
Non, le combat doctrinal n’est pas secondaire
et l’église « conciliaire » n’est pas l’Église !
Le combat de la foi ne peut cesser.
Les circonstances changent, les générations se succèdent, mais les principes demeurent. Ce qui a justifié le combat de la Tradition hier le justifie encore aujourd’hui, tant que les causes profondes de la crise n’ont pas disparu.
Le plus grand danger qui menace aujourd’hui les fidèles de la Tradition n’est peut-être plus la persécution ouverte.
Il est plus subtil : c’est l’habitude, la lassitude du combat doctrinal et la tentation de croire que les divergences qui ont provoqué la crise de l’Église seraient désormais secondaires.
« Ce n’est pas nous qui faisons ce combat ; c’est la foi qui nous oblige à le faire. » Cette conviction a animé toute la vie de Mgr Lefebvre. Elle doit demeurer celle des catholiques attachés à la Tradition.
Or, aujourd’hui, un danger nouveau apparaît. Ce ne sont plus les persécutions, les condamnations ou les incompréhensions qui menacent le plus la Tradition. C’est l’oubli.
Une génération grandit sans avoir connu les années de combat. Elle voit la messe traditionnelle célébrée dans différents lieux ; elle rencontre des prêtres qui portent la soutane ; elle entend les mêmes chants grégoriens. Peu à peu, elle en vient à croire que les raisons de la résistance ont disparu.
Si Mgr Lefebvre a fondé la Fraternité Saint-Pie X, ce n’était pas d’abord pour conserver une liturgie, mais pour garder intact le dépôt de la foi.
La messe traditionnelle est inséparable de la doctrine catholique dont elle est l’expression.
Séparer la liturgie du combat doctrinal, c’est finir par perdre l’une et l’autre.
Au sermon des sacres de 1988, il déclarait encore : « Ce n’est pas pour autre chose que pour continuer l’Église catholique que nous faisons ces sacres. »
Son intention n’était pas de fonder une Église parallèle, mais de préserver ce qu’il appelait « la Rome éternelle », gardienne de la foi transmise par les Apôtres.
Son expression d’église « conciliaire« , souvent mal comprise, ne désignait pas une seconde Église distincte de l’Église catholique. Comme l’a expliqué Mgr Bernard Tissier de Mallerais, elle désignait l’ensemble des orientations doctrinales et pastorales issues du concile Vatican II — liberté religieuse, œcuménisme, collégialité, nouveau rapport au monde moderne — que Mgr Lefebvre estimait incompatibles avec le magistère traditionnel.
Le problème n’était donc pas d’abord celui du rite, mais celui de la doctrine.
Dès lors, comment pourrait-on croire que le combat est terminé si ces questions doctrinales demeurent ?
Or, c’est précisément cette dimension doctrinale qui tend aujourd’hui à disparaître des préoccupations de nombreux jeunes.
Ils raisonnent ainsi : « Puisque la messe traditionnelle est célébrée ici comme là, pourquoi distinguer les situations ? Pourquoi parler encore de crise doctrinale ? Pourquoi évoquer les erreurs dénoncées par Mgr Lefebvre ? »
La multiplication des célébrations de la messe traditionnelle est une grâce. Mais elle ne constitue pas, à elle seule, la solution de la crise. La paix liturgique ne suffit pas lorsque subsistent des divergences sur les principes.
Il est douloureux de voir certains jeunes passer sans discernement d’une chapelle à une autre, comme si toutes les positions étaient désormais équivalentes.
Non parce qu’il faudrait entretenir un esprit de parti, mais parce que cette indifférence révèle souvent une ignorance des enjeux doctrinaux. Lorsqu’on ne sait plus pourquoi les anciens ont tant souffert, on finit par croire qu’ils se sont battus pour des questions secondaires.
Or, on n’accepte ni les suspensions, ni les condamnations, ni les humiliations publiques, ni les sacrifices d’une vie entière pour une simple question de goût liturgique. On accepte ces épreuves parce que l’on est persuadé que la foi est en cause.
Les jeunes doivent exiger de leurs pasteurs d’être instruits.
Si les jeunes générations ne reçoivent plus les raisons doctrinales de la résistance de leurs anciens, elles finiront inévitablement par considérer le combat comme dépassé.
La Tradition deviendra alors une préférence esthétique, une culture, une sensibilité, peut-être même un milieu social ; elle cessera d’être cette fidélité héroïque à la vérité qui fit accepter tant de sacrifices aux prêtres et aux fidèles pendant plus d’un demi-siècle.
Il faut donc transmettre aux nouvelles générations autre chose qu’un patrimoine liturgique. Il faut leur transmettre les raisons profondes du combat. Il faut leur faire lire Mgr Lefebvre lui-même. Il faut leur faire connaître les encycliques de Grégoire XVI, de Pie IX, de Léon XIII, de saint Pie X, de Pie XI et de Pie XII, afin qu’ils comprennent la continuité de la doctrine catholique et la gravité des questions soulevées après le concile.
Une Tradition qui ne transmet plus les principes devient une coutume.
Une Tradition qui ne transmet plus les raisons de son combat devient un folklore.
Une Tradition qui ne transmet plus la doctrine finit inévitablement par perdre jusqu’à sa liturgie.
La Providence a confié aux prêtres et aux fidèles de notre génération une responsabilité.
Nous n’avons pas reçu la Tradition pour l’admirer, mais pour la transmettre.
Et transmettre la Tradition, ce n’est pas seulement conserver les rites de nos pères ; c’est garder intacte la foi de toujours, afin que les générations qui nous suivront puissent dire, à leur tour, avec la même certitude, le même Credo que tous les saints qui nous ont précédés.
Nous devons aimer tous les catholiques. Nous devons prier pour le Pape, pour les évêques et pour tous les prêtres. Nous devons éviter les paroles blessantes, les jugements téméraires et les polémiques inutiles.
Mais nous ne pouvons pas oublier que la véritable unité de l’Église est fondée sur l’unité de la foi.
Oui, la paix est un bien précieux, mais il existe une fausse paix.
Le prophète Jérémie la dénonçait déjà lorsqu’il écrivait : « Ils disent : « Paix ! Paix ! » et il n’y a point de paix » (Jr VI, 14).
Il existe une paix qui consiste à ne plus parler des difficultés doctrinales.
Il existe une paix qui consiste à considérer comme secondaires les principes pour lesquels nos anciens ont souffert.
Cette paix-là n’est pas celle que Notre-Seigneur a promise à son Église.
La paix du Christ est toujours inséparable de la vérité.
Et c’est pourquoi le combat de la foi demeure, aujourd’hui comme hier, un devoir de charité envers Dieu, envers l’Église et envers les âmes.
Christian LASSALE





