
Le Conseiller National helvétique Jean-Luc Addor avait écrit en date du 4 avril 2026 au Ministère public de la Confédération helvétique en s’adressant au Procureur général de la Confédération pour en savoir plus sur les réseaux de Jeffrey Epstein en Suisse et les suites qui seraient données à cette affaire. Le 11 juin 2026, il a reçu une réponse du Procureur fédéral en chef.
« Des ramifications en Suisse semblent exister »
Jean-Luc Addor a réagi sur les réseaux sociaux à cette réponse :
Avec entre autres Benoît Gaillard, dans diverses interventions parlementaires, j’ai tenté de faire bouger les autorités suisses contre les ramifications en Suisse des réseaux Epstein, réseaux à caractère autant pédocriminel que d’influence. Du Conseil fédéral à fedpol, ils se sont tous renvoyés la patate chaude. Voilà pourquoi j’ai saisi le Ministère public de la Confédération d’une dénonciation formelle.
Résultat :
– le MPC admet que « des ramifications en Suisse semblent exister »
– il confirme qu’il « dispose de ressources pour procéder à l’analyse de grands volumes de données »
– s’abritant derrière le fédéralisme et les compétences de cantons qui, eux, ne disposent à l’évidence pas de ces ressources, il refuse de lever le petit doigt
Sous réserve d’éventuelles procédures qui auraient pu être ouvertes par des victimes, les acteurs des ramifications des réseaux Epstein en Suisse continueront à bénéficier de l’impunité. Ils ont plus de chances que leurs victimes
Recrutement de jeunes filles
Le 1er octobre 2014, Jeffrey Epstein reçoit un courriel intitulé «Bonjour de Suisse», dans lequel une femme l’appelle «mon dangereux Jeffrey», et cite le roman «Lolita» de Nabokov : « Rien n’est plus conservateur qu’une enfant, surtout une fille (…), aussi mystérieuse qu’une nymphe dans la brume des vergers d’octobre. » Cette correspondante écrit qu’elle recherche pour lui des « assistantes », «pour que tu puisses faire avec elles ce que tu veux… hmm… mon dangereux Jeffrey ;)», puis termine par « Bisous de la belle Suisse ».
Il est établi qu’Epstein était en contact avec au moins cinq femmes résidant en Suisse. La plupart étaient originaires de Russie ou d’Ukraine et vivaient dans la précarité.
Par l’intermédiaire de son comptable Richard Kahn, Jeffrey Epstein a, par exemple, versé plus de 34 500 francs suisses à une jeune russe installée en Suisse pour un cours d’été de six semaines, en juin et juillet 2019, dans une école huppée située au bord du lac Léman. Kahn aurait également organisé voyages, hôtels et visas.
Il y a aussi le cas d’une jeune danseuse de ballet genevoise à qui Epstein a transféré des milliers de dollars sur plusieurs années. Un proche d’Epstein a organisé un vol pour cette femme jusqu’à Miami, où Epstein possédait une résidence. Dans un courriel, elle lui écrit : « Cher Jeffrey, ma gratitude est infinie. Tu me manques, surtout les massages de pieds. »
« Salut Jeffrey, tu t’amuses bien sur ton île ? » lui demandé une autre femme originaire d’Europe de l’Est en décembre 2010, en lui adressant un gros bisou depuis la Suisse.
D’autres femmes lui envoient des photos et des émojis en forme de cœur. L’une d’elles écrit : « Je profite d’une matinée tranquille après le concert d’hier à Lugano. »
Dans un SMS datant de septembre 2018, une femme exprime sa joie d’avoir obtenu un visa pour la Suisse. Elle s’adresse à Epstein en l’appelant « Monsieur », une formule de politesse qui apparaît à plusieurs reprises dans les documents. « Je veux aller en Suisse demain soir », écrit-elle. Epstein répond aussitôt : « Parfait, c’est formidable ! » Et ajoute : « Je viendrai vous voir à 11 heures ce matin. »
Le lendemain, il lui envoie un SMS pour lui souhaiter un bon vol. Elle le remercie « pour cette aventure ». Quelques jours plus tard, elle lui envoie une photo, sans doute du lac Léman. « Je te dois tout !!! Merci infiniment ! »
Epstein promettait à ces jeunes filles vulnérables une éducation ou une carrière de mannequin.
Dans un autre message intitulé «Bonjour de Verbier, Suisse!», une proche d’Epstein décrit une nouvelle proie comme «drôle et magnifique, avec une peau parfaite et une silhouette incroyable», en lui demandant toutefois de se montrer doux et pas trop audacieux avec elle.
Les Rothschild et UBS
D’autre part, la correspondance nourrie entre Epstein et Ariane de Rothschild, directrice générale de la banque privée genevoise Edmond de Rothschild, évoque des rencontres à Paris, Genève et New York. En 2015, Ariane de Rothschild demande conseil à Epstein au sujet de l’intérêt d’UBS pour sa filiale suisse. Epstein répond en lui recommandant de rencontrer le CEO d’UBS, Sergio Ermotti.
Il apparaît aussi que Jes Staley, ancien administrateur d’UBS et ex-CEO de Barclays, était lui aussi en contact avec Epstein. En 2015, peu après son entrée au conseil d’administration d’UBS, Jes Staley écrit à Epstein : ««Es-tu sur l’île ?».
Cela, c’est ce que l’on trouve en quelques clics. Faut-il ici encore faire le travail à la place de la justice ?
Alain Escada
Cet article vous a plu ? MPI est une association à but non lucratif qui offre un service de réinformation gratuit et qui ne subsiste que par la générosité de ses lecteurs. Merci de votre soutien !









