
1920… Premières écoutes de la radio, au fin fond de l’Ukraine.
Cette vieille photographie des années vingt m’a toujours profondément troublé.
Nous sommes au fin fond de l’Ukraine, dans les années vingt.
Cette famille de moujiks découvre la radio.
Qu’écoutent-ils, dans un si parfait recueillement, une si totale stupeur ? On ne sait.
Leur stupeur vient d’ailleurs de ce qu’ils entendent, elle provient du fait même d’entendre. Celui du milieu, SI ABSOLUMENT ébloui, Dieu le Père s’adresserait en personne à lui qu’il aurait ce même regard captivé, comme un animal sauvage à l’arrêt devant les phares grossissant dans la nuit d’une voiture qui paralysent tout son être dans un effroi fasciné.
Celui de droite fixe l’appareil. Il tente de comprendre le mystère, sans disposer des données. Quel diable s’est glissé là-dedans, quel sorcier leur a jeté un sort, quel maléfice s’annonce dans ce casque qui coiffe ses oreilles, sur la vaste plaine balayée par les vents ? Il semble saisi par le froid, pas le froid dont le protège le pauvre manteau qui couvre ses maigres épaules, mais un froid étrange, issu d’ailleurs, du son métallique et envoutant qu’il reçoit dans une sorte d’inertie craintive.
L’enfant, lui, semble comprendre vaguement que là-dedans se joue inévitablement son avenir. Entre intérêt, malice et inquiétude, il ressent que cet étrange objet ne laissera personne indifférent, qu’une révolution insoupçonnable annonce, dont il ne peut mesurer la portée. Ce qu’il entend ne le projette pas simplement dans l’ailleurs, mais aussi dans l’à-venir, le futur immédiat et le lointain, le lointain surtout, qui intéresse tout particulièrement son jeune âge et sa naïveté.
Il y a quelques mois, le 25 janvier 1918, dans la Laure des grottes de Kiev, le métropolite Vladimir a été fusillé par les bolchéviques.
Et voilà qu’un siècle plus tard, la cathédrale de la Dormition elle-même est en feu, dans un monde entré en ébullition permanente, sous d’incessantes rafles d’informations. Voilà ce que cette boite à l’aspect si inoffensif a produit. Que reste-t-il aujourd’hui des moujiks d’Ukraine et des moujiks de Russie ? Que reste-t-il de ce vieux peuple orthodoxe, que le bolchevisme a décimé et dont le reste se fracture aujourd’hui sous les assauts d’un Occident judaïsé ?
Quand on mesure combien les télécommunications ont changé les comportements et les mœurs en pénétrant les esprits, il est aisé de percevoir combien l’intelligence artificielle, qui n’est que le visage souriant de la cybernétique, poursuivra ce lent et minutieux bouleversement anthropologique des sociétés. Quoi que nous pensions de l’IA aujourd’hui, nous ne pouvons que nous retrouver dans l’une de ces trois figures : la fascination, la crainte ou l’intérêt inquiet.
Dans tous les cas, nous ne pourrons arrêter le processus mis en branle par ceux qui sont à l’origine du projet révolutionnaire lui-même, qui l’ont élaboré conceptuellement, bien avant de le concrétiser technologiquement.
Quel était leur projet ?
– Déposséder l’homme européen, l’homme du vieux continent, l’homme chrétien, de sa suprématie politique et religieuse qui avait très nettement failli à leurs yeux ;
– abolir progressivement tout sentiment national en prenant le contrôle des relations entre les uns et les autres à une échelle planétaire,
– mettre en commun tous les savoirs labellisés par le système, jusqu’aux plus chimériques,
– afin de réaliser ce fameux gouvernement mondial dont chaque personne, réduite à un élément interchangeable, serait le rouage servile.
Ne nous illusionnons pas : Nous sommes bel et bien ces moujiks, voués comme eux à être remplacés, quoi que nous fassions.
Après Notre-Dame, la Laure de Kiev brûle, incendiées toutes deux par les ennemis de Jésus-Christ, et tant d’autres églises de pierre brûleront, tandis que le temple cybernétique se met en place partout autour de nous.
Que pouvaient-ils faire de mieux pour leur âme, ces trois-là, que de débrancher les casques, tourner le bouton rond jusqu’à ce que le grésillement s’interrompe, et continuer, comme leurs ancêtres l’avaient fait, à prier le Sauveur de les guider au milieu des périls.
Passés l’hébétude, la frayeur ou la curiosité, c’est toujours à ce qui ne passe pas, justement, que revient l’âme que le Seigneur attend.
Le Petit Béraldien.
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