Et brachia ex eo stabunt, et polluent sanctuarium fortitudinis, et auferent juge sacrificium: et dabunt abominationem in desolationem. [Dn 11, 31]

[Daniel, 11,31 : “Des bras sortiront de lui et violeront le sanctuaire de la force ; ils feront cesser le sacrifice perpétuel, et ils mettront l’abomination dans la désolation.”]

J’ai suivi avec intérêt le débat en cours sur Traditionis Custodes et le commentaire du Père Reid (ici) dans lequel il réfute Cavadini, Healy et Weinandy sans toutefois parvenir à une solution aux problèmes identifiés. Avec cette contribution, je voudrais indiquer une issue possible à la crise actuelle. 

Vatican II, n’étant pas un Concile dogmatique, n’entendait définir aucune vérité doctrinale, se limitant à réaffirmer indirectement – et sous une forme souvent équivoque – des doctrines précédemment définies clairement et sans équivoque par l’autorité infaillible du Magistère. Il a été indûment et par un coup de force considéré comme « le » Concile, le « superdogme » de la nouvelle « église conciliaire », au point de la définir par rapport à cet événement. Dans les textes conciliaires, il n’y a aucune mention explicite de ce qui a été fait plus tard dans le domaine liturgique, le faisant passer pour l’accomplissement de la Constitution Sacrosanctum Concilium. Au contraire, nombreux sont les points critiques de la soi-disant « réforme », qui représente une trahison de la volonté des Pères conciliaires et de l’héritage liturgique préconciliaire.

Nous devrions plutôt nous demander quelle valeur donner à un acte qui n’est pas ce qu’il veut paraître : c’est-à-dire si nous pouvons moralement considérer « Concile » comme un acte qui, au-delà de ses prémisses officielles – c’est-à-dire dans les schémas préparatoires formulés avec soin et en détail par le Saint-Office – s’est avérée subversif dans ses intentions inavouables, et frauduleux dans les moyens employés  par ceux qui voulaient l’utiliser dans un but totalement opposé à celui pour lequel l’Église a institué les Conciles Œcuméniques. Cette prémisse est indispensable pour pouvoir évaluer objectivement aussi les autres événements et actes de gouvernement de l’Église qui en découlent ou qui s’y réfèrent.

Je m’explique. Nous savons qu’une loi est promulguée sur la base d’une mens, c’est-à-dire d’un but très précis, qui ne peut faire fi de tout le système juridique dans lequel elle est née.

Tels sont du moins les fondements de ce Droit que la sagesse de l’Église a acquis de l’Empire Romain. Le législateur promulgue une loi ayant un objet et la formule de telle sorte qu’elle ne soit applicable qu’à cet objet précis ; il évitera donc tout élément qui pourrait rendre la loi équivoque à l’égard du destinataire, du but, du résultat. La tenue d’un Concile Œcuménique a pour objet la convocation solennelle des Évêques de l’Église, sous l’autorité du Pontife Romain, pour définir des aspects particuliers de la doctrine, de la morale, de la liturgie ou de la discipline ecclésiastique. Mais ce que chaque Concile définit doit en tout cas rentrer dans le sillon de la Tradition et ne peut en aucun cas contredire le Magistère immuable, car s’il le faisait, il irait à l’encontre du but qui légitime l’autorité dans l’Église. Il en va de même pour le Pape, qui n’a de pouvoir plein, immédiat et direct sur toute l’Église que dans les limites de son mandat : confirmer ses frères dans la Foi, paître les agneaux et les brebis du troupeau que le Seigneur lui a confié.

Dans l’histoire de l’Église, jusqu’à Vatican II, il n’est jamais arrivé qu’un Concile puisse annuler de facto les Conciles qui l’ont précédé, ni qu’un Concile pastoral – un ἅπαξ de Vatican II – puisse avoir plus d’autorité que vingt Conciles dogmatiques. Pourtant, cela s’est passé, dans le silence de la majorité de l’épiscopat et avec l’approbation de cinq Pontifes Romains, de Jean XXIII à Benoît XVI. En ces cinquante années de révolution permanente, aucun Pape n’a jamais remis en question le « magistère » de Vatican II, ni osé condamner ses thèses hérétiques ou clarifier ses thèses équivoques. Au contraire, tous les Papes, depuis Paul VI, ont fait de Vatican II et de sa mise en œuvre le pivot programmatique de leur pontificat, subordonnant et liant leur autorité apostolique aux diktats conciliaires. Ils se sont distingués par une nette distanciation par rapport à leurs Prédécesseurs et par une auto-référentialité marquée de Roncalli à Bergoglio : leur « magistère » commence avec Vatican II et s’y épuise, et les Successeurs proclament saints les Prédécesseurs immédiats pour le seul fait d’avoir convoqué, conclu ou appliqué le Concile. Le langage théologique s’est également adapté à l’ambiguïté des textes conciliaires, allant jusqu’à adopter comme définies des doctrines qui, avant le Concile, étaient considérées comme hérétiques : pensons à la laïcité de l’État, aujourd’hui tenue pour acquise et louable ; à l’œcuménisme irénique d’Assise et d’Astana ; au parlementarisme des Commissions, du Synode des Évêques, du « chemin synodal » de l’Église allemande.

Tout cela découle d’un postulat que presque tout le monde tient pour acquis : que Vatican II puisse revendiquer l’autorité d’un Concile Œcuménique, devant lequel les fidèles devraient suspendre tout jugement et incliner humblement la tête devant la volonté du Christ, infailliblement exprimée par leurs Pasteurs, même si sous une forme pastorale et non dogmatique. Mais ce n’est pas le cas, parce que les Pasteurs peuvent s’être laissé tromper par une conspiration colossale qui a pour but l’utilisation subversive d’un Concile.

Ce qui s’est passé universellement avec Vatican II s’est produit localement avec le Synode de Pistoia, en 1786, où l’autorité de l’évêques Scipione de’ Ricci – qu’il pouvait légitimement exercer en convoquant un Synode diocésain – a été déclarée nulle et non avenue par Pie VI pour l’avoir utilisée in fraudem legis, c’est-à-dire contre la ratio qui préside et oriente toutes les lois de l’Église : car l’autorité dans l’Église appartient à Notre-Seigneur, qui en est le Chef, qui ne l’accorde sous forme vicaire à Pierre et à ses Successeurs légitimes que dans le sillon de la Sainte Tradition. Ce n’est donc pas une hypothèse audacieuse de supposer qu’un conventicule d’hérétiques ait pu organiser un véritable coup d’État dans le corps ecclésial, afin d’imposer cette révolution qui avec des méthodes similaires fut organisée par la franc-maçonnerie, en 1789, contre la Monarchie en France, et que le moderniste cardinal Suenens salua comme accomplie au Concile. Cela n’est pas non plus en conflit avec la certitude de l’assistance divine du Christ à son Église : le non prævalebunt ne nous promet pas l’absence de conflits, de persécutions, d’apostasies ; il nous assure que dans la bataille déchainée des portæ inferi contre l’Épouse de l’Agneau, ils elles ne réussiront pas à détruire l’Église du Christ. L’Église ne sera pas vaincue tant qu’elle restera comme son Pontife éternel lui a commandé d’être. En outre, l’assistance spéciale de l’Esprit Saint sur l’infaillibilité papale n’est pas remise en question, lorsque le Pape n’a pas l’intention de l’engager, comme dans le cas de l’approbation des actes d’un Concile pastoral. D’un point de vue théorique, donc, l’utilisation subversive et frauduleuse d’un Concile est possible ; aussi parce que les pseudochristi et les pseudoprophetæ dont parle l’Écriture Sainte (Mc 13, 22) pourraient tromper même les élus eux-mêmes, parmi lesquels une bonne partie des Pères conciliaires, et avec eux une multitude de clercs et de fidèles.

Si, donc, Vatican II a été, comme on le voit de toute évidence, un instrument dont l’autorité et la crédibilité ont été frauduleusement utilisées pour imposer des doctrines hétérodoxes et des rites protestantisés, nous pouvons espérer que tôt ou tard le retour sur le Trône d’un Pontife saint et orthodoxe guérira cette situation en le déclarant illégitime, invalide, nul, comme le conciliabule de Pistoia.

Et si la liturgie réformée exprime ces erreurs doctrinales et cette approche ecclésiologique que Vatican II contenait in nuce [à ses débuts], dont les auteurs avaient promis de ne manifester dans leur portée dévastatrice qu’après sa promulgation, aucune raison pastorale – comme le voudrait Dom Alcuin Reid – ne peut jamais justifier le maintien de ce rite fabriqué, équivoque, favens hæresim et totalement désastreux dans ses effets sur le peuple saint de Dieu. Le Novus Ordo ne mérite donc aucun amendement, aucune « réforme de la réforme », mais seulement la suppression et l’abrogation, conséquence de son irrémédiable hétérogénéité par rapport à la doctrine immuable de l’Église, à la Liturgie catholique et au Rite Romain dont il prétend présomptueusement être la seule expression. « Le mensonge doit être réfuté, comme le dit saint Paul, mais ceux qui sont empêtrés dans ses pièges doivent être sauvés, pas perdus », dit Dom Alcuin : mais pas au détriment de la Vérité révélée et de l’honneur dû à la Très Sainte Trinité dans l’acte suprême du culte : parce qu’en donnant un poids excessif à la dimension pastorale, nous finissons par mettre l’homme au centre de l’action sacrée, quand il devrait plutôt y placer Dieu et se prosterner devant Lui dans le silence de l’adoration.

Et même si cela peut susciter l’étonnement chez les partisans de l’herméneutique de la continuité conçue par Benoît XVI, je crois que Bergoglio a pour une fois parfaitement raison de considérer la Messe tridentine comme une menace intolérable pour Vatican II, puisque cette Messe est si tellement catholique qu’elle désavoue toute tentative de coexistence pacifique entre les deux formes du même Rite Romain. Bien plus, c’est une absurdité de pouvoir concevoir une forme ordinaire montinienne et une forme extraordinaire tridentine pour un Rite qui, en tant que tel, doit représenter la seule voix de l’Église Romaine – una voce dicentes – à l’exception très limitée des rites vénérables par l’ancienneté tels que l’Ambrosien, le Lyonnais, le Mozarabe et les variations minimales du rite Dominicain et similaires. Je le répète : l’auteur de Traditionis Custodes sait très bien que le Novus Ordo est l’expression cultuelle d’une autre religion – celle de « l’église conciliaire » – au regard de la Religion de l’Église Catholique dont la Messe de Saint Pie V est la parfaite traduction priante. Chez Bergoglio, il n’y a aucune volonté de régler le désaccord entre la lignée de la Tradition et la lignée de Vatican II. Au contraire, l’idée de provoquer une rupture est ordonnée à l’exclusion des Catholiques traditionnels, qu’ils soient clercs ou laïcs, de « l’église conciliaire » qui a remplacé l’Église catholique et qui en garde à peine (et à contrecœur) le nom. Le schisme souhaité par Sainte-Marthe n’est pas celui du chemin synodal hérétique des diocèses allemands, mais celui des Catholiques traditionnels exaspérés par les provocations bergogliennes, par les scandales de sa Cour, par ses déclarations intempérantes immodérées et conflictuelles (ici et ici). Pour y parvenir, Bergoglio n’hésitera pas à porter aux conséquences extrêmes les principes établis par Vatican II, auxquels il adhère inconditionnellement : considérer le Novus Ordo comme la seule forme du rite romain post-conciliaire, et abroger systématiquement toute célébration dans l’ancien Rite Romain, comme complètement étranger à la structure dogmatique du Concile.

Et il est très vrai, au-delà de toute réfutation possible, qu’il n’y a aucune possibilité de réconciliation entre deux visions ecclésiologiques hétérogènes, voire opposées. Soit l’une survit et l’autre succombe, soit l’une succombe et l’autre survit. La chimère d’une coexistence entre Vetus et Novus Ordo est impossible, artificielle, trompeuse : parce que ce que le célébrant accomplit parfaitement dans la Messe apostolique le conduit naturellement et infailliblement à faire ce que l’Église veut ; tandis que ce que le président de l’assemblée accomplit dans la messe réformée est presque toujours affecté par les variations autorisées par le rite lui-même, même si le Saint Sacrifice est validement réalisé. Et c’est précisément en cela que consiste la matrice conciliaire de la nouvelle messe : sa fluidité, sa capacité à s’adapter aux besoins des « assemblées » les plus disparates, de pouvoir être célébrée à la fois par un prêtre qui croit en la transsubstantiation et le manifeste par les génuflexions prescrites et par celui qui croit en la transsignification et donne la Communion dans la main des fidèles.

Je ne serais donc pas surpris si, dans un avenir très proche, celui qui est en train d’abuser de l’autorité apostolique pour démolir la Sainte Église et provoquer l’exode massif des Catholiques « préconciliaires », n’hésitait pas non seulement à limiter la célébration de la Messe de Toujours, mais aussi à l’interdire complètement, car dans cette interdiction se résume la haine sectaire contre le Vrai, le Bon, le Beau qui a animé la conspiration des Modernistes depuis la première Session de leur idole : le Concile Vatican II.

N’oublions pas que, conformément à cette approche fanatique et tyrannique, la Messe tridentine a été abrogée avec désinvolture avec la promulgation du Missale Romanum de Paul VI, et que ceux qui ont continué à la célébrer ont été littéralement persécutés, ostracisés, sont morts de chagrin et enterrés avec des funérailles selon le nouveau rite, comme pour sceller une misérable victoire sur un passé à oublier définitivement. Et à cette époque, personne ne s’intéressait aux motivations pastorales pour déroger à la dureté du droit canonique, tout comme aujourd’hui personne ne se préoccupe des motivations pastorales qui pourraient convaincre de nombreux évêques d’accorder cette célébration dans l’ancien rite à laquelle les clercs et les fidèles montrent un attachement particulier.

La tentative conciliante de Benoît XVI, louable dans ses effets temporaires de libéralisation de l’Usus Antiquior, était vouée à l’échec précisément parce qu’elle est née de l’illusion de pouvoir appliquer la synthèse de Summorum Pontificum à la thèse tridentine et à l’antithèse de Bugnini : cette vision philosophique influencée par la pensée hégélienne ne pouvait réussir en raison de la nature même de l’Église (et de la Messe), qui est catholique ou ne l’est pas. Et qui ne peut être en même temps fermement ancrée dans la Tradition et secouée par les vagues de la mentalité sécularisée.

Pour cette raison, je suis vraiment consterné de lire que la Messe apostolique est considérée par Dom Reid comme « une expression de cette pluralité légitime qui fait partie de l’Église du Christ », parce que la pluralité des voix s’exprime dans la symphonie de l’ensemble, et non dans la coprésence de l’harmonie et du vacarme strident. Il y a là un malentendu qui doit être clarifié le plus tôt possible, et qui, selon toute probabilité, sera guéri non pas tant par le dissentiment timide et modérée de ceux qui demandent la tolérance pour eux-mêmes, la reconnaissant à leur tour à ceux qui revendiquent des principes diamétralement opposés, que par l’action intolérante et vexatoire de ceux qui croient pouvoir imposer leur volonté en allant à l’encontre de la volonté du Christ, Chef de l’Église, présumant être capables de gouverner le Corps Mystique comme une multinationale, comme l’a souligné à juste titre le Cardinal Mueller récemment.

Pourtant, à y regarder de plus près, ce qui se passe aujourd’hui et ce qui se passera dans un avenir proche n’est rien de plus que la conséquence logique des prémisses posées dans le passé, l’échelon suivant d’une longue série de pas plus ou moins lents, au-delà desquels beaucoup sont restés silencieux, ont accepté, ont subi le chantage. Parce que ceux qui célèbrent habituellement la Messe tridentine mais continuent à célébrer occasionnellement le Novus Ordo – et je ne parle pas des prêtres soumis au chantage, mais de ceux qui pouvaient s’imposer ou avaient la liberté de choisir – ont déjà cédé sur le front des principes, acceptant de pouvoir célébrer l’un ou l’autre indifféremment, comme si les deux étaient équivalents, comme – précisément – si l’un était la forme extraordinaire et l’autre ordinaire du même Rite. Et n’est-ce pas ce qui s’est passé dans la sphère civile avec des méthodes analogues, avec l’imposition de restrictions et de violations des droits fondamentaux, acceptées en silence par la majorité de la population, terrifiée par la menace d’une pandémie ? Même dans ces circonstances, avec des motivations différentes mais des objectifs similaires, les citoyens ont subi un chantage : « Soit vous vous faites vacciner, soit vous ne pouvez pas travailler, voyager, aller au restaurant ». Et combien, sachant qu’il s’agissait d’un abus d’autorité, ont obéi ? Croyez-vous que les systèmes de manipulation du consentement soient très différents, lorsque ceux qui les adoptent viennent du même camp ennemi et sont guidés par le même Serpent ? Pensez-vous que le plan de la Grande Réinitialisation conçu par le Forum Économique Mondial de Klaus Schwab ait des objectifs différents de ceux fixés par la secte bergoglienne ? Le chantage ne portera pas sur l’état de santé, mais sur l’état doctrinal, et demandera de n’accepter que Vatican II et le Novus Ordo Missæ en vue d’avoir des droits dans l’église conciliaire ; les traditionalistes seront qualifiés de fanatiques comme les no-vax.

Lorsque la célébration de la Messa de Toujours sera bannie par Rome de toutes les Églises du monde, ceux qui croyaient pouvoir servir deux maîtres – l’Église du Christ et l’église conciliaire – découvriront qu’ils ont été trompés, comme cela s’est produit avant eux pour les Pères conciliaires. À ce moment-là, ils devront faire ce choix qu’ils se sont illusionnés pouvoir éviter, et qui les forcera à désobéir à un ordre illicite pour obéir au Seigneur, ou à incliner la tête devant la volonté du tyran en manquant à leurs devoirs de ministres de Dieu. Dans l’examen de conscience, que ceux qui ont évité de soutenir les quelques confrères fidèles à leur sacerdoce y réfléchissent attentivement, quand ils ont été désignés comme désobéissants ou inflexibles uniquement parce qu’ils avaient prévu la tromperie et le chantage.

Ici, il ne s’agit pas de déguiser la messe de Montini en une Messe ancienne, en essayant de cacher avec des ornements et du chant grégorien l’hypocrisie pharisaïque qui l’a conçue ; il ne s’agit pas de supprimer la Prex Eucharistica II ou de célébrer ad orientem : la bataille est menée sur la différence ontologique entre la vision théocentrique de la Messe tridentine et la vision anthropocentrique de sa contrefaçon conciliaire.

Ce n’est rien d’autre que la bataille entre le Christ et Satan. Une bataille pour la Messe, qui est le cœur de notre Foi, le trône dans lequel descend le divin Roi eucharistique, le Calvaire sur lequel se renouvelle sous une forme non sanglante l’immolation de l’Agneau immaculé. Pas un repas, ni un concert, une revue des excentricités ou une chaire pour les hérésiarques, ni un podium pour des rassemblements politiques.

Une bataille qui se renforcera spirituellement dans la clandestinité des prêtres fidèles au Christ, considérés comme excommuniés et schismatiques, tandis que dans les églises, avec le rite réformé, triompheront l’infidélité, l’erreur, l’hypocrisie. Et l’absence : absence de Dieu, absence de saints prêtres, absence de bons fidèles. L’absence – comme je l’ai dit dans mon homélie pour la Chaire de Saint Pierre à Rome (ici) – de cette unité entre la Chaire et l’Autel, entre l’autorité sacrée des Pasteurs et leur raison d’être même, suivant le modèle du Christ, prêts à monter le Golgotha en premier, à se sacrifier pour le troupeau. Ceux qui rejettent cette vision mystique de leur propre sacerdoce finissent par exercer l’autorité qu’ils détiennent sans la ratification qui vient uniquement de l’Autel, du Sacrifice, de la Croix : du Christ qui, comme Roi et Pontife, règne depuis cette Croix aussi bien sur les souverains temporels que sur les chefs spirituels.

Si c’est cela ce que veut Bergoglio pour affirmer sa puissance écrasante dans le silence assourdissant du Sacré Collège et de l’Épiscopat, sachez qu’il rencontrera l’opposition ferme et décisive de nombreuses bonnes âmes, prêtes à lutter pour l’amour du Seigneur et pour le salut de leurs âmes et déterminées à ne pas céder, dans un moment si terrible, pour le destin de l’Église et du monde, à ceux qui voudraient effacer le Sacrifice perpétuel, comme pour faciliter l’ascension de l’Antichrist aux sommets du Nouvel Ordre Mondial. Nous comprendrons bientôt le sens des terribles paroles de l’Évangile (Mt 24, 15), dans lesquelles le Seigneur parle de l’abomination de la désolation dans le temple : l’horreur abominable de voir le trésor de la Messe proscrit, de voir nos autels dénudés, nos églises fermées, nos célébrations forcées à la clandestinité. Telle est l’abomination de la désolation : la fin de la Sainte Messe Apostolique.

Quand, le 21 janvier 304, Agnès, âgée de treize ans, fut conduite au Martyre, beaucoup de fidèles et de prêtres avaient apostasié la Foi face à la persécution de Dioclétien. Faut-il craindre l’ostracisme de la secte conciliaire quand une petite fille nous a donné un tel exemple de fidélité et de force devant le bourreau ? Cette fidélité héroïque a été louée par saint Ambroise et saint Damase : faisons en sorte de mériter, bien que très indignes, la louange future de l’Église alors que nous nous préparons à ces épreuves pour témoigner de notre appartenance au Christ.

+ Carlo Maria Viganò, Archevêque

21 Janvier 2023, Sanctæ Agnetis Virginis et Martyris

© Traduction de F. de Villasmundo pour MPI relue et corrigée par Mgr Viganò

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