Liste des députés RN qui ont voté pour la loi sur l’euthanasie.
Être assassiné, fut-ce sous contrôle médical, est-il « digne » ?
Mesdames et Messieurs les députés,
Lors des dernières élections législatives, vous avez été élus à l’Assemblée nationale et vous siégez actuellement au sein du groupe Rassemblement national.
Pour mémoire, le mot « euthanasie » désigne une mort volontairement provoquée par un acte technique. Cet acte est délibéré et prémédité.
Officiellement, ce texte est une proposition de loi, c’est-à-dire qu’il est d’origine parlementaire. Cependant, il est admis que depuis que le parlementarisme a été rationnalisé par le fondateur de la Ve République, le Gouvernement joue un rôle majeur dans la procédure législative, notamment en demandant à l’Assemblée nationale de statuer définitivement sur un texte en cas d’échec de la Commission mixte paritaire. D’autre part, on sait que le Gouvernement « suggère » un certain nombre de propositions de lois que des parlementaires prennent alors à leur compte.
En l’occurrence, il est notoire que le Président de la République, Emmanuel Macron, est directement engagé en faveur de l’euthanasie, puisque dans les vœux qu’il a adressés à la Nation le 31 décembre 2025, il a évoqué la « probable et prochaine légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté », qu’il a présenté comme une mesure « utile pour le pays » (sic).
Sur le plan politique, voter en faveur de cette proposition de loi mortifère revient donc à ce que des députés du Rassemblement national apporteront leur soutien à la politique délétère qu’Emmanuel Macron souhaite pour la France. Il s’agit d’une double trahison : politique et historique.
C’est une trahison politique car le rôle de l’opposition ne consiste pas à soutenir le chef de l’Etat et son Gouvernement, mais à les combattre. Si des votes favorables à la politique gouvernementale peuvent être admis pour ce qui relève des affaires courantes, ils deviennent inacceptables lorsqu’il s’agit de questions de fond.
C’est aussi une trahison historique. En effet, même si le RN a rompu avec ce qu’était l’ancien Front national, il ne demeure pas moins l’héritier du FN qui, on le sait, a constamment pris position en faveur de la vie. Il est vrai qu’un certain nombre de députés RN aujourd’hui ne sont pas issus de la droite nationale, mais de la droite libérale, voire de la droite libertaire. Cette situation apparaît aujourd’hui clairement problématique.
Aux trahisons politique et historique s’ajoute une atteinte au droit national et international.
En effet, le code civil pose, dans son article 16, que « la loi assure la primauté de la personne, interdit toute atteinte à la dignité de celle-ci et garantit le respect de l’être humain dès le commencement de la vie ». Inversement, l’article 221-1 du code pénal indique que « le fait de donner volontairement la mort à autrui constitue un meurtre ». Ainsi, il est incontestable que l’euthanasie porte atteinte à la primauté de la personne, et qu’elle a constitué un meurtre au regard du droit positif tout au long de l’histoire de France.
Sur le plan du droit international, l’interdiction de tuer un être humain constitue un principe intangible des droits de l’homme. Ainsi, la Convention européenne des droits de l’homme indique très clairement, dans son article 2, que « la mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement ». D’autre part, l’article 6 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques stipule que « le droit à la vie est inhérent à la personne humaine ».
Un député RN, que j’ai interpellé à propos de son vote, a évoqué un pseudo « droit » de mourir dans la dignité. Être assassiné, fut-ce sous contrôle médical, est-il « digne » ? Et est-il « digne » d’assassiner un être humain, plutôt que de l’accompagner jusqu’à sa mort naturelle par des soins palliatifs ?
Les chemins de l’enfer sont toujours semés de bonnes intentions.
Le 1er septembre 1939, une lettre a été adressée en Allemagne à un Gouverneur du Reich et à un médecin.
Cette lettre était ainsi rédigée :
« Le Reichsleiter Bouhler et le Docteur en médecine Brandt sont chargés, sous leur responsabilité, d’élargir les attributions de certains médecins à désigner nominativement. Ceux-ci pourront accorder une mort miséricordieuse aux malades qui auront été jugés incurables selon une appréciation aussi rigoureuse que possible. »
Cette lettre, dactylographiée, nous est parvenue [Voir ci-dessus]. Elle porte la signature manuscrite d’Adolf Hitler et comporte les termes suivants : « Mort miséricordieuse » ; « malades incurables » ; « appréciation aussi rigoureuse que possible ».
Ces termes sont à rapprocher du texte de la proposition de loi euthanasie.
L’article 4, alinéa 3, indique que la personne doit « être atteinte d’une affection grave et incurable ». Les appréciations « mort miséricordieuse » et « aussirigoureuse que possible » n’apparaissent pas textuellement, mais elles sont détaillées dans le chapitre III de la proposition de loi, relatif à la « procédure ».
Pourquoi faut-il refuser l’euthanasie ?
L’évolution humaine nous enseigne que le caractère sacré de la personne est né dès l’époque préhistorique, il y a au-moins 100 000 ans. C’est en effet en ces temps reculés que sont apparues les premières sépultures, signe que les hommes ont commencé à honorer leurs morts, plutôt que d’abandonner les cadavres aux charognards.
Depuis la protohistoire, les êtres humains ont constamment manifesté leur solidarité à l’égard de leurs semblables, et cette solidarité s’est exprimée par le refus de donner la mort aux membres de la communauté jugés « inutiles » « inadaptés » ou « incurables ». Il existe certes quelques exceptions observées au sein de peuplades restées primitives, qui réglaient leur conduite sur l’observation du comportement animal et qui pratiquaient une forme de naturalisme biologique motivé par leur mode de vie nomade. Les européens qui ont découvert ces peuplades ont observé qu’elles n’avaient pratiquement pas évolué depuis le néolithique. Or, le naturalisme biologique est précisément le fondement idéologique du nazisme et de la négation de l’homme qui en est le corolaire.
Partout ailleurs, et toujours, les êtres humains ont refusé la mort en sacralisant la personne humaine. Les plus faibles ont ainsi vécu en voyant leurs souffrances soulagées dans la mesure où cela était possible, et ont surtout été accompagnés de l’amour de leurs proches.
Aujourd’hui, ce n’est pas d’une froide piqûre injectant une substance létale dont les personnes placées face à la souffrance ou à la mort ont besoin. C’est de soins palliatifs permettant de supprimer la souffrance jusqu’à la mort naturelle avec, autant que possible, l’accompagnement humain qui, seul, permet aux personnes arrivées au terme de leur existence de partir dans la dignité.
Liste des députés qui ses sont abstenus de voter sur la loi sur l’euthanasie
Mesdames et Messieurs les députés,
En votant pour la loi euthanasie, ou en vous abstenant de voter contre, vous avez fait le choix d’un naturalisme biologique en tous points contraire à notre civilisation fondée sur l’humanisme.
Ce vote est d’autant plus dangereux qu’on peut prévoir qu’à l’instar de la loi sur l’avortement, le dispositif sera peu à peu étendu, élargi et, finalement, incontrôlable.
Les exemples étrangers, belge ou canadien, sont à ce sujet suffisamment explicites.
C’est pourquoi la présente lettre ouverte vous invite à reconsidérer votre position de vote, et à vous opposer expressément à la légalisation de l’euthanasie en France.
André Murawski – 13 juillet 2026
Ancien président du groupe « Les Indépendants » au Conseil régional des Hauts-de-France