Ukraine : une armée camp de concentration

Voici la suite du reportage de Peter Korotaev traduit en français par Thierry Marignac pour Médias Presse Info. Âmes sensibles s’abstenir ! Cet article décrit les sévices que l’armée ukrainienne inflige à certaines de ses propres recrues. L’armée ukrainienne a de plus en plus de mal à renouveler ses rangs. Elle n’hésite donc pas à constituer des unités combattantes à « usage unique », à partir de toxicomanes et d’handicapés mentaux auxquels on a enfilé un uniforme. Ce récit glaçant doit nous rappeler que de telles horreurs ne sont possibles que parce que l’Union européenne continue de financer le régime ukrainien corrompu.

Pierre-Alain Depauw 

Les sacrifiables

Pour tenir compagnie aux toxicomanes et aux objecteurs de conscience, il y avait aussi des hommes présentant des troubles psychiatriques. Incapables de comprendre les ordres, ils étaient constamment battus à coups de pieds, à coups de poing, à coups de crosse par les gardiens.
J’ai évoqué des affaires où des schizophrènes étaient mobilisés, mais en l’occurrence, il semble que ce soit des hommes atteints d’autisme. Babel a retrouvé la famille d’un mobilisé au 425e. L’homme présente clairement des signes de trouble mental, incapable de parler correctement. Il a été jugé bon pour le service et tabassé autant que les autres pendant l’entraînement au 425e.

Babel a aussi enregistré des cas d’hommes séropositifs, tuberculeux ou atteints d’hépatite C. Comme d’habitude dans cette unité, ils étaient privés des médicaments ou des soins nécessaires.

Comme on l’imagine, les soldats produits par cette machine n’ont pas un moral très élevé. L’objectif semble être de produire des instruments forcés d’avancer, sachant que battre en retraite ou déserter est aussi mortel que faire face à l’ennemi.

C’est ce que des témoins mobilisés ont raconté à Babel. L’un d’entre eux a entendu une conversation des chefs du camp d’entraînement du 425e sur le déploiement au front des nouvelles recrues :

« Bonne chance, soyez prêts, il y aura mille ‘200’ aujourd’hui. »

Un « 200 », c’est le terme militaire post-soviet pour : tué au combat.

Zhykine se souvient aussi d’un commandant venu dans sa tente, faisant cette remarque :

« Qui est là ? Ah, la troisième compagnie. Les « À usage unique ».

C’est apparemment un terme fréquemment utilisé par le commandement pour désigner les soldats du 425e. Un matériel sacrifiable, fauché par les premières opérations d’assaut. Les analystes militaires ne se plaignent pas des opérations suicidaires du 425e et autres unités d’assaut pour rien. Le but est d’impressionner les médias occidentaux avec la nouvelle de x kilomètre carrés « libérés » dans les zones grises et voilà tout.

Et c’est ainsi que le 425e et autres unités d’assaut jouissent d’une priorité absolue dans l’affectation des nouvelles recrues. Ils en ont besoin. Ce qui les encourage à ne rien changer à leurs pratiques. Ils font exactement ce que souhaitent la direction politique du pays. C’est-à-dire ce que veut L’OTAN, projeter la perception que l’Ukraine gagne, en particulier à destination de Mr Trump.

Ces super-soldats semblent à peine capables de tenir une arme, sans parler de conduire une attaque. Babel rapporte les histoires d’un soldat encore en service au 425e qui décrit une « apocalypse zombie » pendant l’entraînement, avec des toxicomanes tuméfiés se chiant dessus. Ce soldat ajoute cependant qu’en dépit de son dégoût de telles méthodes, il a vu des toxicomanes transformés en « hommes normaux, tigres vraiment motivés ». Bien entendu, tout le monde ne survit pas à ce voyage jusqu’à l’œil du tigre, mais qu’est-ce que ça peut faire.

D’après Oleg Dymarytsky, le chef de l’Association Ukrainienne de Gens Souffrant de Toxicomanie, les gens enregistrés auprès d’un médecin toxicologue ne peuvent rejoindre l’armée que sur la base du volontariat. Qu’il veuille dire que c’est illégal, ou simplement une mauvaise idée, n’est pas clair dans sa déclaration. Dymarytsky dit qu’il y a beaucoup de soldats en thérapie de maintenance, sous les ordres d’officiers qui les autorisent à prendre de la méthadone et mener des opérations de combat. Dymarytsky dit qu’il connaît 26 personnes en thérapie de maintenance qui sont morts au combat. Néanmoins, il appelle à ne pas les mobiliser de force.

Gladiateurs, chiens, suicides

Oleksandr Semenov a essayé d’entrer dans l’armée deux fois, en 2022 et 2024. En dépit de sa toxicomanie, ce fan d’automobile était apparemment désireux de participer à l’évacuation des blessés. On a refusé de l’admettre parce qu’il était en thérapie de méthadone.

Tout a changé en 2026 et sa troisième visite volontaire au centre de recrutement territorial l’a vu pris dans l’armée et emmené directement au 425e. C’était le 10 janvier. Semenov est parvenu à s’échapper du 425e pendant un transport vers une autre base avec d’autres troupes. Le 23 janvier, il s’est présenté à l’hôpital de sa ville natale de Kropivnistky, ensanglanté, tuméfié. C’est là qu’il a dit les choses suivantes aux médecins qui le filmait :

« Ils vous tabassent, vous attachent à un dragster et vous traînent par terre jusqu’à ce que vous soyez complètement écorché, la peau arrachée. »

La vidéo montre que Semenov a des blessures profondes à la tête, bras et jambes sales et tuméfiées, des coupures sur les paumes et dans le dos. Tetyana Gurenko, directrice du service de thérapie de substitution pour les drogues, a dit à Babel qu’elle l’avait filmé elle-même — avant de partir dans son bureau, pour pleurer. Elle a dit que 160 personnes sous sa responsabilité avaient été mobilisés pour le 425e cet hiver — souvent cueillis directement à l’hôpital.
Semenov a témoigné devant Gurenko sur tous les gens dont il se souvenait qui s’étaient suicidés au 425e :

« Skipa Maksym — il s’est pendu à son gilet pare-balles. Puis — je lui ai fourni la corde moi-même — un garçon a grimpé sur le réservoir des toilettes et s’est étranglé. Puis deux personnes, la première fois sur le champ de tir, elles ont chacune pris une balle et se sont tiré dans la tête. Bref, en quatre jours, neuf personnes se sont suicidées. »

Il a aussi décrit les mauvais traitements dont il était victime :

Semenov : Ils traînent ivres au centre de recrutement. Ils disent : « Qu’est-ce que tu regardes ? » Puis l’un deux m’a donné un coup de pied au visage avec sa botte. Toute ma figure était ensanglantée.
Ce salaud a pris mon calot et hurlé « Essuie le sang de ton visage, pédé ! »
Médecin : Comment êtes-vous arrivé ici aujourd’hui ? Montrez-moi vos mains.
Semenov : Ils m’ont emmené là-bas. Ils disaient qu’ils m’emmenaient à l’unité médicale.
Médecin : Pourquoi à l’unité médicale ?
Semenov : Ils disaient que c’était pour un traitement par perfusion, pour m’aider à récupérer. Ils disaient que sans perfusion, c’était impossible. Ils m’ont emmené à l’unité médicale. Le jour où je suis sorti, ils ont commencé à tirer des coups de kalachnikov par terre. Ils m’ont sorti, ligoté avec des cordes et ont commencé à me traîner derrière un dragster.

Babel a découvert un autre suicide au 425e. Qui a eu lieu sur la base où sont déployées les troupes, pas au camp d’entraînement. L’enquête officielle a déterminé que le soldat s’était tué avec une kalachnikov.

Les médecins qui ont parlé à Semenov ont rapporté d’autres choses qu’il a dites. Par exemple : « Je n’ai jamais pensé que je pourrais me chier dessus jusqu’à ce qu’ils me tabassent ». Les médecins ont aussi vu que ses doigts étaient brisés et qu’il portait des traces de menottes aux poignets.

Semenov a fini par mourir à l’hôpital le 27 février. La cause officielle du décès était une pneumonie. Peut-être que son organisme déjà affaibli s’est effondré après tous les coups subis. Pour une raison ou une autre, la police n’a pas enquêté sur ce qui s’était réellement passé.

Lorsque Babel a interrogé le 425e sur les suicides dont se souvenait Semenov, on a répondu aux journalistes d’une façon intéressante. On confirmait les suicides, mais on prétendait que Semenov n’y avait pas assisté parce qu’ils étaient survenus dans différentes unités, sur un période de six mois. Ils pensaient que Semenov en avait eu connaissance par des rumeurs. Ceux qui s’étaient suicidés étaient, semblait-il, surtout des instructeurs, des gardiens et des soldats expérimentés. Babel se demandait comment un soldat maintenu à l’isolement au 425e pendant deux semaines — qui se souvenait comment les toxicomanes en manque étaient parqués — avait pu en apprendre aussi long sur la glorieuse histoire de cette unité.

Maxime Skipa, déclarait le 425e, se plaignait de symptômes de sevrage de drogue avant son suicide. Un homme mobilisé en même temps que Skipa a donné une autre version. Il se souvient que Maxime était constamment battu par les officiers du 425e et déjà au centre de recrutement qui est en principe distinct de l’armée.

« Ils lui tapaient dans les côtes. Son visage était bleu, pourpre. Il se moquaient de lui l’appelant ‘yeux bleus’. ‘Oh, rampe, il ne peut pas marcher, yeux bleus ».

Skipa a connu un tel sort parce qu’on avait trouvé de la méthadone dissimulée sur lui pendant une fouille nocturne.

Curieusement, il semble que les hommes du 425e accompagnent les recruteurs et la police pour capturer de la chair à canon fraîche dans la rue. Ça ne fait certainement pas partie du protocole de mobilisation, mais ça illustre les privilèges politiques dont jouit le 425e dans l’acquisition de personnel.

Lorsqu’ils n’enlevaient pas les hommes dans la rue, les officiers du 425e se saoulaient au cognac dans les bâtiments des recruteurs. Naturellement, ça leur donnait l’énergie de tabasser les nouvelles recrues. Ils ordonnaient aussi aux hommes capturés de se battre avec d’autres hommes déjà sévèrement battus. L’interlocuteur de Babel a été forcé de participer à ça :

« Je faisais semblant de taper sans y parvenir. J’ai fini par balancer un crochet et toucher légèrement. »

Le même soldat a dit que Skipa était humilié sans arrêt.

« Il pouvait à peine marcher. On l’aidait à mettre et à retirer sa vareuse, parce que s’il ne la mettait pas, ils lui tapaient dessus. »

Un matin, on a retrouvé Maxime pendu dans sa cellule.

Au 425e, on a des tas de raisons de tabasser les effectifs. Un ancien instructeur a dit à Babel qu’il connaissait des affaires où le personnel administratif s’était fait casser les côtes devant tout le monde à une réunion. Les disfonctionnements de Starlink et les erreurs dans la paperasse constituaient leurs crimes.

Un autre soldat a vu des chiens lâchés sur les mobilisés. Il se souvient que des instructeurs ou des gardiens de camps d’entraînement ont subi des punitions brutales.

« Ils (les recrues) sont comme des Zek (argot soviétique désignant les prisonniers). Ils sortent à 6 heures du matin, à dix-huit heures ils rentrent dans leurs retranchements. L’instructeur entre, et vous vous faites, excusez l’expression, baiser. »

Naturellement, quand des officiels ou des journalistes viennent inspecter les bases du 425e, les recrues indisciplinées et fréquemment passées à tabac sont emmenées hors de la base pour plusieurs jours. Puis on présente aux visiteurs un bon petit village Potemkine, ont confié des survivants du 425e à Babel.
Babel a pu confirmer 26 décès parmi les recrues du 425e entre la fin de l’automne 2025 et le printemps 2026. La plupart des morts étaient de jeunes gens en bonne santé, ni toxicos, ni gravement malades. À chaque fois, la cause officielle du décès était la pneumonie. Presque toutes les familles se sont plaintes aux médias qu’on avait privé les morts de tout soin médical.

Tuer les pères

L’un des morts, Vitaly Saltan, 34 ans, est mort moins d’un mois après sa mobilisation le 26 janvier. Les documents médicaux indiquent qu’il a été transporté à l’hôpital avec un taux de saturation sanguine critique. Moins de 75%. Il est mort une semaine plus tard.
Malgré une température de 40° Celsius, on lui a refusé tout traitement médical au 425e. Il avait aussi dit à ses parents qu’il n’avait jamais songé à s’évader. C’est ce que Anastasia Poleva, la fiancée de Saltan a raconté à Babel.

« Il m’a dit que les évadés étaient flagellés, battus, mutilés. Il a dit que c’était comme si on les avait attachés à une voiture et traîné derrière. »

Saltan et Poleva prévoyaient de se marier cet été.

PHOTO : Vitaly Saltan et Anastasia Poleva

Dmytro Koval un quinquagénaire de la région occidentale de Volhynie, a rejoint le 425e le 6 mars. Il est mort le 21, officiellement d’une « cardiomyopathie » non spécifiée. En d’autres termes, son cœur a lâché.
Lilya, sa femme a vu Dmytro à la morgue. Elle a eu du mal à le reconnaître, ne réussissant à l’identifier que grâce à ses grains de beauté sur le visage.

« Il avait le visage épuisé, je dirais, torturé. Ses mains étaient tuméfiées, il y avait des hématomes sur son cou. Presque tout le côté droit de son visage était bleui, comme si tête avait été cognée sur quelque chose. Sur son dos, un creux inexplicable, une sorte de gros trou. »

Dmytro était baptiste. Les premières nouvelles de sa mort sont apparues sur un forum de discussion religieuse. Trois personnes servant avec lui au 425e ont donné plus de détails sur son décès à Babel. Comme Dmytro, ils étaient objecteurs de conscience.

PHOTO : Dmytro et sa fille avant la mobilisation

Ils ont dit que Dmytro restait silencieux et qu’il était effrayé à la base d’entraînement. Il priait six ou sept heures par jour et refusait de se nourrir. Certains pensent qu’il faisait la grève de la faim.

« Je lui ai dit : Frère, tu ne pourras rien leur prouver ici. »

Dmytro a commis l’erreur de parler des droits de l’homme à ses ravisseurs. Ce qui lui a valu d’être battu. Des témoins oculaires se souviennent des scènes suivantes :

« Il criait ‘ Pourquoi est-ce que vous me tapez dessus ?’ J’ai regardé son visage : il ne comprenait pas ce qui se passait. »

Épuisé, affamé, Dmytro était constamment transi de froid. Il essayait de trouver un peu de chaleur en dormant près des autres mobilisés.
Le 425e n’était pas prêt à supporter ses grèves de la faim. Ils l’ont raccordé de force à une transfusion, censée le bourrer de vitamines. D’autres recrues le maintenaient pour l’empêcher de se libérer durant les séances d’alimentation forcée.
Mais Dmytro continuait d’exiger sa libération. Ce qui lui valait des passages à tabac quotidiens.
Les pires sont survenus quand il a promis à ses gardiens de manger, avant de s’y refuser en entrant dans la cantine. Une autre recrue se souvient des scènes suivantes :

« Ils lui tapaient beaucoup dans la tête. Ils l’attrapaient par le cou et le jetaient au sol avant de le relever et de recommencer. Ils lui expédiaient des coups de poing et de pieds. »

Peut-être que c’est ce qui a noirci la moitié du visage de ce père de famille de 50 ans.

D’autres recrues disent que Dmytro a été maltraité par deux infirmiers du 425e.
Les représentants du 425e nient ces allégations. D’après eux, il ne faut pas prendre au sérieux les déclarations des déserteurs, source de presque toutes les informations de Babel. La situation est aggravée par le fait que les déserteurs ne peuvent donner de témoignages à la police.

Lilya Koval n’a jamais pu joindre son mari au 425e. Elle n’a eu qu’un message audio :

« S’il te plait, prie très fort pour moi, et parles-en à tout le monde. À la police, si possible. »

Les autres recrues ont vu Dmytro pour la dernière fois le 14 mars, puis il a été séparé des autres. Une semaine plus tard, il est mort dans une voiture de l’unité en route pour une destination indéterminée. L’examen médical préliminaire concluait à des problèmes cardiaques et prétendait que les hématomes sur sa poitrine, son dos, ses côtes, ses aisselles, ses jambes et à l’aine étaient de « légères blessures » n’indiquant pas une mort violente.
Dmytro avait rencontré sa femme il y a quelques années à un service religieux. Leur Fille Nelya était née en 2025.

PHOTO : la veuve de Dmytro et leur fille

Tomber des arbres

Volodymir Tsoukanov venait de la région de Nikolaev dans le sud-est de l’Ukraine, il avait 32 ans. Mobilisé au 425e le 15 janvier, il est mort le 11 février à l’hôpital. Le diagnostic officiel était une défaillance cardiaque. L’examen médico-légal montrait aussi de multiples fractures aux côtes et un trauma à la poitrine suite à un choc brutal.
Tsoukanov n’est resté que 5 jours au 425e, du 15 au 20 janvier. Le 21, lui et 40 autres recrues ont été envoyés au 1er régiment d’assaut, commandé lui aussi par des néo-nazis psychotiques. Les enquêteurs de la police pensent qu’il est décédé d’une sévère correction lui ayant été infligée au matin du 21 janvier, juste avant son transfert.

Des poursuites ont été entamées contre un sous-officier du 425e, Anatoly Kuchner. Il a reconnu sa culpabilité au tribunal et dit qu’il a battu Tsoukanov parce qu’il l’a vu consommer des drogues. Kuchner s’est repenti, prétendant n’avoir pas mesuré sa force et a demandé à pouvoir continuer son service.

L’enquête a déterminé que Kuchner a donné trois coups de pied à la poitrine de Tsoukanov. Il a récidivé sur le torse de celui-ci à terre, lui cassant neuf côtes. Cette blessure à la poitrine a provoqué une pneumonie bilatérale purulente. Il n’a été envoyé à l’hôpital qu’une fois aux urgences du 1er régiment d’assaut.

Kuchner, par la bouche de son avocat a raconté à Babel une histoire différente. Il a dit qu’il n’avait pas battu la recrue, qu’il l’avait simplement neutralisée quand Tsoukanov s’est emparé de son arme.

Les représentants du 425e ont tout d’abord nié que Tsoukanov vienne de leur régiment. Plus tard le 425e a admis auprès de Babel qu’il avait servi chez eux et ont commencé à raconter qu’il avait été surpris avec des drogues. Babel souligne l’improbabilité de ce scénario, sachant que les recrues sont déshabillées et fouillées en entrant au 425e.

Tsoukanov était effectivement toxicomane. Un fait régulièrement utilisé par les représentants du 425e à la télévision pour discréditer les témoignages, ou simplement justifier les tabassages.
En dépit de sa toxicomanie Tsoukanov s’était occupé de sa mère paralysée ces dernières années. Celle-ci est morte l’année dernière ainsi que son père. La plus proche parente de Tsoukanov, sa sœur Aliona, vit loin. Elle a dit qu’après la mort de ses parents, son frère a essayé de se désintoxiquer des drogues une nouvelle fois. Elle avait été initialement heureuse qu’il soit mobilisé, espérant que ça aiderait. À présent, elle veut que les meurtriers de son frère soient punis.

PHOTO : Volodymir Tsoukanov et sa sœur Aliona

Aliona a parlé à son frère deux fois en vidéo pendant qu’il était au 425e. la première fois il lui a dit qu’on l’avait battu :

« Il a dit qu’il s’était retrouvé avec de gros salauds qui l’avaient tabassé gravement, traité comme un chien « Et maintenant je suis avec des types bien, ça va, ne t’inquiète pas »

La seconde fois, il a dit qu’il avait des côtes cassées. C’était la dernière fois où Aliona a pu entrer en contact avec lui.

La dernière histoire fournie par Babel est celle de Vitaly Karat, 38 ans. Il était originaire de la région occidentale de Ivano-Frankivsk. Mobilisé le 25 février, mort à l’hôpital le 14 mars. Défaillance d’organes.

« Vitaly Karat a tenté de se suicider pendant le service. Les recherches ont permis de le retrouver au sommet d’un sapin. Après une petite discussion, il a décidé de redescendre, mais il est tombé. »

L’examen post-mortem a déterminé que Karat avait des côtes cassées et une blessure à la poitrine. Le 425e prétend qu’on l’a tout de suite emmené à l’hôpital et qu’ils ont même demandé aux médecins de lui faire une radio au cas où il aurait pneumonie. Un représentant du 425e a nié que Karat ait eu une hémorragie interne ou un trauma causé par un coup violent au sternum quand on l’a déposé à l’hôpital. Il dit qu’il ne sait pas pourquoi Karat a terminé à la morgue avec 10 côtes cassées, des hémorragies internes et un trauma au sternum. Selon lui, le 425e n’a identifié qu’une seule côte cassée. Dans une autre déclaration, le 425e avançait que Karat avait deux côtes cassées.
La sœur de Karat, Olga Piskounova a déclaré à Babel que son frère lui avait raconté avant sa mort qu’il était constamment battu. Il n’a été envoyé à l’hôpital que dans un état déjà irréversible.

« Ils l’ont tué. Ils maltraitent tout le monde. Le 425e, c’est la mort. »

La solution finale ?

Alors, à quelles point les pratiques du 425e sont-elles répandues dans l’armée ukrainienne ? Et est-il équitable de comparer les unités d’assaut ukrainiennes et la SMP russe Wagner ?
Parmi tous les glorieux succès au front, les majorettes de l’Ukraine en mentionnent parfois un, ces derniers temps, la baisse supposée des désertions depuis 2025. On relie souvent ce phénomène au règne tout aussi glorieux de Mikhaïl Fedorov, devenu ministre de la Défense au début 2026.
En fait, les statistiques sur la désertion ont simplement été classifiées depuis décembre 2025. On n’a aucun moyen de savoir si elles ont diminué. Les seules statistiques disponibles indiquent que rien n’a changé. Le porte-parole de l’armée a dit en avril aux journalistes que le taux de désertion reste inchangé depuis 2025, environ 20 000 par mois.

Après tout Fedorov, est connu pour avoir un excellent service de relations publiques et une approche sans pitié des informations jugées non nécessaires. La presse ukrainienne financée par l’Occident adore Fedorov et il est possible qu’ils aient simplement cessé de rapporter les désertions après sa nomination au ministère de la Défense.

Cependant, il est possible aussi que la vague de désertions ait décru. Mais seulement au prix de l’augmentation des unités d’assaut et de l’universalisation de leurs pratiques au sein de l’armée.

Notre bien-aimé 425e régiment, par exemple, a augmenté de dix fois son effectif dans l’année passée. Ce « régiment » compte maintenant 13 000 soldats, ce qui en fait une division. Le commandant-en-chef Syrskiy adore les unités d’assaut et elles sont uniques au sens où elles sont subordonnées directement à Syrsky lui-même, au lieu de faire partie d’un corps d’armée comme d’autres unités. De la même manière, le symbole des forces d’assaut est le léopard des neiges, le Bars, nom de guerre de Syrsky.

Bien sûr, les unités d’assaut n’ont pas inventé les pratiques de torture de leurs troupes. La violence dans l’armée ukrainienne a toujours été systémique, comme je l’avais déjà évoqué en 2024. Mais la brutalité dont je parlais alors, quoiqu’également liée à des mesures disciplinaires contre des alcooliques et des toxicomanes, semblait surtout être une forme d’extorsion. On conseillait aux parents d’envoyer de l’argent pour sauver le membre de leur famille de la torture, ou bien le commandant se contentait de toucher sa solde.

Avec les unités d’assaut, la violence semble avoir un but différent. Au cours de l’année passée, les unités d’assaut ont connu une forte croissance avec l’intensification de la mobilisation. De plus en plus fréquemment, les toxicomanes, les sans-abris, les handicapés mentaux sont traînés à l’armée. Il faut les soumettre par la force. Leur destin est de devenir « à usage unique » comme les appellent leurs chefs. Planter un drapeau dans un champ et mourir.
Mais ça fait bien dans la presse. Zelenski a besoin de toutes les victoires possibles s’il veut que les gens oublient les incessantes allégations de corruption et convaincre Trump de continuer, voire d’augmenter l’aide militaire.

En bref, les forces d’assaut neutralisent la désertion.
Quand on parle des forces d’assaut, il est important de noter que d’autres unités sont aussi sous leur contrôle. Il est symptomatique que le 425e soit chargé de l’entraînement des troupes de la 155e brigade. Parce que celle-ci a fait les gros titres après la désertion de 200 de leurs soldats entraînés en France aux frais de l’Occident.

Il n’est donc pas surprenant que le porte-parole militaire ai dit à Babel que ces pratiques ne sont pas limitées aux unités d’assaut. On reçoit beaucoup de plaintes venues d’autres unités. Le 425e caracole en tête des plaintes pour mauvais traitements avec 5,1% du total de plus de 9000 plaintes. En seconde place on trouve le 225e avec 3,1%. Cependant, le porte-parole remarque que la proportion est peut-être plus élevée encore, parce que les unités d’assaut confisquent les téléphones des mobilisés ce qui rend les plaintes plus difficiles.

En bref, il semble que Syrsky né et éduqué en Russie, ait décidé de cesser d’apprendre des Occidentaux ramollis et se soit décidé à mettre en œuvre la pensée de Prigojine.

Mais pour rendre justice à Prigojine, Wagner paraissait posséder une éthique et une histoire source d’inspiration. Ils ont aussi eu de réels succès sur le champ de bataille, comme la prise de Bakhmut. Les forces d’assaut ukrainiennes ne peuvent s’enorgueillir de tels succès — leur plus grandes victoires ont été d’avancer de quelques kilomètres dans les zones grises agricoles du sud de l’Ukraine au prix de pertes innombrables.

Et, plus important encore, Wagner était une armée de contractants. Les sujets soumis à la discipline la plus dure étaient ceux recrutés en prison. Ils avaient choisi de rejoindre Wagner pour avoir une chance de regagner leur liberté, une chance de se réhabiliter. Prigojine était plus qu’explicite avec eux sur le fait que les prisonniers servant chez Wagner étaient soumis à des punitions aussi dures qu’en prison.
Les unités d’assaut ukrainiennes étaient également largement composées de prisonniers à l’origine, mais ce n’est plus le cas. Elles sont maintenant principalement composées de civils mobilisés de force.

On s’empare par la force de pères de famille de 50 ans qu’on torture à mort parce qu’ils ne veulent pas faire un assaut banzaï.

Peter Korotaev traduit par Thierry Marignac

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