
Ce 14 juillet 2026, Emmanuel Macron avait choisi de mettre une fois de plus à l’honneur l’Ukraine. Les images ont montré la connivence qui existe entre Macron et Zelensky. En outre, l’armée ukrainienne a défilé sur les Champs-Elysées, mise en exergue comme si elle était composée de héros. Confions une fois de plus la parole au journaliste ukrainien Peter Korotaev (traduit en français par Thierry Marignac pour Médias Presse Info) afin de bien mesurer la nature réelle de ceux mis à l’honneur par Macron et par l’UE.
Pierre-Alain Depauw
Monaco, guerres de barbouzes, salles de torture, Centres d’appels d’arnaque
Des bombes, des balles, et des salles de torture. Agents d’espionnage, centres d’appels d’arnaque, paramilitaires fascistes. Tous les signes indubitables des évènements en Ukraine.
L’endroit du dernier meurtre rendait celui-ci particulièrement scintillant : Monaco.
Je présenterai trois hypothèses sur cet assassinat. Une guerre de territoire sur le marché très lucratif des centres d’appels d’arnaque ? Un conflit entre deux services de renseignements ukrainiens ? Les deux à la fois ? Ce faisant, nous prêterons attention à un certain nombre de meurtres et de purges se répercutant sur la dernière effusion de sang.
Le mystère de Monaco
Tout d’abord, je commencerai par exposer les faits de cette histoire plutôt ambigüe.
Le 29 juin à 21 heures, une bombe a explosé à Monaco. Le Prince Albert de Monaco a parlé d’un acte « choquant et révoltant. » La glorieuse réputation de la principauté d’être le dernier havre de paix pour les riches en Europe a volé en éclats. Peut-être que Dubaï va retrouver des chances d’attirer les créateurs de richesses les plus travailleurs.
Vadim Ermolaev, qui fait partie des 100 Ukrainiens les plus riches, a été légèrement blessé ainsi que son fils adolescent, mais la femme qui était avec lui a perdu une jambe. Il s’est avéré que ce n’était pas sa femme.

PHOTO : Ermolaev
La presse française a immédiatement évoqué une implication du Service de Sécurité de l’Ukraine (SBU). Le Figaro pense que l’attaque n’était pas destinée à tuer Ermolaev, mais à servir d’avertissement. Ils ont aussi précisé que Ermolaev avait été sanctionné par Zelensky en 2020 pour avoir fait des investissements en Crimée, contrôlée par la Russie. L’homme d’affaires avait renoncé à son passeport ukrainien en 2017, restant citoyen chypriote. Les premiers reportages occidentaux ont également diffusé la vidéo de surveillance, montrant une femme en train de fuir les lieux à Monaco.


Le 3 juillet, INTERPOL a nommé le suspect : Anastasia Berezovska, citoyenne ukrainienne.
Selon la police ukrainienne, Berezovska a franchi la frontière d’Ukraine le 1er juillet.
Cependant, elle s’en serait peut-être mieux sortie en UE. Berezovska a été retrouvée le 7 juillet dans une forêt des environs de Kiev, une balle dans la tête. Une opération commune du SBU, du GOUR (direction générale du renseignement) et du bureau du procureur général a arrêté deux personnes, les inculpant de meurtre avec préméditation. Le SBU a déclaré que l’un d’eux était un ancien policier, l’autre un membre actif du GOUR. Le GOUR est un service de renseignement qui a toujours été engagé dans une guerre plutôt sanglante avec le SBU. Berezovska est apparemment montée dans leur voiture volontairement et a été abattue par derrière de deux à quatre balles.
Le bureau du Procureur Général a aussi diffusé une vidéo de ce qui, disent-ils, ressemble à une salle de torture, dans la cave d’un des hommes arrêtés. Il s’agit de l’ancien membre des forces de l’ordre pas de l’agent du GUR. Nous reviendrons sur lui ultérieurement.
Naturellement, l’agent du GUR accusé prétend avoir agi de sa propre initiative, sans ordres de ses supérieurs. Il prétend aussi que ses contacts de longue date avec Berezovska, incluant des paiements réguliers d’une carte et d’un compte en crypto-monnaie sous son nom, avaient été dissimulés à son employeur.
Voici les faits dans cette affaire, jusqu’à présent.
Purges
Commençons par ce qui n’est probablement pas la motivation de la tentative d’assassinat de Ermolaev. Le fait qu’il ait été sanctionné par Zelensky a toutes les chances d’être un leurre. En réalité, Zelensky sanctionne parfois ses amis les plus proches pour redorer son blason. Le grand Timour Myndich a été sanctionné à la fin de l’année dernière après tous les scandales de corruption l’impliquant lui et ses amis intimes, par exemple.
Et le fait que Ermolaev ait investi en Crimée est loin d’être un cas isolé. Si Zelensky voulait tuer tous ceux qui font ça, il ne resterait plus grand monde dans l’élite ukrainienne. Il devrait probablement commencer par lui-même.
Cependant, les origines de Ermolaev sont importantes. L’homme d’affaires vient de la ville de Dniepropetrovsk. Yermolaev est une figure proéminente dans les affaires du bâtiment et du commerce d’alcool. Le magazine Forbes l’a désigné comme le plus important magnat du bâtiment de la ville, et parmi les cinq personnalités les plus influentes.
La fortune de Ermolaev était estimée à 322 millions de dollars en 2017, mais vu la marche des affaires à Dniepropetrovsk, c’est probablement loin de la réalité. Une estimation de 2020 avançait 148 millions, mais la même année, une autre prétendait qu’elle s’élevait à 230 millions.
En d’autres termes, il vient du monde de Kolomoïski, l’oligarque de Dniepropetrovsk qui amené Zelensky au pouvoir en 2019. Kolomoïski ou Benya comme on l’appelle souvent, a été finalement emprisonné par sa propre créature en 2023, l’oligarque indomptable restant sous les verrous jusqu’à aujourd’hui.

PHOTO : Un Kolomoïski aux anges en 2019, suivant la victoire de son employé de longue date. Ce beau sourire allait être effacé par la suite.
Kolomoïski et Ermolaev faisaient tout deux parties du conseil d’administration de la Communauté Juive de Dniepropetrovsk. Comme Ermolaev, Kolomoïski est citoyen chypriote, célèbre pour avoir déclaré que si la constitution interdisait la double nationalité, elle ne mentionnait pas la triple, dans son cas, israélienne, chypriote, et ukrainienne. Kolomoïski s’est également débarrassé de son passeport ukrainien en 2022. La synagogue Rose d’Or attribue souvent des rôles de premier plan à Ermolaev, dans ses célébrations annuelles. La synagogue fait partie du massif « Centre Menorah », dont la construction a été financée par Kolomoïski et Ermolaev. C’est censé être le plus grand centre juif du monde.

PHOTO : La synagogue au fond du Centre Menorah, sept étages, 50 000 mètres carrés.
Le plus savoureux pour la fin : la compagnie de construction de Yermolaev, la plus grosse de Dniepropetrovsk, s’appelle « Groupe Aleph », la première lettre de l’alphabet hébreu. La représentation de l’Unité de Dieu dans la tradition cabalistique.

PHOTO : L’un des centres résidentiels d’Ermolaev à Dniepropetrovsk. Le site web est stupéfiant.
Fondé en 1998, le Groupe Aleph couvre de nombreux secteurs, incluant 13 filiales. Ses activités vont de la culture de pommes de luxe, aux implants dentaires, en passant par la production de béton aéré. La compagnie d’alcool du groupe, Aleph-Vinal, fabrique du vin, de la vodka et du cognac. Aleph Immobilier, fondé en 2001, a construit le premier centre commercial de Dniepropetrovsk en 2004.
C’est parce qu’Aleph a continué ses opérations en après 2014 qu’Ermolaev a été frappé de sanctions par le Conseil National de Sécurité et Défense d’Ukraine. C’est arrivé juste au moment où Kolomoïski et le reste du clan de Dniepropetrovsk étaient expropriés. Ermolaev, pour sa part, rejette ces accusations et prétend que ses biens en Crimée ont été saisis par les Russes il y a longtemps.

PHOTO : Ermolaev à gauche
Suite à l’emprisonnement de Kolomoïski en 2023, son empire a été nationalisé et subi d’autres genres d’expropriations par le clan Zelensky, en particulier des figures comme Myndich, ancien assistant de Kolomoïski (mon garçon de barbecue, a dit un jour le milliardaire sous les verrous). L’associé de Kolomoïski, Bogolioubov, a déclaré à la presse en 2024, après avoir fui le pays de manière plutôt originale, que le gouvernement avait tenté de lui extorquer 100 millions de dollars pour échapper à la prison.

PHOTO : de gauche à droite, Myndich, Kolomoïski et Bogolioubov, 2020, Odessa.
Le parlementaire aligné sur Kolomoïski, Oleksandr Dubinski a lui aussi été arrêté en 2023. Mis à l’ombre pour son rôle dans les révélations sur les combines de Biden en Ukraine, qui auraient fait du tort aux relations avec les États-Unis. En 2020, la campagne anti-Biden était soutenue par Zelensky pour gagner la faveur de Trump. Dubinski s’est plaint ces dernières semaines que ses conditions de détention empiraient, et de plans censément imminents pour le transférer dans une prison secrète, d’où il ne pourrait envoyer des dizaines de messages conspirationnistes par jour sur Telegram.
Et finalement, il y a aussi l’assassinat de Andreï Portnov en mai 2025. Cet avocat très influent était lui aussi proche de Kolomoïski et Dubinski, bien qu’il ait entretenu de meilleures relations avec le clan Zelensky, bien après 2022. J’ai tendance à croire que Portnov a été assassiné par des forces pro-OTAN et anti-Zelenski.

PHOTO : Portnov a été tué devant l’école de sa fille en Espagne.
Bref, tout ça pour dire que le clan Kolomoïski a subi bien des revers en temps de guerre. Ceux, en tout cas, qui voulaient continuer des affaires indépendantes, sans se plier au racket de la Famille Zelenski. En plus des questions financières, Kolomoïski et son entourage sont dépeints dans les médias pro-occidentaux comme des soutiens de la langue russe et d’un traité de « capitulation » avec la Russie.
On ne peut certes pas considérer Kolomoïski et sa bande comme des gens ayant des principes moraux très élevés. Cependant, il semble assez clair que lui et son entourage croient qu’ils sortiraient de prison et récupéreraient leurs biens dans une situation d’après-guerre, lorsque Zelensky quitterait sa charge et que la dictature du temps de guerre prendrait fin. Leur soutien ouvert pour « les plans de paix » de Trump, l’indique suffisamment.
Toutefois, Ermolaev n’était pas le plus proche allié de Kolomoïski, et il n’est probablement pas pertinent de voir l’attentat comme une suite de la purge du clan de Dniepropetrovsk. Néanmoins, les origines d’Ermolaev et ses contacts en font probablement quelqu’un d’assez sacrifiable au moment présent. Aucun grand personnage du régime ne va verser une larme s’il se fait descendre dans un litige d’affaires.
Le Seigneur des bureaux
Et Ermolaev a la main dans un certains nombres d’affaires dangereuses. Les centres d’appel d’arnaque, la célèbre industrie de Dniepropetrovsk. Il semble, qu’avec la guerre, Ermolaev ait décidé de s’approprier une partie des gros revenus générés par ce marché. Assez logique pour un magnat de l’immobilier à Dniepropetrovsk.
Arthur, le fils aîné d’Ermolaev était directement lié à ces affaires. Le gouvernement d’Estonie a entamé des poursuites criminelles contre lui et trois complices, les accusant d’avoir créé un réseau de centre d’appel d’arnaque en Ukraine.
Ils ont convaincu des citoyens de l’UE d’investir dans des biens fictifs, volant apparemment plus de 100 millions d’euros entre 2019 et 2022. Plus de 5 millions provenaient de la poche de travailleurs estoniens. En 2025, Arthur Ermolaev a été extradé de Chypre vers l’Estonie pour le procès. En mai 2026, il plaidé coupable et écopé du sursis. Malheureusement pour lui, le jeune homme a dû payer 8,5 millions d’euros et a été expulsé d’Estonie sans possibilité de retour.
Ces centres d’appel ou « bureaux » comme les appellent leurs employés, ont connu un boum formidable depuis le début de la guerre, quoi qu’ils aient eu pignon sur rue avant 2022. Un parlementaire a déclaré que leurs revenus avaient quadruplé entre 2022 et 2023. Ils opèrent ouvertement et font la réclame des offres d’emploi enviables qu’ils offrent sur les réseaux sociaux. Selon eux, ils n’arnaquent que les Russes et financent généreusement l’armée ukrainienne. Certains des influenceurs militaires de premier plan (passionnés de runes tatouées) ont été vus à des fêtes strip-tease des opérateurs de Dniepropetrovsk.
Les sommes d’argent affluant dans cette industrie sont colossales. L’un des cybercriminels les plus importants (et actuellement employé du GOUR) a récemment proclamé que les centres d’appel d’arnaque s’étaient appropriés plus de deux milliards de dollars des citoyens russes depuis le début de la guerre. Une telle résilience en économie de guerre mérite certainement d’âtre applaudie.
Mais là où beaucoup d’argent circule, les vautours aussi. Un large éventail de services de sécurité et maintien de l’ordre rackettent les centres d’appel sous prétexte de protection. Bien entendu, tout le monde sait où se trouvent les « bureaux » les descentes de police sont donc une forme de théâtre. Plus de 200 de ces descentes ont eu lieu depuis le début 2026.
Le 2 juillet, une autre de ces descentes a eu lieu dans un centre d’appel d’arnaque qui avait piqué 500 000 dollars dans les poches de citoyens américains. Ils se défendront peut-être en prétendant remplir leur devoir patriotique contre les électeurs de Trump. C’est intéressant, ils employaient la même méthode que les centres d’appel d’arnaque d’Ermolaev, quoique, pour être juste, elle soit assez courante. La police rapporte également qu’ils se servaient d’anglophones d’Afrique de l’Ouest.
Se prétendant conseillers financiers, ils persuadaient leurs victimes d’investir de l’argent dans des crypto-monnaies, actions et obligations à travers des plates-formes d’investissement fictives, des échanges de crypto-monnaie et autres ressources enligne sous leur contrôle.
Non content de tous ces fonds d’origine suspecte, Vadim Ermolaev semble aussi être impliqué dans la circulation de l’argent noir. D’après la publication européenne BFMTV, il était copropriétaire de la banque estonienne Versobank, dont la licence a été suspendue en 2018 pour « violation systématique de la législation sur le blanchiment d’argent ».
Par conséquent, l’attentat contre Ermolaev était peut-être lié à un litige d’affaires. Peut-être que ses bureaux ne payaient pas les bonnes personnes. C’est probablement la plus plausible explication de l’attentat. Et il existe des précédents de guerre de territoire des centres d’appel provoquant des effusions de sang à l’étranger, comme l’indique l’affaire, survenue cette année, du fils d’un gros patron de « bureau » de Dniepropetrovsk capturé, rançonné, torturé et décapité pendant qu’il était en vacances à Bali.
Et puis peut-être que les services spéciaux ukrainiens ont tué Berezovska pour empêcher les Européens de mettre leur nez dans cette affaire. Une fois Berezovska morte, la police européenne n’a plus personne à interroger sur le crime commis à Monaco. Le fait qu’il y ait eu un autre meurtre mystérieux en Ukraine ne les regarde pas.
Et ne faut absolument pas que les Européens se mettent à penser aux centres d’appel d’arnaque. Tout d’abord, leur prétention à ne cibler que les Russes est une arnaque elle-même. Je connaissais un Zimbabwéen qui travaillait dans un centre d’arnaque à Kiev, avec la même stratégie que la police estonienne accusait Ermolaev d’employer — mon ami Ralph appelait des retraités anglais, australiens ou américains et les persécutait avec l’offre d’un « investissement lucratif ». Les malheureux retraités étaient appelés quotidiennement, même lorsqu’ils changeaient de numéros de téléphone et finissaient par accepter « l’investissement ».
Et si les Européens observaient avec attention le monde ukrainien des centres d’appel, ils pourraient trouver des révélations déplaisantes sur leurs alliés. Un signe révélateur des relations entre la Famille Zelensky et les centres d’appel est apparu le 7 juillet. Le parlementaire Mykola Tyshchenko a payé 10 millions de hryvnia, accusé d’avoir extorqué 10 millions de dollars au centre d’appels désireux d’échapper à l’attentions des forces de l’ordre.
Tyshchenko, en dépit de son folklore ridicule est un personnage important, ami de longue date de Yermak, l’homme le plus puissant du pays entre 2020 et 2025 (et peut-être aujourd’hui encore).
En fait, Yermak est même le parrain de l’enfant de Tyshchenko. Des rumeurs circulent aussi sur le fait que l’extravagant restaurateur Tyshchenko serait le fournisseur de Zelenski en stupéfiants. À en juger par son comportement, il semble incroyable qu’il lui en reste un stock. Après la dernière audience au tribunal, Tyshchenko a essayé de faire le coup de poing avec un vétéran d’Azov qui lui avait expédié un œuf à la figure.
Guerre d’espions
Mais il y a encore un autre angle, plus barbouze. Ou plutôt un conflit entre deux institutions spectrales.
Comme je l’ai dit plus tôt, c’est le SBU qui a annoncé officiellement que le meurtrier de Berezovska était un agent du GUR. On dirait que le SBU comme toujours, tente de noircir la réputation de son éternel ennemi.
En fait, toute cette histoire est très étrange. Au tribunal, on a montré des preuves que le tueur de Berezovska la payait régulièrement en se servant de sa carte de crédit et de son compte crypto. Ce sont des façons très facilement identifiables de payer un agent secret. Il paraît absurde pour un flic et une barbouze de se compromettre aussi manifestement.
Peut-être que le plan a toujours été que ces gentlemen soient les boucs émissaires pour l’affaire Ermolaev. Ou peut-être qu’ils n’ont pas du tout tué Berezovska, qu’ils se contentent de jouer un rôle, pour être relâché bientôt.
Une telle conclusion est tentante, si l’on se base sur les révélations du tribunal jusqu’à présent. Les deux hommes ont été arrêté et accusés, les deux gardés en préventive 60 jours avant le procès sans possibilité de liberté sous caution.
L’un d’entre eux, Vladislav Reut est un agent du GUR en activité. Pour souligner ses activités militaires, il garde son calot au tribunal.
Son co-accusé est plus étrange encore. Vitaly Zhkovych, 49 ans de la ville d’Uman. Jusqu’en 2020 il travaillait comme policier dans la région de Kiev, apparemment au service des enquêtes criminelles. Selon la rumeur, il est peut-être agent du SBU.
Cette rumeur a été confirmée par son avocat au tribunal. Celui-ci a déclaré que son client connaissait Reut parce « qu’ils travaillaient tous les deux à défendre l’Ukraine ». L’avocat prétend que Zhikovych a rejoint les paramilitaires nationalistes du Secteur Droit en 2014, un groupe inféodé au SBU. Il s’est aussi porté volontaire pour servir dans l’armée en 2022, puis il a servi au SBU. Il aurait été ensuite limogé, mais comme on dit, un ancien agent du SBU, ça n’existe pas.
D’après l’accusation, les policiers ont trouvé une salle de torture au sous-sol de Zhikovych.
Quoiqu’il n’y ait rien de plus emblématique pour un agent du SBU, son avocat prétend que c’est un abri contre les bombes. Une pelle et une pioche ont été trouvées pour creuser une sortie au cas où l’entrée de l’abri s’effondrerait. Peut-être aussi qu’il faisait des recherches archéologiques.
Le témoignage de Reut, daté du 9 juillet était assez intéressant. Voici le compte-rendu d’Ukrainskaïa Pravda :
« Je dois nier toute implication dans l’accomplissement commun de ce crime. Comme je l’ai dit dans mon témoignage précédent, enregistré sur vidéo durant les procédures d’enquête précédentes, j’ai reçu un appel le 3 juillet de Zhikovych qui m’a demandé de passer le prendre dans un café… avant de rouler jusqu’à Anna Berezovska qui venait de Jitomir à Kiev.
Quand je suis arrivé Zhikovych m’a dit qu’on devait cacher Berezovska en raison des circonstances d’une autre affaire criminelle et des actions de tierces parties qui la mettait en danger », a-t-il dit.
« Je n’étais pas au courant de l’intention qu’avait Zhikovych de la tuer » a dit Reut.
L’accusé a déclaré que pendant qu’ils allaient à la rencontre de Berezovska, Zhikovych a pris un pistolet Makarov dans son sac à dos. Il était équipé d’un silencieux, avait une crosse modifiée, et un canon percé. Selon Reut, il a répété avec insistance que Berezovska devait rester cachée quelque temps, il ne s’agissait pas de la tuer. Zhikovych, dit-il, lui avait assuré que l’arme n’était là que pour intimider Berezovska si elle se mettait à paniquer.
« Berezovska paraissait très nerveuse… Zhikovych lui a dit « Ne vous inquiétez pas, on va vous cacher le temps de vous faire de nouveaux papier. Vous serez en lieu sûr… » Sur les instructions de Zhikovych, on a bifurqué de la route et roulé jusqu’à une forêt. Zhikovych m’a ordonné de stopper la voiture et de sortir. Berezovska est sortie la première, suivie par Zhikovych.
Il m’a ordonné de les suivre et donné l’arme. J’ai objecté, mais il a insisté. Après ça, Zhikovych distrayait l’attention de Berezovska, la calmait et la rassurait… Simultanément, il me regardait et m’incitait à « faire le boulot sur elle » — c’est-à-dire lui tirer dessus » a dit Reut.
« J’ai refusé. Je n’ai même pas braqué l’arme sur elle. Je marchais à un mètre de lui, une longueur de bras. Puis Zhikovych a perdu son sang-froid, m’a arraché le pistolet des mains, et debout derrière Berezovska a fait feu une première fois à l’arrière de sa tête. Il a ensuite tiré une seconde fois dans son torse quand elle était à terre » a dit l’accusé.
Selon Reut, Zhikovych a tiré en tout quatre fois sur Berezovska. Après, il a ordonné à Reut de creuser une tombe dans la forêt, et celui-ci s’est exécuté. Zhikovych a ensuite fouillé la victime, s’emparant de deux portables, une montre, un briquet, et son portefeuille contenant des pièces d’identité.
Reut a poursuivi en disant que Zhikovych et lui ont plus tard roulé jusqu’à un lac, où ils se sont débarrassés de toutes les affaires de Berezovska et de l’arme.
Reut a dit après, que Zhikovych l’a menacé, déclarant que s’il lui arrivait quelque chose « Toi et ta famille seront les suivants ».
Reut a dit qu’il craignait pour sa vie et donc « n’avait pas raconté toute la vérité durant les recherches initiales ».
« Je ne savais pas où était Zhikovych, ni s’il avait été arrêté, alors j’avais peur des représailles. C’est pour ça que j’assume la responsabilité pleine et entière », a-t-il dit, ajoutant qu’il était prêt à témoigner au détecteur de mensonge.
Zhikovych avait d’autre part un mobile. Anastasia Berezovska était témoin dans une autre affaire criminelle contre lui, et elle aurait pu être un témoin à charge. Il m’a dit lui-même qu’elle en avait l’intention. » a dit Reut.
Fait capital, Reut et Zhikovych ne semblent pas suivre la même ligne de défense au tribunal.Reut, l’agent du GUR, a avoué sa présence sur les lieux du crime mais prétend que Zhikovych a tiré tous les coups de feu sur Berezovska.
Tandis que l’avocat de Zhikovych a dit au tribunal le 9 juillet que son client n’avait tué personne — il avait seulement « liquidé un individu particulier » :
« Comment se fait-il qu’un agent du GUR et un ancien agent du SBU finissent ici ? Et pourquoi l’agent du GUR a-t-il initialement avoué sa culpabilité ?
Parce que je ne considère pas ceci comme un meurtre, puisque le meurtre est l’assassinat illégal de quelqu’un. Ici, un individu particulier a été liquidé. Et quand il s’est rendu compte (je parle de Reut) qu’il avait été manœuvré, ayant fait son témoignage, il espérait encore que ses supérieurs — qui lui avaient probablement donné des instructions — le soutiendraient. Mais quand on lui a fait part des accusations, il a compris qu’il ne voulait pas aller en prison pour avoir exécuté les ordres qu’on lui avait donné et pour avoir défendu le pays. »
L’avocat a aussi nié que Zhikovych ait forcé Reut à participer. D’après cet avocat, son client est victime de ses supérieurs dans la communauté du renseignement ukrainien. Ils seraient apparemment furieux de ses succès dans la « capture de traîtres qui travaillent pour les Russes ». Comme d’habitude en Ukraine, n’importe qui a la chance d’être la seule personne qui n’appartienne pas à la 5e colonne.
Strana, une publication ukrainienne, cite des sources de la police qui pensent que Reut cherche à faire de ses aveux de culpabilité, identification du lieu on a retrouvé le cadavre et coopération avec l’accusation, un moyen de pression pour écoper d’une sentence réduite. Une fois qu’il sera expédié en prison, il pourra demander la liberté sur parole pour servir dans l’armée. La législation ukrainienne permet à ceux qui n’ont été impliqués que dans un seul meurtre de rejoindre les forces armées.
À ce stade, on ne sait pas quelle stratégie Zhikovych va tenter.
Échos d’assassinats passés
Quoi qu’il en soit, je remarquerai que l’affiliation au SBU-Secteur Droit était aussi le profil des suspects arrêtés pour avoir tué le journaliste pro-occidental Pavlo Sheremet en 2016.
Sheremet a été tué par une bombe placée dans sa voiture à Kiev.
Parmi toutes les théories sur les raisons du SBU pour tuer Sheremet, je trouve que les rivalités internes au pouvoir sont la plus intéressante. Non entre SBU et GUR, mais entre le SBU et la police nationale. Le GUR était encore assez faible en 2016, mais la police et le ministère de l’Intérieur étaient probablement les institutions les plus puissantes du pays. Conduit par le très influent oligarque devenu ministre de l’Intérieur Arsen Avakov, ce ministère couvait un large éventail de paramilitaires nationalistes, dont le plus important était Azov. L’assassinat mystérieux de Sherement gêna beaucoup la police nationale — Avakov et autres porte-paroles de la police finissant par accuser directement le SBU d’avoir été impliqué.
Étant donné tout ceci, me semble plausible l’explication suivante de l’affaire Ermolaev-Berezovska. Ermolaev a été ciblé en partie au moins pour des raisons financières, une guerre de territoire des « bureaux ». Mais le SBU s’est assuré qu’un officier du GUR soit impliqué dans le meurtre de Berezovska. Puis ils ont accusé le GUR, pour que tout soit le plus clair possible.
Il existe de nombreuses causes de la rivalité entre SBU et GUR. En termes d’individus, la première personne-clé est Oleksandr Poklad, surnommé « l’étrangleur », chef-adjoint du SBU, de fait responsable de cette organe.
La seconde est Kyrylo Boudanov, chef du GUR de 2020 à 2026, présentement chef de l’administration présidentielle de Zelenski.
Boudanov et Poklad sont depuis longtemps à couteaux tirés. Et ce conflit a laissé un sillage de cadavres. Même des journalistes financés par l’Occident comme Youri Nikolov ont souligné l’élément de conflit Boudanov-Poklad dans l’affaire Ermolaev-Brezovska.
Assez logiquement, ils font un parallèle avec l’exécution de Denis Kireev, un homme d’affaires ukrainien possédant des liens avec la Russie qui participait aux négociations avec celle-ci. En 2023, Boudanov a officiellement accusé le SBU d’avoir tué Kireev, qu’il prétendait un fidèle agent du GUR. Boudanov nommait le service de contre-espionnage du SBU comme coupable — à l’époque dirigé par Poklad, le spécialiste en assassinat du pays.
Il y eut aussi la tentative d’assassinat du général des services de renseignement russes Vladislav Alexeev en février 2026. Alexeev rencontrait régulièrement Boudanov pour négocier des échanges de prisonniers. Devenu chef de l’administration présidentielle en janvier 2026, on annonçait souvent que Boudanov mettrait en œuvre son désir souvent répété d’arriver à une fin de la guerre négociée. Tuer les négociateurs, bien sûr, n’est pas la meilleure manière d’y parvenir. Le SBU de Poklad était presque certainement derrière la tentative d’assassinat d’Alexeev.
Tout ça a une dimension politique. Poklad, qui a été emprisonné dans les années 1990 pour extorsion violente et a passé les années 2000 en mafieux provincial, est monté à Kiev vers 2006.
Travaillant au ministère de l’Intérieur comme assistant de parlementaires « Pro-russes » il évoluait dans les mêmes cercles et s’est lié d’amitié avec Andreï Yermak. Tous deux étaient des avocats assermentés et des assistants politiques. En un mot, des agents de l’ombre.
Yermak est devenu chef de l’administration présidentielle en 2020 et dans les quelques années qui ont suivi a concentré le pouvoir dans ses mains à un niveau sans précédent dans l’Histoire ukrainienne. Les promotions constantes de Poklad dans la période 2020-26 ont, dans la presse ukrainienne, souvent été attribuées aux faveurs de Yermak.
À la fin 2025, Yermak a été forcé de quitter son poste à la suite d’accusations de corruption par les organes anti-corruption soutenus par l’Occident. D’après la presse pro-occidentale, Poklad était désireux de conduire une répression plein pot des organes anti-corruption, comme le voulait Yermak et sans doute Zelenski. Boudanov était contre, et c’était de toute façon un ennemi de longue date de Yermak. Le chef de l’époque du SBU, Vasyl Malyuk lui aussi était contre.
Alors, au début 2026, Zelenski a sorti un lapin de son chapeau, Maliyuk a été limogé, Poklad promu, et Boudanov promu — en théorie. En théorie parce qu’en réalité l’administration présidentielle est entièrement composée d’homme-liges de Yermak. Celui-ci continue à parler à Zelenski quotidiennement de questions politiques-clé. L’absence de poste officiel de Yermak l’a peut-être rendu encore plus puissant, plus libre. Il a toujours opéré dans l’ombre, avec des coups de fil.
Tout ça pour dire que l’affaire Ermolaev-Berezovska pourrait être vue comme le dernier coup contre Boudanov par Yermak et Poklad. Comme Youri Nikolov, journaliste financé par l’Occident, l’a dit hier, bien que Boudanov ne soit plus au GUR, le GUR est composé d’hommes à lui. La réduction de son autorité est aussi l’érosion de l’influence de Boudanov. D’autres journalistes pro-occidentaux ont aussi noté que depuis la « promotion » de Boudanov, le gur s’est considérablement affaibli.
Il ne fait aucun doute que c’est ce que souhaitent Yermak et Poklad. Le GUR a créé un impressionnant réseau de jeunes paramilitaires l’année dernière, qui semblait assez évidemment faire partie de la future campagne présidentielle de Boudanov. Cette année, Boudanov a continué à se positionner (hypocritement, mais c’est un grand classique) comme soutien de l’église orthodoxe « pro-russe », des négociations de paix, et partisan de Trump.
Par contraste, Yermak est connu pour être proche des Britanniques, ses exécrables relations avec Trump (et toute l’élite américaine) Et son soutien à la guerre jusqu’au rétablissement des frontières de 1991. L’exécution, par Poklad de figures telles que Kireev et Alexeev liée aux efforts de négociations de Boudanov semble faire partie de la stratégie générale de Yermak — continuer la guerre indéfiniment. C’est ce qu’il y a de mieux pour la centralisation de son pouvoir et de ses biens. Les associés de Yermak dans la Famille Zelenski, dans des communications récemment fuitées se disaient que leur « survie » dépendait de la poursuite de la guerre et du maintien de Zelenski au pouvoir.
Peter Korotaev (traduit par l’écrivain et interprète Thierry Marignac)





