Le 25 mars, l’Annuaire pontifical 2020 a été publié par le Bureau central de statistique de l’Église. Cette nouvelle édition a déclenché sur le champ un débat à cause d’un changement graphique qui n’a pas échappé aux yeux des plus attentifs : en page 24, celle relative au pontife, la biographie ecclésiastique de Jorge Mario Bergoglio a été placée avant l’énumération des titres du pape, à son tour introduit par l’expression « titres historiques ».

Jusqu’à la dernière édition, la deuxième page s’est ouverte avec le titre de Vicaire de Jésus-Christ en gros caractères suivi de tous les autres; le dernier, au contraire, voit un redimensionnement graphique de cette formulation, maintenant d’une taille égale à celles de Successeur du Prince des Apôtres, Souverain Pontife de l’Église Universelle, Primat d’Italie, Archevêque et Métropolite de la Province Romaine, Souverain de l’État de la Cité du Vatican et Serviteur des Serviteurs de Dieu.  Certains journalistes ont essayé de voir dans cet abandon un acte « d’humilité » du pontife argentin, argument vite démoli lorsque l’on constate que la page débute avec bien en évidence et en grand le nom de Jorge Maria Bergoglio.

Embarrassé par la polémique que soulève cette nouveauté graphique, le directeur du bureau de presse du Saint-Siège, Matteo Bruni, a expliqué au journaliste Gianni Cardinale que l’addition « ‘titres historiques’ veut indiquer le lien avec l’histoire de la papauté ». Sur la base de cette explication, selon l’expert du Vatican sur  le quotidien des évêques italiens Avvenire, « les titres traditionnels attribués au Pontife ne sont pas « historisés » mais gardent leur pertinence intacte; sinon, ils auraient été annulés »

Les critiques n’ont pas été calmées pour autant avec ces explications alambiquées venues au secours de ce que un bien grand nombre de personnes prend pour une autre « bizarrerie » voulue par le pape François, un tel changement n’ayant certainement pas pu être inséré dans l’Annuaire pontifical sans son aval.

Comme le rapporte le quotidien italien Il Messaggero, qui explique ce geste extravagant du jésuite argentin par « son allergie notable aux titres honorifiques », des canonistes se sont également exprimés sur la question des innovations introduites dans l’Annuaire. En fait, « ils conviennent que le Pape ne peut pas renoncer à des titres tels que Vicaire du Christ ou Souverain Pontife de l’Église Universelle, car ce ne sont pas des titres juridiques, mais des titres de valeur théologique. L’Annuaire n’ayant qu’une valeur statistique, le Saint-Père peut apporter tous les changements qu’il juge appropriés ».

Sur le quotidien allemand Die Tagestpost,  le cardinal Muller, ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi, constate que « c’est une barbarie théologique de dévaluer les titres du pape Successeur de Pierre, Vicaire du Christ et Chef visible de toute l’Église comme une simple charge historique. (…) Ils mettent en évidence des éléments essentiels de la primauté pétrinienne, qui remonte à l’institution du Christ et est donc la loi divine et pas seulement humaine-ecclésiale. Aucun pape ou concile œcuménique ne pourrait, en recourant à leur pouvoir suprême sur l’Église, à la primauté, à l’épiscopat, abolir ou réinterpréter les sacrements dans leur essence ».

Enfin, le cardinal allemand, que l’on peut difficilement pourtant définir un catholique traditionnel, plutôt un conservateur ratzinguérien du concile Vatican II, critique durement les auteurs de l’Annuaire, les définissant comme souffrant « d’amateurisme théologique », tout en étant « pleins d’hypocrisie » lorsqu’ils relient la raison de ce changement au « signe de la grande humilité » du pape François.

Armin Schwibach, professeur agrégé à l’Athénée pontifical Regina Apostolorum résume le tout dans un tweet lapidaire :

« Si ce n’est pas un poisson d’avril : ici, il semble qu’ils continuent de tout démanteler. »

Un démantèlement qui a initié non comme certains aimeraient le croire uniquement avec l’actuel pontife argentin, il est vrai si visiblement révolutionnaire et irrespectueux de la Tradition, mais il y a plus d’un demi-siècle avec le dernier concile qui ouvrit grande la porte à tous les abus, les destructions, les nouveautés doctrinales, les ambiguïtés, les compromis, les bizarreries…, à de nouveaux sacrements, une nouvelle liturgie, un nouveau code canonique, une nouvelle religion, une nouvelle Eglise et… à un nouveau graphisme pour l’Annuaire pontifical. 

Francesca de Villasmundo

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