antoni Ramón Orvay, Marià Escandell Roig, Miquel Riera Bonet, Andreu Tur Tur, Josep Tur Ferrer et Josep Serra Ribas.
Les célébrations de la béatification, quant à elles, débuteront dans les paroisses des îles Pitiuses, où la nouvelle sera annoncée dimanche prochain. Selon l’évêque, les cloches de toutes les paroisses sonneront en action de grâce le 24 , jour de la fête de saint Jean. Avant le 4 juillet, une messe d’action de grâce est prévue dans chaque paroisse.
Le diocèse lancera également une campagne de souscription publique afin de récolter 14 000 € pour un retable orné des portraits des 20 martyrs et de l’évêque Salvio, martyrisé à Lleida mais attaché à Ibiza, île qu’il avait quittée un an avant son assassinat. Ce retable sera dévoilé lors de la cérémonie de béatification.
La moitié du clergé d’Ibiza et de Formentera
Les vingt prêtres assassinés représentaient environ la moitié du clergé d’Ibiza et de Formentera à cette époque. Leur mort s’inscrit dans un contexte d’hostilité croissante envers l’Église, qui avait déjà commencé des années avant le déclenchement de la guerre civile.
La situation s’est tellement dégradée que le diocèse a suspendu les processions pour des raisons de sécurité. En 1934, la paroisse de San Carlos a été profanée, et des attaques contre des églises et des édifices religieux ont été recensées par la suite.
La persécution déclenchée durant l’été 1936 ne se limitait pas à des attaques isolées. Son but était d’éradiquer la présence publique de l’Église dans les îles. Entre autres mesures, les références religieuses furent supprimées de la vie publique, notamment le préfixe « San » dans certains toponymes.
L’une des plus grandes persécutions religieuses du XXe siècle
Durant les persécutions religieuses qui se sont déroulées principalement entre 1936 et 1939, des milliers de prêtres, de religieux et de laïcs ont été tués pour des raisons directement liées à leur foi catholique. Dans de nombreuses régions du pays, des églises, des couvents, des écoles et des édifices religieux ont été pillés, incendiés ou détruits.
L’Église a continué de reconnaître nombre de ces victimes comme des martyrs, soulignant que leur mort n’était pas une conséquence accidentelle d’un conflit politique, mais le résultat d’une persécution spécifiquement dirigée contre la foi et ses représentants.
Joaquim De Alburquerque
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