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La condamnation et la mise à mort d’un jeune couple de Chrétiens pakistanais, par une centaine de musulmans hystériques provenant de cinq villages sis au sud de Lahore dans la province du Penjab, avait, comme on dit, ému la communauté internationale, en juin 2014.
Accusés par un musulman d’avoir brûlé des pages du Coran, Shahzad Masih, 26 ans, et sa femme Shama Bibi, 24 ans avaient été brûlés vifs dans le four de la briqueterie où ils travaillaient.
Mais la communauté internationale a des émotions à géométrie variable et se soucie peu aujourd’hui de la récente décision de la Haute Cour de Lahore au Pakistan du 10 juillet 2026.
Cette dernière a suscité une forte inquiétude parmi les Chrétiens du Pakistan, au point de provoquer une réaction de deux évêques catholiques, Mgr Samson Shukardin né en 1961 à Hyderabad (Pakistan), évêque du diocèse d’Hyderabad (Pakistan) depuis décembre 2014, président de la Conférence des évêques catholiques du Pakistan, et de Mgr Joseph Indrias Rehmat, né le 1er juillet 1966 à Okara, dans le Pendjab pakistanais, évêque de Faisalabad depuis juin 2019, président également la Commission biblique catholique du Pakistan.
Shahzad Masih et Shama Bibi appartenaient à cette communauté de chrétiens miséreux, contraints à s’endetter jusqu’à se trouver pieds et mains liés à leur employeur.
On en dénombre entre un et cinq millions ainsi pris dans ce cercle vicieux et quasiment réduits à une condition d’intouchables.
Le plus souvent, en effet, cet état devient héréditaire, les parents n’ayant pas les moyens d’envoyer leurs enfants à l’école. ». Ils sont donc condamnés à fabriquer des briques du matin au soir, pour le secteur du bâtiment et la croissance économique du pays. On les appelle « les piliers de la construction ».
Selon Nadeem Anthony, de la Commission des droits de l’homme du Pakistan (HRCP), le couple aurait été assassiné à cause de l’endettement de Shahzad Masih auprès du propriétaire de la briqueterie où il travaillait depuis plusieurs années ; une dette d’un montant approximatif de 100’000 roupies (785 euros) !
Par peur que le couple prenne la fuite sans rembourser son dû, il les aurait alors enfermés et l’histoire de la profanation du Coran aurait été montée de toutes pièces par esprit de vengeance.
Si en 2022, un tribunal antiterroriste avait déjà condamné plusieurs participants à la tuerie, (dont certains à mort) l’arrêt de juillet 2026 concerne un autre groupe d’accusés dont la Cour, présidée par le juge Malik Shahzad Ahmad Khan, a ordonné la libération sous caution, dans l’attente de l’examen de leurs recours.
Motifs : des contradictions de témoignages, l’insuffisance des preuves, le principe, fondamental dans le droit pakistanais, du doute raisonnable (« beyond reasonable doubt », hérité de la common law britannique. La plus haute instance judiciaire du Pakistan est allée le 21 juillet 2026 jusqu’à rejeter le recours formé par le gouvernement provincial du Pendjab contre l’acquittement de 102 personnes accusées de complicité dans les atrocités commises à l’encontre du jeune couple.
Ce qui frappe dans la protestation des évêques est le mélange d’extrême prudence et de fermeté.
Dans un pays où les catholiques ne représentent que 0,5 % de la population, un équilibre bien rôdé s’est institué entre deux pôles : le gouvernement élu et l’armée.
Aussi les évêques ne mettent en cause qu’un dysfonctionnement structurel de la chaîne pénale : enquêtes incomplètes, dossiers mal constitués, témoignages contradictoires et, au final, acquittements prononcés faute de preuves juridiquement suffisantes. Ils dénoncent donc moins le principe de la justice que son incapacité à établir des dossiers solides dans les crimes commis contre les minorités religieuses.
Mgr Samson Shukardin a déclaré en substance que l’acquittement était « profondément douloureux » pour la communauté chrétienne :
– « Les gens ont le sentiment de ne plus avoir de voix, que personne ne les écoute. Ils crient pour être entendus. » ; qu’il donnait l’impression que les vies des minorités ne comptent pas de la même manière : « C’est à la police qu’il appartient principalement de produire les preuves…
– La réalité des faits est souvent extrêmement grave… mais les preuves présentées sont insuffisantes. » ; et qu’il risquait d’encourager l’impunité dans d’autres affaires de violence liée au blasphème. Il a également rappelé que Shama et Shahzad avaient laissé trois enfants et que l’Église réclamait en vain depuis douze ans une justice complète dans cette affaire.
Mgr Rehmat a rappelé que Shahzad et Shama étaient des « martyrs innocents » et souhaite une révision des procédures dans les affaires de blasphèmes :
« Nous sommes profondément déçus de constater qu’après douze ans l’histoire se répète : ceux qui ont souffert sont une nouvelle fois ceux qui subissent davantage de discrimination et d’humiliation. » ; une meilleure protection des témoins ; et l’arrêt des discriminations pour les minorités chrétiennes : « Ceux qui détruisent nos églises, profanent nos saintes Bibles et brûlent nos maisons retrouvent la liberté. En revanche, ceux qui souffrent la douleur et la tragédie n’ont plus aucun espoir. Ils sont abandonnés. »
Certes, le gouvernement de Shehbaz Sharif condamne officiellement les violences contre les minorités religieuses et affirme vouloir les protéger.
Mais l’homme fort du pays est le commandant en chef de l’armée, Asim Munir, promu au grade de maréchal (Field Marshal) en 2026.
S’il affirme régulièrement qu’il n’y a pas de place pour l’intolérance ni pour l’extrémisme contre les minorités au Pakistan, il plaide pour un Pakistan fortement marqué par son identité islamique.
De fait, il est le premier chef de l’armée pakistanaise à être hafiz, c’est-à-dire à avoir mémorisé l’intégralité du Coran.
Donald Trump, qui a apprécié le sang-froid dont il a fait preuve dans sa gestion de la crise avec l’Inde en mai dernier, l’a reçu à la Maison-Blanche en juin pour un déjeuner privé sans entourages, sans diplomates et sans script.
Trump, fidèle à son goût pour la mise en scène, l’a baptisé son « maréchal préféré », allant jusqu’à évoquer une candidature au prix Nobel de la paix pour avoir « évité une guerre majeure en Asie ».
Même si ce surprenant rapprochement entre Washington et Islamabad n’a rien d’une alliance stratégique profonde, il semble autoriser la communauté internationale à s’émouvoir à l’infini du fanatisme du régime des Mollahs sans trop s’inquiéter des manquements de celui du Field Marshall pakistanais.
Le Petit Béraldien





