
La journal La Croix a déclaré la guerre
à ce qu’il nomme « le catholicisme identitaire ».
Une première salve avait été tirée lorsqu’une de leurs journalistes passa quatre jours avec les catéchumènes de l’église saint-Georges que fréquentait Quentin Deranque, (d’après le chapô de l’article, militant d’ultra-droite).
Ayant assisté à une séance de catéchèse dans l’église, elle rapporta une question posée par un catéchumène à l’abbé :
« Comment on fait pour aimer son prochain si notre instinct nous dit de nous méfier ? »
Au vu des suspicions qui avait entraîné la présence de la journaliste ce soir-là, la question ne manquait pas de sel ! La réponse de l’abbé non plus :
« Si tu rapportes une personne à un groupe et qu’elle te hérisse – c’est le principe du racisme – alors là il y a quelque chose qui n’est pas ajusté ».
La chasse à l’identitaire finit par aboutir : « Les jeunes qui de fait lient leur conversion dans une église tradi à une politisation très à droite sont bel et bien présents » jubilait la journaliste en rapportant le cas de ce « catholique identitaire »de 26 ans, marqué par une jeunesse difficile passée avec une mère seule et sans ressources. Après des petits trafics et des épisodes dépressifs, il vira à l’extrême droite en 2024, sous l’influence du masculinisme de Papacito et de Le Raptor.
S’intéressant à l’histoire de France, il saisit l’importance du catholicisme et se tourna d’abord vers une paroisse de rite ordinaire. La morale qu’on y enseigne était à son goût trop en phase avec le monde : « J’ai constaté de gros manquements, des prêtres qui ne sont pas gênés par le concubinage, les couples homosexuels actifs, l’avortement… ».
Déçu par cette adhérence avec le monde moderne et ce manque de sacré, il se retrouva mieux dans cette église du Vieux Lyon qui, bien que rattachée au diocèse, célèbre en rite tridentin.
Bref, ce qu’on retient de cet article, c’est que la religion et l’identité ne peuvent, selon La Croix, faire bon ménage.
Stimulée sans doute par la volonté du Vatican réitérée dans la récente encyclique de Léon XIV de « désarmer les mots », La Croix, de nouveau s’interroge dans sa formule hebdomadaire qui sort demain.
N’hésitant pas à évoquer la condamnation de l’Action Française par le pape Pie XI, qui ne se laissa pas impressionner par sa prégnance dans le catholicisme français de l’époque, le journal s’interroge :
« Comment prévenir de la blessure que produisent les mots utilisés par ces militants d’extrême droite récemment convertis au catholicisme, mots qui alimentent le rejet radical des étrangers ? »
Ainsi, exploitant le témoignage d’autres convertis au parcours difficile, le journal dénonce leur « tentation identitaire » comme un danger pour l’universalisme chrétien ! On attendrait plus d’enthousiasme et de charité d’un média prétendument catholique.
Pour la journaliste, ces conversions incarnent donc avant tout un problème, et, pour tout dire, un problème de vocabulaire.
À propos d’un jeune homme qu’elle interroge, la journaliste note :
« Il s’engage concrètement à Hiver solidaire, dans l’accueil des sans-abris dans les églises parisiennes. Il essaie de mettre le Christ au centre et d’être guidé par l’amour, même s’il garde des convictions politiques fortes… »
Nous y voilà ! Romano Amerio, dans son excellent Iota Unum, constatait déjà en 1985 le renoncement de l’Église à l’action politique et sociale :
« Les partis catholiques ont tous subi une altération, ou même ils ont disparu du théâtre de la vie nationale. Les objectifs qu’ils s’étaient fixés se sont estompés[1] ».
Confondre une recherche spirituelle réelle avec un calcul identitaire, une quête de la tradition éprouvée de l’Église avec un engagement à l’extrême droite, et, finalement, interdire qu’à partir de sa rencontre personnelle avec Jésus-Christ, on ose revendiquer un enseignement intellectuel complet et une action publique, se payer au final de mots, voilà le credo de ce journal.
Rappelons qu’avant même que le pape Paul VI renonçât à sa tiare, La Croix se protestantisait le 1er février 1956 en abandonnant le Crucifix qui, depuis sa création, ornait sa première page (voir photo ci-dessus).
Il ne lui reste plus aujourd’hui qu’a changer de nom pour se trouver totalement en phase avec l’époque qu’il chérit, et dont il sert si bien le funeste projet moderniste.
Le Petit Béraldien
[1] Romano Amerio, Iota Unum, Nouvelles éditions latines, 1985, p 216
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