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Tu, Christe, nostra redemptio, Tu nostra gloria, tu salus, Tu nostra spes, tu nostra vita, Tu nostra pax, tu nostra virtus.

Toi, ô Christ, tu es notre rédemption, Tu es notre gloire, notre salut, Tu es notre espoir, notre vie, Tu es notre paix, tu es notre force. [Hymne. Æterne Rex altissime ad Mat.]

Blason officiel de Mgr Carlo Maria Viganò archevêque

Quarante jours après la glorieuse Résurrection de Notre Seigneur Jésus-Christ, la Sainte Mère Église contemple le Mystère de l’Ascension du Verbe Incarné qui, après avoir pris notre humanité mortelle pour la racheter, monte au ciel avec la même chair glorifiée, nous ouvrant les portes du Paradis.

Les grands mystères de la Révélation chrétienne sont toujours accomplis avec une solennité rituelle, comme si le Ciel lui-même exigeait une entrée royale, un passage majestueux qui marque l’accomplissement de l’œuvre de Dieu dans l’histoire de la Rédemption. Ce fut le cas lors de l’Incarnation, lorsque le Fils de Dieu entra dans le sein très pur de la Vierge Marie ; ainsi lors de la Naissance du Sauveur :

Dominus dixit ad me : Filius meus es tu, ego hodie genui te (Ps 2, 7) ;

ainsi lors de l’Épiphanie, lorsque le Sauveur reçoit l’hommage royal des Mages venus d’Orient :

Ecce advenit dominator Dominus : et regnum in manu ejus, et potestas, et imperium ;

ainsi lors de la Passion, lorsque le Christ Roi et Messie fit son entrée solennelle à Jérusalem, acclamé par la foule avec des branches de palmier et des hosannas ; ainsi lors de la Résurrection :

Resurrexi, et adhuc tecum sum.

Ainsi, aujourd’hui lors de l’Ascension, et enfin dans la venue glorieuse du Juge universel à la fin des temps, quand Il reviendra juger les vivants et les morts :

cujus regni non erit finis.

L’Ascension élève notre regard des choses terrestres vers les choses éternelles, suivant le Roi qui franchit les portes de la Jérusalem céleste :

Levez, ô portes, vos fronts, et levez-vous, ô portes éternelles : et le Roi de la gloire entrera. Qui est ce Roi de gloire ? Le Seigneur fort et puissant, le Seigneur puissant au combat… Il est le Seigneur des armées, il est le Roi de la gloire (P 23, 7-10).

Les anges eux-mêmes, émerveillés par l’Homme-Dieu qui s’élève avec notre chair rachetée, s’interrogent dans ce dialogue céleste. Les portes du ciel, fermées par le péché d’Adam, s’ouvrent grand devant Celui qui les a vaincues par la Croix et la Résurrection : ut unde mors oriebatur, inde vita resurgeret, afin que là d’où vient la mort, la vie renaisse. Il est le Roi de gloire qui fait Son entrée au Ciel, emportant avec Lui les prémices de notre humanité sanctifiée. Dom Guéranger commente :

Les hiérarchies angéliques se préparent à recevoir le Chef déjà promis, tandis que leurs princes veillent aux portes, prêts à les ouvrir, lorsque le signal du divin triomphateur retentit. Les âmes saintes, libérées des limbes il y a quarante jours, attendent le moment heureux où la voie vers le ciel, fermée par le péché, s’ouvrira soudainement et qu’elles pourront la parcourir à la suite de leur Rédempteur.

Saint Augustin, dans ses sermons pour l’Ascension, nous exhorte à monter avec le Christ :

Aujourd’hui, notre Seigneur Jésus-Christ est monté au ciel. Que nos cœurs s’élèvent avec lui.[1] Saint Léon le Grand lui fait écho, proclamant dans son sermon : L’Ascension du Seigneur est notre propre élévation, et là où la gloire du Chef est précédée, c’est là que réside l’espérance du corps[2]. Saint Grégoire le Grand, dans son homélie sur les Évangiles, nous admoneste : Nous devons suivre Jésus de tout notre cœur là où nous savons par la foi qu’Il est monté avec son corps. Fuyons les désirs de la terre. […] Même si vous êtes pris dans le tourbillon des occupations, jetez dès aujourd’hui l’ancre de l’espérance dans votre patrie éternelle.[3]

Frères bien-aimés, avec l’Ascension le Seigneur nous laisse une promesse, par la bouche des Anges :

Viri Galilæi, quid admiramini aspicientes in cælum ? Hic Jesus, qui assumptus est a vobis in cælum, sic veniet quemadmodum vidistis eum euntem in cælum.

Comme vous l’avez vu monter, ainsi Il reviendra : non plus dans l’humilité de la chair passible, mais dans la majesté du Juge qui descendra cum gloria sur les nuées du ciel, pour rassembler les élus et les conduire à la vision béatifique.

Nous nous retrouvons dans une situation similaire à celle des âmes saintes des Limbes, libérées par Notre Seigneur avant la Résurrection mais qui ont dû attendre Son Ascension pour entrer dans la Jérusalem céleste. Comme eux, nous savons que le Christ est véritablement ressuscité, et que Son retour au Père et l’envoi du Saint-Esprit sont le fondement du triomphe final. Nous vivons aussi dans un monde intermédiaire, pèlerins dans une terre étrangère et ennemie, en route vers la Patrie céleste qui nous attend. Nous aspirons aussi à voir le visage béni du Sauveur qui nous dit : I

ntra in gaudium Domini tui (Mt 25, 23).

Nous savons aussi par les Saintes Écritures que nous sommes dans les temps eschatologiques :

« Quand ces choses commencent à se produire, relevez-vous et redressez vos têtes, car votre délivrance est proche » (Lc 21, 28).

Prenez garde, cependant : les paroles des Anges peuvent sonner non seulement comme une consolation pour les justes, mais aussi comme un terrible avertissement pour les méchants : Sic veniet, comme vous l’avez vu monter, ainsi il descendra, pour reprendre, in virga ferrea, la Seigneurie sur l’Église, aujourd’hui occupée par une Hiérarchie apostate et rebelle. Et sicut in cælo, le Chef aujourd’hui triomphant en Sa Majesté se reflète dans la gloire des Saints, ainsi et sur terre l’Église militante se prépare, telle les vierges prudentes, au retour de l’Époux, avec de l’huile dans les lampes et revêtue du vêtement nuptial, dans la certitude de rejoindre l’Agneau pour le festin des noces.

Alors que nous célébrons ce Mystère, demandons à Celui qui nous a précédé dans la gloire éternelle du Père de faire désormais habiter nos cœurs in cœlestibus, comme le supplie la Collecte :

Concede, quæsumus, omnipotens Deus : ut, qui hodierna die Unigenitum tuum Redemptorem nostrum ad cælos ascendisse credimus ; ipsi quoque mente in cælestibus habitemus.

Ô Dieu Tout-Puissant, nous croyons que votre Fils unique, notre Sauveur, est aujourd’hui monté au ciel : nous vous en prions, faites que de cœur, nous habitions au ciel, nous aussi.

Que la Très Sainte Marie, Élevée au ciel corps et âme, nous aide en cela, elle qui est Janua cæli e Paradisi porta. Ainsi soit-il.

+ Carlo Maria Viganò, Archevêque

Viterbe, 14 Mai MMXXVI, In Ascensione Domini

© Traduction de F. de Villasmundo pour MPI relue et corrigée par Mgr Viganò

[1] Saint Augustin d’Hippone, Sermo 263 de Ascensione Domini (PL 38, 1245) : Hodie enim, sicut audistis, fratres, Dominus noster Jesus Christus ascendit in caelum : ascendat cum illo et cor nostrum.

[2] Saint Léon le Grand, Sermo 73 de Ascensione Domini (CCSL 138A, 453) : Quia igitur Christi ascensio nostra provectio est, et quo præcessit gloria capitis, eo spes vocatur et corporis.

[3] Saint Grégoire le Grand, Homiliæ in Evangelia, Liber II, Homilia 29 (PL 76, 1218-1219) : Sequamur ergo toto corde Jesum, quo scimus fide ascendisse corpore. Terrena desideria fugiamus […] Etiamsi in fluctibus occupationum circumferimur, jam nunc in patriam spem anchoram figamus.

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