Le général Bertrand Soubelet, grand patron des opérations et de l’emploi à la Direction générale de la gendarmerie nationale, a fait parler de lui ces derniers temps en osant dire tout haut, devant la commission de l’Assemblée Nationale de lutte contre la sécurité ce que les gendarmes pensent tout bas. Il a évoqué la lourdeur des procédures judiciaires dont les délinquants savent bien se servir. Il a dit l’inquiétude des gendarmes de voir les victimes moins bien traitées que les coupables. Il n’a pas hésité à dire : « Évidemment, l’insécurité et le sentiment d’insécurité ne cesseront d’augmenter tant que la réponse collective à la délinquance ne sera pas adaptée… Les auteurs d’atteintes aux biens (cambriolages, vols…), les plus importantes numériquement, bénéficient d’un traitement pénal qui leur permet de continuer à exercer leurs activités. » Des propos totalement assumés puisque le général savait que les journalistes étaient présents dans la salle.

Lors de ses vœux à la gendarmerie, le ministre de l’Intérieur Valls n’a pas manqué de faire allusion à cette sortie remarquée : « Je n’ai aucun doute de l’adhésion et de la loyauté de la gendarmerie. Les ministres de l’Intérieur et de la Justice concourent pleinement à l’autorité de notre Etat. Les forces de l’ordre et la justice doivent partager les mêmes buts. Avec la Garde des sceaux, nous sommes sur la même longueur d’onde. Je demande de poursuivre le travail dans le même état d’esprit et je ne tolérerai aucun manque à cette ligne de conduite sur le cap, la direction et la manière de travailler ensemble car l’engagement et la loyauté sont indispensables. »

Il est difficile de ne pas y voir une allusion directe aux propos du général qui est sommé de se taire et de rentrer dans les rangs ou sinon, sinon quoi ?  Etonnant de la part d’un ministre qui on s’en souvient n’était pas sur la même longueur d’ondes que la réforme pénale de madame Taubira en août dernier. C’était à tel point que Manuel Valls avait demandé l’arbitrage de l’Elysée qui avait alors été mis dans une position délicate. Les médias avaient parlé de guerre déclarée entre places Beauvau et Vendôme. Par la suite, il y avait désaccord aussi sur le calendrier, la Garde des Sceaux voulant que le texte soit examiné au Parlement dès que possible et le ministre de l’Intérieur assurant que ce serait après les municipales de mars. Puis, ils avaient joué l’apaisement devant les médias après ces affrontements qui avaient fait désordre.

Depuis, il y a eu les affaires de racisme contre madame Taubira et enfin…enfin… Dieudonné. Maintenant les deux ministres marchent main dans la main pour faire taire celui qu’ils ont désigné numéro 1 de l’Etat républicain. Il n’est donc pas étonnant que l’insécurité ne soit pas leur priorité. Ce général aura au moins eu le courage de s’exprimer même s’il ne semble pas avoir été entendu par la Place Beauvau.

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