
Les modernistes les plus forcenés du Vatican viennent
ainsi d’inventer les frères excommuniés du XXIe siècle.
Il y a d’abord les frères ainés.
C’est Jean Paul II qui considéra les Juifs ainsi, « nos frères ainés dans la foi », le 13 avril 1986 lors de sa visite historique à la synagogue de Rome. Vint ensuite la lettre « Nous nous souvenons, une réflexion sur la Shoah », dans laquelle le même pontife appelait les catholiques « à se placer humblement face au Seigneur et à examiner leur part de responsabilité dans les maux de notre temps ». De visite à son tour dans la même synagogue le 17 janvier 2016, le pape François a confirmé cette expression de frères ainés dans la foi, en s’exclamant : «Dans le dialogue interreligieux, il est fondamental que nous nous rencontrions en tant que frères et sœurs devant notre Créateur et nous Le louions, que nous nous respections et apprécions mutuellement, et que nous essayions de collaborer. » Belle apologie de l’universalisme. Il a ensuite rappelé le rôle de Vatican II dans ce rapprochement entre Juifs et Chrétiens et en a ainsi commenté le bénéfice : « L’indifférence et l’opposition se sont transformées en collaboration et bienveillance. D’ennemis et étrangers, nous sommes devenus amis et frères. Le Concile, avec la déclaration Nostra ætate, a tracé la route. Bel aveu.
Nos ainés dans la foi, donc.
Viennent ensuite nos frères séparés.
Autrefois, l’Église catholique qualifiait les chrétiens orthodoxes et protestants de schismatiques, d’hérétiques. Alors que Louis XIV envisageait de ramener les protestants au bercail par la force, Bossuet suggéra d’opérer par la persuasion. Il fut le premier à utiliser cette formule de frères séparés dans son Histoire des variations des Églises protestantes.
Il y écrit notamment :
« La véritable simplicité de la doctrine chrétienne consiste essentiellement à toujours se déterminer, en ce qui regarde la foi, par ce fait certain : hier on croyait ainsi, donc aujourd’hui il faut croire encore de même ; car la foi qui change n’est point une foi, elle n’est pas la parole de Dieu, qui est immuable. »
Dont acte.
Monseigneur Chaptal fut l’un des premiers à appliquer cette expression de frère séparé pour qualifier la communauté des émigrés russes orthodoxes qui fuyaient le régime bolchevique dans les années 1920.
Il l’utilisait pour qualifier sa ligne pastorale œcuménique à l’occasion de sa direction de la Mission diocésaine des étrangers à Paris.
En novembre dernier ,à Istanbul, le pape Léon XIV a annoncé la convocation d’un jubilé extraordinaire à Jérusalem pour commémorer le 2000e anniversaire de la Résurrection de Jésus-Christ en 2033.
Il a lancé à cette occasion un appel historique à tous les frères séparés pour se rassembler en un commun pèlerinage avec lui en accord avec sa devise épiscopale pontificale «In Illo Uno Unum».
Aux côtés du pape Léon XIV et du patriarche œcuménique Bartholomée Ier, se trouvaient les dirigeants des Églises orthodoxes orientales, la Communion anglicane, la Fédération luthérienne mondiale, l’Alliance baptiste mondiale, l’Alliance évangélique mondiale et le Conseil œcuménique des Églises.
In Illo Uno Unum : « En Celui qui est Un, soyons un ».
La devise papale, inspirée de Saint-Augustin prône un universel catholique fort louable, que vient hélas contredire la spectaculaire excommunication qui a frappé la FSSPX ces jours derniers.
Il y avait donc les frères ainés de l’après Shoah, les frères séparés des précédents schismes…
Dans leur fureur toute médiévale, les modernistes les plus forcenés du Vatican viennent ainsi d’inventer les frères excommuniés du XXIe siècle.
A force de se vouloir inclusifs, ironie du sort, ils se sont ainsi révélés diablement exclusifs, et ce à l’égard de leur propre tradition.
Ce faisant, ils ont montré les limites de leur conception de l’universel et, partant de là, de leur catholicisme : en son âme et conscience, il revient à chacun de discerner le bienfondé de cette curieuse façon de penser l’unité.
Le Petit Béraldien





