
C’est par l’intermédiaire d’un média israélien que nous apprenons qu’Israël a exigé de Meta de retirer de Facebook et d’Instagram des publications exprimant un soutien à l’Iran pendant la guerre, mais aussi, plus largement, de censurer des contenus critiquant Israël.
L’influence israélienne sur Meta
Le site d’investigation The Intercept est à l’origine de ces révélations. D’après des documents internes consultés par The Intercept, le gouvernement israélien a signalé divers documents liés à la guerre, notamment des publications déplorant la mort de l’ayatollah Khamenei suite à son assassinat par les États-Unis et Israël le premier jour du conflit, des contenus soutenant les attaques de représailles iraniennes et des comptes iraniens partageant des analyses militaires et une propagande favorables au point de vue du régime iranien.
Le lobbying d’Israël sur les réseaux sociaux n’est pas nouveau ; depuis des années, le pays s’appuie sur sa relation étroite avec Meta pour faire pression en faveur d’une application ciblée du règlement de modération de contenu de l’entreprise.
Le bureau du procureur général israélien dicte les censures
Le bureau du procureur général israélien dépose régulièrement des plaintes auprès des plateformes de réseaux sociaux, au nom des services de sécurité de l’État hébreu, sans pour autant démontrer que les contenus publiés sur les réseaux sociaux violaient la loi.
Notons que Meta désigne le Corps des gardiens de la révolution islamique iranien comme une « organisation dangereuse » et interdit aux utilisateurs de tenir des propos favorables à ses actions. En conséquence, les publications soutenant les tirs de missiles de représailles du CGRI pourraient enfreindre le règlement de la plateforme. Par contre, aucune interdiction de ce type ne s’applique aux utilisateurs qui publient des commentaires élogieux sur les bombardements réalisés par les armées américaine ou israélienne.
Meta a fait l’objet de critiques, notamment au Moyen-Orient, pour avoir supprimé des contenus qui ne contrevenaient pas à ses règles. Un audit réalisé en 2022 à la demande de l’entreprise a révélé des disparités dans ses pratiques de modération entre les contenus arabes et hébraïques. « Les contenus arabes ont fait l’objet d’une application excessive des règles (par exemple, la suppression injustifiée de prises de parole palestiniennes) pour chaque utilisateur », a constaté l’entreprise. Un rapport de 2023 du comité de surveillance interne de Meta a dénoncé l’application excessive des règles de sa liste noire des organisations et individus dangereux.
Il est permis d’encenser les bombardements par l’armée israélienne, pas de les critiquer
La question se pose ainsi : une entreprise comme Meta, basée en Californie, peut-elle décider de ce qui constitue ou non une expression acceptable pour des milliards d’utilisateurs à travers le monde, dont seule une fraction est américaine ?
Ce déséquilibre, déjà préoccupant dans les crises du Moyen-Orient, est accentué par le fait que Meta accorde à Israël un accès privilégié à ses équipes de modération de contenu. En 2024, The Intercept révélait que Jordana Cutler, employée de Meta et ancienne conseillère de Benjamin Netanyahu, servait d’ intermédiaire privilégié auprès du gouvernement israélien, défendant les intérêts du pays et facilitant la suppression de propos jugés indésirables. Rares sont les pays au monde à disposer d’un représentant dédié au sein de Meta.
« Les liens étroits qu’entretient Meta avec le gouvernement israélien concernant les demandes de retrait de contenu constituent un problème récurrent », a déclaré Evelyn Douek, professeure à la faculté de droit de Stanford et spécialiste des politiques relatives à la liberté d’expression numérique. « L’acquiescement systématique de Meta à de nombreuses demandes de retrait est une pratique courante depuis longtemps. »
Israël a aussi fait pression sur Meta pour qu’elle applique une règle générale interdisant la diffusion d’images de dégâts de guerre sur son territoire, à l’instar de la politique de censure des médias israéliens qui interdit aux journalistes de montrer les dégâts infligés à Israël par les tirs iraniens . Meta a jusqu’à présent refusé d’appliquer une telle politique à ses milliards d’utilisateurs à travers le monde.
Mais, de manière générale, Meta accède à la grande majorité des demandes de retrait de contenu émanant du gouvernement israélien.
Pierre-Alain Depauw





