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Intéressons-nous à nouveau à quelques aspects français des dossiers Epstein.
L’un des clubs privés les plus prestigieux et les plus fermés de France
Le 15 juillet 2012, Caroline Lang, fille de Jack Lang, écrivait un courrier électronique à Jeffrey Epstein : « Salut Jeffrey. Je crois avoir trouvé le moyen pour nous de devenir membres du Cercle de l’Union interalliée. Si ça te tente toujours. Le Président Denis de Kergolay était un bon ami à moi. »
Epstein cherchait probablement par ce biais à trouver une porte d’entrée supplémentaire pour étendre son réseau d’influence.

Le Cercle de l’Union interalliée est en effet l’un des clubs privés les plus prestigieux et les plus fermés de France. Fondé en 1917 à Paris, au moment de l’entrée officielle des États-Unis d’Amérique dans la Grande Guerre, il rassemble environ 3 300 membres issus des élites politiques, économiques, diplomatiques, militaires, artistiques et aristocratiques. Installé dans l’hôtel Perrinet de Jars, au 33 de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, dans le 8e arrondissement, il se présente comme un « lieu d’échanges entre les élites françaises et internationales », mais son histoire, ses règles strictes d’admission et son fonctionnement en font un lieu privilégié des relations internationales et de la vie culturelle parisienne, symbole d’entre-soi, de luxe et d’influence, cultivant une image de discrétion.
Le cercle de l’Union interalliée a été fondé en 1917 lors de la Première Guerre mondiale afin d’accueillir et d’offrir les ressources morales et matérielles aux officiers et personnalités des nations de la Triple-Entente. Grâce aux nombreux soutiens politiques (hommes d’État, maréchaux, ambassadeurs, etc.), le cercle s’est installé dans l’hôtel particulier d’Henri de Rothschild, construit en 1714.
Sous l’occupation allemande, le cercle, réquisitionné par l’armée allemande, sert de mess des officiers et du gouverneur militaire du « Grand Paris ». Après la Seconde Guerre mondiale, le Cercle s’impose à nouveau comme un lieu de rencontre privilégié pour les élites économiques et politiques.
Un lieu huppé qui abrite aussi les dîners mensuels du club Le Siècle
Y sont aménagés une piscine de 25 mètres qui donne sur les jardins, un restaurant, plusieurs salles à manger et salons de réception, un bar, des salles de lecture, une bibliothèque, une salle de billard et un fumoir un sauna, un hammam, des salles de gym et de squash. Le code vestimentaire interdit le blue-jeans est interdit, et oblige les hommes à porter une veste et une cravate.
Depuis 2014, le Cercle de l’Union Interalliée accueille les dîners mensuels du club Le Siècle.
Pour devenir membre, les candidats doivent être présentés par deux parrains (ou deux marraines pour les femmes), dont l’un doit être de la même nationalité qu’eux ; passer un entretien devant une commission d’admission, suivi d’un vote ; payer des droits d’admission et des cotisations annuelles dont les montants ne sont pas divulgués au public (avec des tarifs privilégiés pour les militaires de haut rang).
Parmi ses rares membres notoires, citons Edouard Balladur, Isabelle Juppé, Jérôme Cahuzac, Stéphane Bern ou encore Nadine de Rothchild. Notons que la candidature d’Eric Zemmour a été par deux fois rejetée, même s’il y a été reçu comme conférencier en novembre 2021.
Epstein demande conseil
Jeffrey Epstein va demander conseil avant d’introduire sa candidature. Il passe pour cela par Jean-Luc Brunel chargé d’interroger leur ami commun Matthieu de Boisséson, avocat français et accessoirement écrivain chez Gallimard. Celui-ci va tenter de dissuader Jeffrey Epstein de déposer une telle candidature.
« J’ai parlé à (nom censuré), il ne sent pas bien les choses, des gens vont pianoter sur Google. Et puis il n’a pas d’appui, de gens qui peuvent parler de lui, faire sa campagne etc… Lang est meilleur pour la Fiac que pour le Cercle Interallié ! Il va être blackboulé s’il se présente, sauf s’il est appuyé par des Américains puissants, par exemple l’ambassadeur des Etats-Unis. Les relations franco-américaines sont à la base du Cercle. L’appui de l’ambassadeur et d’un autre américain très chic pourrait le faire passer, mais à cette seule condition. », écrit Matthieu de Boisséson à Jean-Luc Brunel le 28 octobre 2012.
Au passage, cette note de Matthieu de Boisséson prouve bien qu’en 2012, il suffit de faire une recherche rapide sur Google pour se faire une idée peu favorable de qui est Jeffrey Epstein, ce qui contredit la thèse des nombreuses personnalités qui l’ont côtoyé bien au-delà de cette date et prétendent qu’ils ne savaient pas ce qu’il y avait à lui reprocher.

Jean-Luc Brunel transmet à Epstein une traduction en anglais du message de Matthieu de Boisséson mais Epstein tente quand même sa chance et se fait effectivement recaler par Denis de Kergolay et la commission d’admission.
Matthieu de Boisséson, cet avocat ami d’Epstein et de Brunel
Matthieu de Boisséson est un avocat qui intervient régulièrement dans des affaires d’arbitrage international, de fusions-acquisitions, de litiges d’investissement,… Il aimait aussi faire la fête avec Jean-Luc Brunel, comme en témoignent diverses photos dévoilées par le ministère américain de la Justice.


Dans un courriel datant du 6 avril 2015, Matthieu de Boisséson suggère à Epstein de rencontrer Jean-Luc Brunel pour discuter de « la situation actuelle et peut-être explorer les conditions d’une sortie de crise ».
« J’ai dit à Jean-Luc que je n’étais pas disposée à agir comme avocat mais simplement comme ami, en exprimant mes points de vue et suggestions sur une base entièrement confidentielle », peut-on lire dans le courriel.

La conversation se poursuit en évoquant une rencontre en personne et le choix d’un lieu « privé » pour ce faire. Les courriels indiquent qu’Epstein a proposé de rembourser à l’avocat ses frais de déplacement.

Dans un autre courriel, Jean-Luc Brunel écrit le 07 septembre 2013 à Matthieu de Boisséson : « Je vais m’occuper de ma libido. Kiev est une bonne clinique. » L’avocat répond : « Parfait ! Tu fais bien mon cher gourou. »
Ils discutent ensuite d’une femme qui, selon Brunel, « veut un enfant ».
Alain Escada





