12 avril 2026 - Peter Magyar gagne les élections en Hongrie.
12 avril 2026 – Peter Magyar gagne les élections en Hongrie.

« Monsieur le Premier Ministre, vous ne luttez pas contre la mafia, mais vous instaurez une dictature ! » Gergely Gulyás, député du Fidesz au Parlement (sessions du 22 et 23 juin 2026). De notre correspondante en Hongrie, Elisabeth, Franco-Hongroise et professeur à Budapest.

Tout le monde se rappelle que Péter Magyar, l’actuel Premier ministre hongrois, s’est fait élire sur un programme qui en plusieurs points s’apparentait à celui de son prédécesseur. Autrement dit, beaucoup l’ont élu, voyant en lui un homme « de droite ». Évidemment, il se disait européiste, mais il serait de taille à défier Bruxelles, tout en récupérant les milliards d’euros gelés par l’Union européenne. Un personnage tout à fait exceptionnel, on le voit !

Près de quatre mois se sont passés depuis, et on peut légitimement se demander si à travers Péter Magyar, otage de Bruxelles, ce n’est en réalité la gauche antichrétienne qui a pris le pouvoir. Au soir de sa victoire, Péter Magyar proclamait triomphalement la libération de la Hongrie de la dictature. Sous son régime, qu’en est-il de l’État de droit qu’il n’a cessé de présenter comme l’un de ses principaux objectifs ?

La tenue des débats parlementaires

Depuis son élection, ceux qui suivent les débats du Parlement, constatent que très souvent le Premier ministre, plutôt que de répondre par des arguments aux questions des députés de l’opposition, les insulte, hommes et femmes confondus. Mimiques, ricanements lors de leurs interventions, interruptions pendant leur temps de parole, sont les plus formes les plus polies de son mécontentement. Viennent ensuite les insultes dont il abreuve copieusement les membres de l’opposition qualifiés de « criminels » et de « mafieux ». Dernièrement, un député du Tisza a pris à partie une députée du parti du Fidesz en la traitant de « putain de mère ». Depuis la chute du régime communiste, on n’a jamais assisté à une telle dégradation de la plus élémentaire courtoisie ! Et rien, dans les interventions des députés de l’opposition ne peut justifier de tels débordements d’agressivité.

Pourquoi ne pas répondre aux questions et aux arguments de l’opposition par des arguments ?

C’est dommage, car tout observateur qui se veut impartial, attend avec curiosité de connaître les arguments que Magyar Péter utilisera en réponse aux questions précises qui lui sont posées. Or très souvent, sa seule réponse, ce sont des accusations, parfois sans rapport avec ce qu’on lui demande. Une autre de ses tactiques, c’est de répondre à une question par une autre question.

L’opération « Feu Purificateur »

Lors de l’inauguration de la séance Parlementaire du 22 juin 2026, Péter Magyar lança solennellement « l’opération Feu Purificateur ». Heureusement, le ridicule n’a jamais tué personne ! Il s’agit naturellement de purifier la Hongrie de l’horrible maffia du Fidesz. Signalons au passage que Viktor Orbán fut tout à fait démocratiquement élu et réélu pendant 16 ans et que Péter Magyar servit dans les rangs du Fidesz pendant 14 ans, non seulement sans jamais faire d’observations sur cette mafia, mais encore en cherchant à obtenir les postes les plus élevés. On espère qu’il rendra au peuple hongrois les sommes non négligeables qu’il acquit au cours de sa précédente carrière politique…

La majestueuse annonce du « feu purificateur » qui allait réduire à un petit tas de cendres la mafia du Fidesz lui valut une réponse cinglante de Gergely Gulyás, député du Fidesz :

« Vous ne luttez pas contre la Mafia, mais vous instaurez une dictature. »

C’est là une accusation extrêmement grave et qui n’a pas été lancée dans le feu de l’action. Là encore, il convient de scruter avec attention les réformes envisagées par le nouveau gouvernement. Magyar Péter n’a de cesse de se présenter comme le porte-parole du peuple hongrois. La question qui se pose est de savoir, si objectivement et conformément à ses dires, il lui laissera la possibilité de s’exprimer et de choisir ses propres gouvernants.

Quelques mesures et réformes envisagées

Pour améliorer la liberté d’expression, cheval de bataille de Péter Magyar, le Premier ministre a déclaré qu’il nationaliserait un grand journal de l’opposition, Mandiner dont « il déterminerait désormais le contenu ». Or il n’a eu de cesse au cours de sa campagne et après son élection de stigmatiser les médias publics asservis au pouvoir alors en place…

Toujours pour faire progresser la liberté d’expression, un autre journal de l’opposition, le « Magyar Nemzet », s’est vu plusieurs fois refusé le droit de poser des questions au Premier ministre lors de ses conférences de presse.

« Bagatelles, bagatelles » diront les membres du Tisza, « indices inquiétants », diront les esprits chagrins de l’opposition…

Quant aux médias publics, ils n’ont plus le droit de diffuser des informations jusqu’à ce que le Premier ministre les ait repris en main.

Un influenceur de droite, István Szakács, a été arrêté pour avoir écrit sur Facebook, que les Hongrois ne laisseraient pas Viktor Orbán aller en prison.

« Pas de liberté pour les ennemis de la liberté », cela ne vous rappelle rien ?

Comment purger définitivement le pays, de la peste et du choléras réunis appelés Viktor Orbán ? Certains demandent la pendaison publique, d’autres le viol, mais le Premier ministre a d’autres atouts dans sa manche, beaucoup plus démocratiques. Il a fait modifier la Constitution hongroise de telle sorte qu’aucun Premier ministre ne pourra exercer sa charge plus de 8 ans et ce avec une valeur rétroactive. Concluez, Orbán est éliminé d’office et ne pourra pas se représenter aux prochaines élections dans quatre ans, puisqu’il a été Premier ministre 16 ans durant ! Merveilleux ! Le peuple est privé d’office du droit d’élire à nouveau Viktor Orbán s’il lui en prenait le malencontreux désir. Le pouvoir appartient au peuple, c’est bien connu !

Dans la foulée, on apprend que le mandat des députés devrait se limiter à 12 ans. Quand on sait le nombre d’années pour former un bon professionnel… À moins que les députés soient des machines interchangeables à volonté ? Et si le Premier ministre donne à cette modification de la Constitution une valeur rétroactive comme pour le Premier ministre, le Parlement se videra des membres les plus performants de l’opposition.

C’est le peuple qui gouverne, n’est-ce-pas, Monsieur le Premier ministre ?

« Arrêtez vos questions stupides qui n’intéressent personne ! » a déjà répondu vertement Magyar Péter à un manifestant.

Notre cher Premier ministre n’aime pas les questions… C’est dommage, car le peuple hongrois va s’en poser de plus en plus ! Il sera très intéressant de voir demain le nombre de manifestants devant le Palais Sándor sur le thème de « Stop à la tyrannie ! ».

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