De MK-Ultra à l'opération Midnight Climax

Nous poursuivons la retranscription des travaux du Groupe de travail sur la déclassification des secrets fédéraux des Etats-Unis, lors de l’audition sur le thème « Contrôle mental et responsabilité : révéler la vérité sur les expériences MKULTRA de la CIA ».

Le député républicain Éric Burlison a posé quelques questions pertinentes :

L’opération Midnight Climax

Ma question suivante concerne l’opération Midnight Climax, qui s’est déroulée au début des années 1950 et 1960, et dans laquelle la CIA disposait de planques. Docteur Kinzer, il s’agit évidemment d’un comportement extrêmement troublant : des citoyens américains étaient attirés dans ces bordels, drogués à l’aide d’hallucinogènes, puis filmés pendant leurs rapports sexuels. Des poursuites ont-elles été engagées contre des personnes pour ces crimes ?

Srephen Kinzer :

Non, à ma connaissance, aucune poursuite n’a été engagée pour un quelconque crime lié à MKULTRA. Ce qui m’a frappé dans cette opération Midnight Climax, c’est l’absence totale de prétention à l’expérimentation scientifique. Derrière la vitre sans tain, un agent des stupéfiants obèse, assis sur des toilettes portables et sirotant des cocktails dans un pichet, observait. Il n’y avait là ni scientifique, ni personne maîtrisant le comportement sexuel ou la psychologie humaine. Bref, aucune science n’était impliquée.

Je peux ajouter une anecdote. Lors de mes recherches sur Poisoner in Chief, je suis tombé sur un document dans lequel l’un des officiers impliqués dans la mise en place de ce programme, l’opération Midnight Climax, déclarait que Sidney Gottlieb lui-même se rendait régulièrement en avion de Washington pour inspecter le projet et demandait toujours qu’on lui fournisse des femmes.

Eric Burlison :

C’était ma question suivante.

Stephen Kinzer :

Cela m’a donc amené à me poser des questions.

Eric Burlison :

Pensez-vous que les agents étaient impliqués dans les rencontres sexuelles ?

Stephen Kinzer :

Et cela aurait-il pu être la véritable raison de l’ouverture de ce bordel ? Compte tenu du personnel en charge du projet, il n’y avait aucune perspective de résultats scientifiques significatifs. Ainsi, les agents de la CIA, et notamment Gottlieb, impliqués dans l’opération Midnight Climax, ont certainement pu tirer profit de ce qu’elle offrait.

De MK-Ultra à l'opération Midnight Climax

Le programme MK-Ultra se poursuit-il sous un autre nom ?

Eric Burlison :

Merci. Ma dernière question. Tout d’abord, je tiens à remercier M. O’Neill. J’ai emprunté le livre « Chaos » à la Bibliothèque du Congrès et j’apprécie beaucoup votre travail. J’ai été intrigué par une de vos affirmations, basée sur vos recherches : le programme MKULTRA aurait réussi à remplacer des souvenirs. C’est pourquoi je me demandais, et Dr Kinzer, pourriez-vous intervenir si vous avez des informations à ce sujet ? Le programme s’est-il poursuivi ? Et pensez-vous qu’il se poursuit encore aujourd’hui, d’une manière ou d’une autre ?

Tom O’Neill :

Vous demandez si le programme a continué après 1973, date à laquelle il aurait été interrompu ?

Eric Burlison :

C’est exact.

Tom O’Neill :

Honnêtement, c’est une question qu’on me pose presque à chaque fois que je fais une apparition. Est-ce que ça se produit encore aujourd’hui ? Est-ce que ça a continué ? Je n’en sais rien. J’ai du mal à croire que ça n’a pas continué, car la technologie qu’ils ont développée pendant 20 ou 25 ans, et pour laquelle ils ont dépensé plus d’argent que pour n’importe quelle opération menée par la CIA, a porté ses fruits. J’imagine qu’elle est utilisée. Je n’en ai aucune preuve, c’est donc une pure supposition.

Stephen Kinzer :

J’ajouterais simplement que l’une des lettres auxquelles M. O’Neill faisait référence contient une citation de M. Gottlieb affirmant que ces expériences étaient nécessaires « en ces temps-ci ». Il est important, je crois, de se replonger dans cet état d’esprit où les États-Unis se sentaient si menacés que la perte de quelques vies, voire de quelques centaines, était un faible prix à payer. L’engagement envers une grande cause est l’une des justifications les plus fondamentales pour commettre des actes immoraux, et le patriotisme compte parmi les causes les plus nobles. Il peut être perverti et servir de prétexte pour mener des recherches sous couvert de simples recherches visant à nous protéger contre autrui. Et je pense que cet état d’esprit est encore présent dans certaines sphères de notre gouvernement.

Eric Burlison :

Merci, messieurs. Merci, Madame la Présidente. Mon temps est écoulé. Je cède la parole.

Affaire à suivre.

Pierre-Amain Depauw

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