
Francis Bergeron, du journal Présent cliquez ici , annonce le retour du Crapouillot.
Un crapouillot, câĂ©tait le nom que lâon donnait Ă un petit obusier de tranchĂ©e. Il ne payait pas de mine mais il Ă©tait redoutablement efficace. Les poilus apprĂ©ciaient sa robustesse et sa capacitĂ© Ă faire taire les armes du camp dâen face, avec ses torpilles qui montaient haut dans le ciel pour retomber dans la tranchĂ©e ennemie, Ă quelques dizaines de mĂštres Ă peine.
NĂ©e dans les tranchĂ©es, il y a un peu plus de cent ans, Ă lâinitiative du gĂ©nial anarchiste de la plume Jean Galtier-BoissiĂšre, la revue Le Crapouillot a donc dâabord Ă©tĂ© une feuille de soldats, un journal satirique, drĂŽle et impertinent, qui faisait oublier les dures conditions du moment. Puis, la paix venue, elle sâest reconvertie en une copieuse revue politique, littĂ©raire et artistique.
Le Crapouillot a fait les beaux jours de trois rĂ©publiques, ce qui nâest pas rien. De sensibilitĂ© pacifiste et socialisante mais anticommuniste, la revue rassemblait, sous la IIIe RĂ©publique, des talents trĂšs divers, qui allaient de BĂ©raud Ă Mac Orlan. Sous la IVe, avec Galtier-BoissiĂšre, son « vĂ©nĂ©rĂ© directeur » (comme il se faisait appeler) toujours aux commandes, Le Crapouillot a recyclĂ© nombre de grandes plumes, victimes de lâĂ©puration, Ă commencer par Lucien Rebatet, Maurice BardĂšche et Pierre Dominique. « Avec le recul, Ă©crit François Nourissier, la carriĂšre et lâaction de Galtier-BoissiĂšre apparaissent comme un rare chef-dâĆuvre dâanarchie narquoise, de provocation et finalement de libertĂ©. »
Le Crapouillot change de main Ă la mort de Galtier. LiĂ© un temps Ă Minute Ă la grande Ă©poque de lâhebdomadaire, il professe un antigaullisme et un anticommunisme de bon aloi et rallie Ă lui de nouveaux talents comme GeneviĂšve Dormann, Jean Bourdier, Roland Gaucher, Roland Laudenbach, Camille Galic, Alphonse Boudard, Antoine Blondin, François Brigneau, Dominique Venner⊠en bref tout ce qui comptait dans le petit monde du politiquement incorrect de lâĂ©poque, mĂȘme si une certaine complaisance mercantile le pousse Ă privilĂ©gier parfois des thĂšmes un peu scabreux (pour lâĂ©poque).
Et puis, un jour de 1996, sans crier gare, la revue a disparu des kiosques. Depuis lors, un tel titre manquait dans le paysage mĂ©diatique car aucun autre journal, aucune autre revue, nâa eu lâambition ni nâa rĂ©ussi Ă prendre le relais. Le Crapouillot restait une rĂ©fĂ©rence, un mythe. Le titre Ă©tait dâailleurs lâune des revues les plus collectionnĂ©es. On sait aujourdâhui Ă quel point ses dossiers ont influencĂ© le dessinateur HergĂ©, par exemple, qui y a puisĂ© une partie de son inspiration, pour Tintin en AmĂ©rique ou LâOreille cassĂ©e.
Mais voici que Le Crapouillot nous revient, aprĂšs quelque vingt longues annĂ©es de silence. Une nouvelle Ă©quipe sâest mise en place. Dans son mot de bienvenue le directeur de la rĂ©daction, Bertrand Sorlot, annonce la couleur. Se rĂ©fĂ©rant aux trois Ăąges du Crapouillot et au gĂ©nial Galtier-BoissiĂšre, il nous dit que Le Crapouillot du printemps 2016 entend revendiquer « cet esprit dâindĂ©pendance, dâinsolence et de vĂ©ritĂ© ». Câest tout ce quâon lui souhaite !
Ce premier numĂ©ro est consacrĂ© au terrorisme islamique. Il ne mĂąche pas ses mots : « La bien-pensance europĂ©enne et sa dĂ©magogie ouvrent un boulevard aux fanatiques de tous bords. Les Ă©lus politiques, clientĂ©listes, fricotent avec les groupes dâinfluence ouvertement pro-FrĂšres musulmans, que ce soit le Hamas, ou lâUOIF en France. Sans parler des rapports Ă©troits avec des pays qui pratiquent lâobscurantisme religieux le plus abject et qui sont la source des financements du radicalisme salafiste en France et en Belgique. »
Occuper le terrain, en vitrine des marchands de journaux, pour rappeler ce genre de vĂ©ritĂ©, ce nâest jamais inutile. Et nous ne serons jamais trop nombreux Ă le faire. Alors bon vent pour le retour de ce (toujours jeune) confrĂšre !
En vente dans les kiosques, et par abonnement : RIGEL Editions, 4 bis rue de Cronstadt 75 015 Paris. Abonnement de lancement : 27 euros pour quatre numéros.
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