Il y a bien des enseignements à tirer de l’histoire des peuples natifs américains, ces Amérindiens dépossédés de leurs terres et quasiment éradiqués sur ordre des autorités des Etats-Unis d’Amérique. A ce titre, la collection Nuage rouge des éditions du Rocher réalise un travail précieux en rééditant les traductions françaises d’ouvrages anciens et de référence sur le sujet. Parmi les dernières publications, Automne cheyenne de Mari Sandoz (1896-1966) mérite attention. Cette femme a passé de longues années à ses recherches méthodiques et rigoureuses pour ensuite écrire différents volumes sur l’histoire des Indiens.

Ces Indiens ont rencontré pour la première fois l’armée des Etats-Unis en 1854. A cette époque, les hommes blancs n’étaient dans la région que des îlots sur une mer immense d’Indiens et de bisons. Vingt-trois ans plus tard, en 1877, les bisons avaient à peu près disparu, et les derniers Indiens étaient conduits vers les réserves.

Il n’y a aucun équivalent dans l’histoire à cet « exploit » de l’homme moderne : la destruction d’un mode de vie dans son intégralité, l’expropriation d’une race hors d’une région de 140 millions d’hectares de superficie en un laps de temps aussi bref. Il fut pour cela nécessaire de conditionner l’opinion publique. Dans les années 1830-1840, les Indiens chasseurs de bisons étaient considérés comme un peuple romanesque. On venait de partout pour le voir. Le prince Paul de Wurtemberg, le prince Maximilien d’Autriche et des centaines d’autres grands noms européens firent le déplacement pour aller chevaucher sur son territoire, manger des côtes de bison rôties, observer le Grand Chasseur Rouge et partager quelques instants de sa vie.

Cela, c’était avant que les spéculateurs ne convoitent sa terre. Le Chasseur Rouge devint un sauvage sale, traître et assoiffé de sang, un obstacle sur le progrès. En 1864, tandis que la Fédération des Etats-Unis combattait, selon la version officielle, les Confédérés pour libérer l’homme noir de l’esclavage, l’opinion publique était prête à accepter une politique d’extermination de l’homme rouge. Aucune objection ne s’éleva. Pas même d’Abraham Lincoln. Deux ans après qu’il ait « émancipé » les Indiens, l’armée massacra les Cheyennes, hommes, femmes et enfants, à Sand Creek. L’été suivant, sous la présidence d’Andrew Johnson, le général Patrick Edward Connor donna au corps expéditionnaire contre les Sioux et les Cheyennes les ordres suivants : « Vous n’accepterez aucune offre de paix ou de soumission de la part des Indiens; vous attaquerez et tuerez chaque Indien mâle au-dessus de douze ans« . Ensuite, les Indiens furent parqués dans des réserves et affamés, sans qu’aucune des promesses à leur égard ne fut respectée. Plusieurs tribus se rebellèrent, espérant revenir sur leurs terres d’autrefois et pouvoir chasser à nouveau librement pour nourrir leurs enfants. Ce livre raconte l’ultime tentative des Cheyennes de sauver leur peuple de la famine. Ils parcoururent près de deux mille cinq cents kilomètres à travers des régions désormais occupées par des pionniers et parsemées de lignes télégraphiques, franchirent trois voies ferrées, furent acculés à une dernière bataille contre l’armée des Etats-Unis. La fin d’un monde.

Automne cheyenne, Mari Sandoz, éditions du Rocher, collection Nuage rouge, 458 pages, 24,90 euros

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