Le 15 juin 2026, Mgr Carlo Maria Viganò a publié sa lettre adressée à Sa Sainteté le Pape Léon XIV en date du 25 janvier 2026. Le journaliste et vaticaniste italien Aldo Maria Valli rend compte de ce courrier sur son blog Duc in Altum.
Aldo Maria Valli analyse la lettre que l’archevêque italien a adressée à Léon XIV en début d’année 2026
MPI s’est souvent fait l’écho des analyses du journaliste Aldo Maria Valli. Célèbre vaticaniste italien, ayant travaillé pour les plus grands journaux télévisés et écrits de la péninsule, fin connaisseur des arcanes du Vatican, ayant côtoyé les plus importants prélats romains, Valli a surtout eu un parcours spirituel qui l’a rapproché de la Tradition, tout comme Mgr Carlo Maria Vigano. Les deux hommes ont en commun un amour de l’Église catholique et une conscience aigüe de la crise ecclésiale actuelle, en raison du concile Vatican II.
Il était donc tout indiqué que Aldo Maria Valli se penche sur la lettre que l’archevêque italien a adressée à Léon XIV en début d’année 2026 et qu’il vint de rendre publique. En préambule de son analyse, le vaticaniste italien re hommage à l’archevêque italien :
« La lettre de Monseigneur Carlo Maria Viganò à Léon XIV a le mérite de confronter le Pape à des questions incontournables. Et puisqu’elle émane non pas d’un idéologue fanatique, mais d’un fidèle serviteur de l’Église, elle mérite toute légitimité d’être prise au sérieux par quiconque s’interroge sur le devenir d’une Église qui se réclame encore du catholicisme, mais qui, dans les faits, ne l’est plus. »
Le parcours de Mgr Viganò au sein de l’Église et sa découverte de la révolution constituée par Vatican II
S’en suit un rappel du parcours de Mgr Viganò au sein de l’Église et sa découverte de la révolution constituée par Vatican II :
« Le parcours de Viganò au sein de l’Église en dit long. Il a consacré une longue carrière au service du Saint-Siège : au sein du corps diplomatique, du Secrétariat d’État, au Nigéria, au Gouvernorat et à la Nonciature aux États-Unis. Ses efforts pour lutter contre la corruption au Vatican sont bien connus des observateurs de ce milieu. Son dossier de 2018, accusant François et d’autres hiérarques d’avoir étouffé l’affaire McCarrick, demeure une accusation accablante. L’isolement et les menaces qu’il a reçus en retour témoignent de l’impact qu’il a eu.
« L’archevêque est sincère lorsqu’il relate sa découverte progressive de la racine des problèmes. Formé au sein de l’Église post-conciliaire, il a fini par comprendre que la crise n’avait certainement pas commencé avec François. La bombe à retardement était enclenchée depuis longtemps et a explosé avec le concile Vatican II.
« Ce concile n’était pas une simple mise à jour. C’était une révolution. Un processus de subversion savamment orchestré qui a touché tous les aspects de la vie de l’Église : doctrine, liturgie, sacrements, discipline, droit canonique, ecclésiologie. Lorsque Viganò décrit l’Église post-conciliaire comme une occupation menée de l’intérieur pour imposer un plan théologique différent du précédent, il ne fait que refléter la réalité. L’histoire parle d’elle-même. »
Les contradictions de cette « nouvelle Église » née d’un coup d’État
Comme le souligne Aldo Maria Valli, la lettre de Mgr Viganò à Léon XIV « a aussi le mérite de mettre au jour toutes les contradictions de cette « nouvelle Église » née d’un coup d’État. Un évêque peut célébrer la messe en vêtements liturgiques aux couleurs de l’arc-en-ciel, accueillir des évêques et des prêtresses à l’autel, participer à des cérémonies interreligieuses, interdire aux fidèles de communier à genoux et sur la langue, justifier le péché d’avortement, prôner un accueil indiscriminé et irresponsable des immigrants, placer l’écologie au cœur de sa prédication, défendre toutes les causes de la gauche et des ennemis historiques de la foi, commettre des péchés innommables et étouffer des scandales. Mais s’il ose remettre en question le concile Vatican II et ses conclusions, il est exclu. S’il ose affirmer que Vatican II a créé une fracture et que, compte tenu des faits, il est impossible de soutenir l’herméneutique de la continuité, il est banni comme un pestiféré. Ainsi, un nonce apostolique retraité, dont le dévouement et le courage méritent d’être salués, est contraint de supplier le pape pour obtenir une entrevue. Et le pape ne répond pas. »
L’Église conciliaire use de méthode stalinienne
Le journaliste italien critique fortement l’‘excommunication’ subie par l’archevêque, imposée « selon une méthode stalinienne » :
« Rome a excommunié Viganò selon une méthode stalinienne. L’Église du dialogue et de l’inclusion a frappé de plein fouet ce fidèle serviteur. Tout cela pour avoir remis en question Vatican II, un concile qui se voulait pastoral et non dogmatique.
« Réfléchissons-y. Viganò n’a pas été excommunié pour avoir nié, par exemple, la transsubstantiation, la virginité de Marie ou la résurrection des morts. Non. Il a été exclu pour avoir analysé de manière critique un concile pastoral et la position adoptée par l’Église suite à cette fracture. »
« L’archevêque n’hésite pas à qualifier l’Église conciliaire et synodale d’apostate, d’occupée, de défigurée et de subversive. Et quiconque a des yeux pour voir peut souscrire à son analyse » affirme Valli qui prend ainsi la défense de Mgr Viganò, et souscrit parallèlement à la critique de l’herméneutique de la continuité énoncée par l’archevêque :
« La lettre de l’archevêque a le mérite de mettre au pied du mur les conservateurs qui s’attardent encore sur l’herméneutique de la continuité. Et la justesse de la position de Viganò est précisément démontrée par la politique de Rome, selon laquelle l’adhésion non pas au Dépôt de la Foi, mais à Vatican II, est une preuve de fidélité.
« Lorsque l’archevêque Viganò demande à Léon XIV de démontrer en quoi son serviteur a contredit le dépôt de la foi, il lui lance un défi de taille. Et c’est peut-être précisément pourquoi une audience lui a été refusée jusqu’à présent. La charge de la preuve incombe au pape. Rome peut-elle sérieusement démontrer que Viganò est un schismatique ? Ou bien Rome s’est-elle excommuniée elle-même ? »
Rome peut-elle sérieusement démontrer que Mgr Viganò est un schismatique ?
Dans son analyse, Valli relève aussi d’autres aspects intéressants de cette lettre mémorable :
« Il convient de souligner, dans la lettre de Monseigneur Viganò, la révélation que c’est le cardinal Burke qui, après la publication du rapport McCarrick, lui a conseillé de vivre dans la clandestinité pendant plusieurs années. On notera également la mention de l’affaire d’Eleuterio Vásquez Gonzales, connu à Chiclayo sous le nom de Père Lute, accusé d’abus sexuels sur plusieurs jeunes victimes.
« Rappelons que Chiclayo est la ville péruvienne liée à la figure du futur pape Léon XIV, puisque Robert Prevost y a exercé son évêque pendant huit ans, de 2015 à 2023. Le Saint-Siège, comme le rappelle pertinemment Viganò, a démis le Père Lute de ses fonctions cléricales sans procès canonique en bonne et due forme, le laissant ainsi impuni ; quant à l’avocat canonique des victimes, Monseigneur Ricardo Coronado Arrascue, il a été démis de ses fonctions, démis de ses fonctions laïques et visé par une enquête pour diffamation. L’archevêque Viganò affirme que l’affaire a été consignée en détail par l’archevêque Coronado lui-même. Le Saint-Siège applique-t-il sous Prevost la même méthode que celle employée par Bergoglio avec McCarrick ? »
La « continuité et l’avenir » du ministère de Mgr Viganò
Et le journaliste de souligner les dernières étapes de la lettre :
« Il convient ensuite de mettre en évidence les dernières étapes de la lettre.
« « J’espère », a écrit Monseigneur Viganò au Pape, « que vous m’accorderez une audience après l’annulation de celle qui m’a été accordée le 11 décembre. Je pourrai alors vous parler en personne de plusieurs questions de la plus haute importance concernant mon ministère apostolique et la nécessité d’en assurer la continuité et l’avenir. »
« Note : Viganò ne parle pas seulement de « questions de la plus haute importance » liées à son ministère épiscopal, mais dit qu’elles concernent la nécessité d’assurer la « continuité et l’avenir » de ce ministère.
« Enfin, l’archevêque réaffirme son « intention inconditionnelle de remplir toutes les obligations qui me sont imposées en tant que successeur des Apôtres ».
« Des développements sensationnels sont-ils à prévoir ? » conclut Aldo Maria Valli.
Francesca de Villasmundo
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