
Au Mexique, l’Université populaire autonome de l’État de Puebla (UPAEP) est une université privée d’inspiration catholique, fondée le 7 mai 1973. Le musée de cette université a inauguré le 8 mai 2026 l’exposition « Quand la foi a défié le pouvoir : la guerre des Cristeros (1926-1929) » . Cette exposition, qui se tiendra jusqu’au 16 janvier 2027, commémore le centenaire de la guerre des Cristeros. Elle propose des ressources multimédias interactives et des installations immersives pour retracer le soulèvement armé catholique qui a eu lieu entre 1926 et 1929 au cri de « Vive le Christ Roi ! ».
Centenaire du soulèvement des Cristeros
La visite commence par une scène où deux femmes cousent en secret des drapeaux à l’effigie du Christ Roi et de la Vierge de Guadalupe. Le murmure des deux femmes chuchotant à l’intérieur d’une maison tout en cousant ces drapeaux marque le début d’une expérience immersive qui transportera les visiteurs dans la guerre des Cristeros.
Une fois le seuil de la maison franchi, le reflet d’une croix appartenant à une église abandonnée, enchaînée et gardée par les autorités, est la seule lumière perçant l’obscurité. Tandis qu’un office religieux se déroule en secret, des tracts sont imprimés dans les locaux de la Ligue nationale pour la défense de la liberté religieuse, exhortant la population à défendre sa foi.
« Quand la foi a défié le pouvoir : la guerre des Cristeros (1926-1929) » est une exposition présentée à l’occasion du centenaire de ce conflit armé. Proposée à travers une expérience immersive et des ressources multimédias interactives, elle se distingue par sa créativité et la qualité de son récit visuel.
« Catholiques, défendez votre foi, votre Église, votre patrie. On ne peut interdire la religion catholique sans offenser Dieu. Vive le Christ Roi ! Vive Notre-Dame de Guadalupe ! »
Les origines de la guerre des Cristeros remontent au processus de sécularisation amorcé au XIXe siècle avec les lois de réforme. Cependant, le conflit armé éclata en 1926 lorsque le nouvel État post-révolutionnaire mit en œuvre des lois qui restreignaient sévèrement les droits de l’Église catholique, de ses prêtres et de ses fidèles.
« Catholiques, défendez votre foi, votre Église, votre patrie. On ne peut interdire la religion catholique sans offenser Dieu. Vive le Christ Roi ! Vive Notre-Dame de Guadalupe ! Le Christ règne au Mexique et sa très sainte mère nous protège », pouvait-on lire sur les tracts distribués à la population et affichés sur les remparts de la ville.
À la fin de la visite immersive, le public peut visionner confortablement une vidéo retraçant les origines et le développement du soulèvement armé. Intitulée « La tempête que personne n’avait vue venir », elle dure moins de cinq minutes. Elle commence par narrer la construction, en 1923, du premier monument au Mexique dédié au Christ-Roi, sur la colline de Cubilete. Ce monument attira les foudres du gouvernement maçonnique, et fut détruit à l’explosif en 1928.
Le récit du musée commence par une chronologie des origines du conflit et une fresque qui évoque la loi Calles, promulguée en 1926 pour faire appliquer les articles anticléricaux de la Constitution de 1917, afin de limiter la participation de l’Église à la vie publique.
Une autre vidéo explique la stratégie militaire suivie par Enrique Gorostieta Velarde, le général en chef de l’armée Cristero, pour organiser, entraîner et discipliner les paysans afin d’en faire une force militaire moderne et disciplinée, capable de combattre le gouvernement fédéral.
Une section dédiée à la mémoire et au témoignage de la participation des femmes à la guerre des Cristeros présente une fresque murale avec les noms des femmes dirigeantes du mouvement Cristero et une vidéo interactive montre l’association des femmes catholiques, ainsi que d’autres femmes dans la résistance, les brigades féminines, les unions de femmes catholiques et autres.
Le rôle de la franc-maçonnerie dans la politique anti-catholique
Une autre section, intitulée « En temps de guerre », présente les stratégies militaires, l’armement, le mimeographe et son utilisation (un appareil de reproduction), le drapeau de l’Armée de libération de l’Est, ainsi que des figures emblématiques du mouvement Cristero comme René Capistrán Garza, Miguel Palomar y Vizcarra et José González Pacheco Cancino. Une vidéo relate les événements de la guerre des Cristeros à Puebla.
Deux autres vidéos présentent, d’une part, le conflit en images et, d’autre part, le rôle occulte joué par la franc-maçonnerie.
En poursuivant sa visite de l’exposition, le visiteur découvre la reconstitution d’un bureau de la Ligue nationale pour la défense de la liberté religieuse, où étaient imprimés des pamphlets appelant à la résistance.
La visite se termine par une fresque murale représentant les visages de 25 des 80 martyrs de la guerre des Cristeros canonisés en mai 2000, ainsi que par une section audiovisuelle sur les accords de paix qui ont mis fin au conflit en 1929.
Cette exposition est ouverte du lundi au vendredi de 9h à 17h au musée de l’UPAEP, situé sur la promenade de l’établissement, à l’angle des avenues 21 Sur et 11 Oriente, à Puebla. L’entrée est gratuite.
Devoir de mémoire pour les Mexicains… et pour tous les catholiques
Cette exposition doit permettre aux Mexicains de ne pas oublier leurs ancêtres pas qui ont défendu la foi.
Mariana Cruz Ugarte, coordinatrice du musée UPAEP, souligne que l’exposition soulève « une réflexion qui me semble très pertinente aujourd’hui et toujours : qu’est-ce qui est important pour nous et pourquoi cela mérite-t-il d’être défendu ? ».
Bien que les tensions entre l’Église et l’État mexicain trouvent leur origine dans la Constitution de 1917, la guerre des Cristeros éclata en 1926, suite à la promulgation, le 31 juillet de cette année-là, de la « Loi sur la tolérance religieuse » ou « Loi Calles », proposée par le président Plutarco Elías Calles. Cette législation restreignait sévèrement la liberté religieuse : elle interdisait le culte public en dehors des églises, proscrivait le port de vêtements religieux, dissolvait les ordres religieux et expulsait les prêtres étrangers.
Face aux restrictions, les évêques mexicains décidèrent de suspendre les offices publics. Les tensions avec les autorités s’intensifièrent et, spontanément, dans différentes régions du Mexique, des groupes de fidèles catholiques prirent les armes contre la répression fédérale. Nombre de ces hommes et femmes furent persécutés en criant « ¡Viva Cristo Rey! » (Vive le Christ Roi !), une expression qui leur donna le nom sous lequel ils seraient connus : les « Cristeros ».
« On estime à plus de 250 000 le nombre de morts lors de la guerre des Cristeros, un conflit armé qui a fait de nombreuses victimes », explique Cruz Ugarte, qui souligne que, malgré l’ampleur de cette guerre, elle demeure un épisode méconnu. Au Mexique, « les événements de la guerre d’indépendance et de la révolution mexicaine sont profondément ancrés dans notre histoire », mais la guerre des Cristeros « est un moment de notre histoire rarement évoqué ».
Joaquim De Alburquerque
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