Serons-nous excommuniés ?
La vidéo du sermon [à partir de 17′ 53 »] :
La transcription du sermon :
Bien chers frères,
Nous nous approchons de ce grand événement du 1er juillet (1), qui est d’une telle importance pour ce que Mgr Lefebvre appelait « l’opération survie » de la Tradition.
Neuf jours nous en séparent et vous allez voir : les voix vont commencer à s’élever. Les journalistes, surtout en cette période, ont souvent peu de choses à dire. Nous allons donc être traités de schismatiques, d’hérétiques ; peut-être serons-nous excommuniés, je n’en sais rien, je ne sais pas, je ne suis pas prophète. Mais je vous dirai simplement : restez dans la paix.
Ce qu’est réellement l’excommunication
D’abord, il faut rappeler ce qu’est une excommunication. L’excommunication, il est très important de le comprendre, ne met pas quelqu’un hors de l’Église, l’excommunication est une peine. L’Église a la possibilité — et nous respectons ces règles de l’Église — de punir par différentes peines une personne qui commet une faute grave extérieure touchant le bien commun.
Un prêtre qui commet quelque chose de grave, par exemple, peut être interdit, pour un temps, de célébrer la messe, c’est ce qu’on appelle la suspense. Il existe d’autres peines, mais l’excommunication est la plus grave de ces peines. Ce sont des sanctions de l’Église, c’est normal, comme tout autre organisme, l’Église a la possibilité de punir.
Alors, en quoi consiste cette peine d’excommunication ?
La personne frappée par cette peine, la personne excommuniée, ne peut plus recevoir les sacrements, on ne peut plus lui donner la communion, d’où le mot. On ne peut plus lui donner l’absolution tant qu’elle ne s’est pas rétractée, tant qu’elle n’a pas renoncé à la cause de cette peine. L’Église, officiellement, ne prie plus pour elle, l’Église l’exclut de sa prière officielle. Voilà ce qu’est l’excommunication. C’est très grave, certes, c’est une peine très forte, mais, comme je vous le disais, cela ne met pas quelqu’un hors de l’Église.
Je vous prends un exemple, un prêtre qui viole le secret de la confession, Voilà : il raconte ce que Monsieur Untel ou Madame Untel lui a confié en confession. C’est une faute que l’on appelle la violation du secret de la confession. Ce prêtre est excommunié, c’est très grave, mais il reste catholique, il reste membre de l’Église. Il doit se corriger, on ne lèvera l’excommunication que lorsqu’il aura regretté sa faute et il n’est même pas dit que l’Église lui rendra ensuite la faculté de confesser.
Je prends un autre exemple, vous savez qu’au péché d’avortement est attachée l’excommunication. La personne qui provoque un avortement est excommuniée, cela signifie qu’elle n’a plus le droit de recevoir la communion, et pour se confesser, pour obtenir l’absolution, elle doit regretter sa faute. Et pourtant cette personne demeure catholique, membre de l’Église.
Comprenez donc bien que l’excommunication n’exclut pas de l’Église.
Je vous dis cela parce qu’une personne m’a dit il n’y a pas longtemps : « Moi, je suis revenue à l’Église catholique. J’étais protestante. Et je ne veux pas être exclue de l’Église catholique. » Mais quoi qu’il arrive, même dans les cas les plus graves, on n’est pas exclu de l’Église pour cela, vous entendrez peut-être cet argument.
Et sachez qu’en plus, pour le cas des consécrations épiscopales, le droit de l’Église précise très clairement — c’est écrit noir sur blanc dans le droit de l’Église — que celui qui agit poussé par un état de nécessité ne tombe pas sous la peine d’excommunication.
Ce qui constitue réellement un schisme
Mais alors, le schisme ? On va être traités de schismatiques. Qu’est-ce donc qu’un schisme, bien chers frères ?
Un schisme n’est pas un acte de désobéissance. Voyez : l’évêque demande quelque chose, et je ne le fais pas. C’est un acte de désobéissance, du moment que ce qu’il me demande est légitime, mais ce n’est pas un schisme. Le schisme consiste à refuser l’autorité de ceux qui occupent les sièges des successeurs des Apôtres : le pape et les évêques. Refuser leur autorité, c’est ne plus les reconnaître comme des pasteurs légitimes, or ce n’est absolument pas notre cas.
Vous avez un exemple de schisme : le schisme orthodoxe. Depuis le XIᵉ siècle, l’Église d’Orient a rompu la communion avec Rome, cela signifie que l’Église orthodoxe ne reconnaît pas le pape ni les évêques catholiques comme étant les pasteurs légitimes de l’Église, elle a donc constitué une autre hiérarchie.
Ce n’est pas du tout notre situation, pour nous, le pape est bien le pape. Les évêques qui sont en place sont bien des évêques légitimes, établis pour nous guider selon la Tradition de l’Église, selon son esprit, et pour nous transmettre le dépôt de la foi. Mais il y a des choses auxquelles nous ne sommes pas obligés d’obéir et cela ne signifie pas que nous remettions leur autorité en cause. C’est pour cela que l’on ne peut pas nous accuser de schisme.
Et la preuve, bien chers frères, c’est qu’en l’an 2000 puis en 2005, le cardinal Castrillón Hoyos, qui était responsable de la commission Ecclesia Dei, c’est-à-dire de l’organisme chargé des questions liées aux traditionalistes, a bien expliqué qu’il n’y avait pas de schisme, et cela après les sacres de 1988. Pourquoi ? Parce que Mgr Lefebvre n’avait pas voulu fonder une Église parallèle avec une hiérarchie parallèle et des évêques parallèles.
C’est pour cela que Mgr Lefebvre insistait beaucoup sur le fait que les évêques qu’il avait consacrés étaient destinés simplement à conférer les sacrements que seul un évêque peut donner, la confirmation et le sacerdoce, mais non à gouverner, non à créer des diocèses à la place d’autres diocèses.
Et d’ailleurs, cette position défendue par le cardinal Castrillón Hoyos a beaucoup influencé celle du pape Benoît XVI. En 2009, Benoît XVI rappelait que la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X dépendait de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, c’est-à-dire d’une congrégation qui règle les problèmes internes à l’Église catholique et non pas du Conseil pontifical pour l’Œcuménisme, qui traite avec les religions non catholiques ou les communautés séparées. Si nous étions schismatiques, comme certains le disent, nous ne dépendrions pas de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.
Aujourd’hui encore, le problème qui se pose avec les sacres se traite avec le cardinal Víctor Manuel Fernández, qui est chargé de s’occuper de cette question et c’est là tout le paradoxe. Quand on prêche une Église ouverte, charitable, miséricordieuse, on nous ressort l’épouvantail de l’excommunication, parce que je crois qu’aujourd’hui, dans toute l’Église catholique, il n’y a plus guère que chez les traditionalistes que cela puisse encore faire peur à certains, les autres, cela leur est complètement égal.
Or le cardinal Fernández, avant d’être nommé à Rome par le pape François, était archevêque de La Plata, en Argentine, il était connu pour ses déclarations et ses écrits. Dans ces écrits, il expliquait qu’aujourd’hui l’Église ne condamne plus, l’Église n’exclut plus et il comparait cela à l’Église d’autrefois, celle d’avant Vatican II. Il disait : « Mais qu’était donc cette Église qui se permettait de juger, d’empêcher des gens de communier, de refuser l’absolution à certaines personnes ? » Pour lui, c’était scandaleux. Dans un texte, il allait même jusqu’à comparer cela à une sorte de Gestapo.
Et c’est le même homme qui, aujourd’hui, agite l’épouvantail de l’excommunication et menace de schisme. C’est risible, si ce n’était pas si grave, ce serait risible. Et je passe sur les accusations concernant sa gestion, lorsqu’il était en Argentine, de problèmes extrêmement graves de mœurs dans son diocèse. C’est une affaire publique, mais je n’en dirai pas davantage.
Déjà exclus dans les faits
Donc, voyez, il ne faut pas se moquer du monde, nous devons garder confiance. Voyez, ce que nous faisons, ce n’est rien d’autre que ce qu’a fait Mgr Lefebvre en 1988 et même, je dirais, c’est presque plus sage encore. Quand Mgr Lefebvre a procédé aux sacres de 1988, il a nommé quatre évêques, quatre évêques qui étaient des prêtres ayant relativement peu d’années de sacerdoce, cinq ou six ans, et l’on ne savait pas encore comment pourrait se mettre en place cette situation paradoxale d’évêques qui, n’ayant pas de juridiction propre, parcourraient le monde pour donner la confirmation et le sacerdoce là où la Tradition en aurait besoin.
Tandis que maintenant, ceux qui ont été choisis pour être sacrés évêques ont parfois vingt ans de sacerdoce, ils ont occupé des postes importants dans la Fraternité, parfois même très importants, et surtout, nous savons désormais, après près de quarante ans, comment a fonctionné ce rôle des évêques. Vous l’avez vu vous-mêmes, vous savez ce que c’est, et vous voyez que cela fonctionne très bien et que cela ne constitue absolument pas une Église parallèle, une Église schismatique.
Alors, on veut nous interdire les sacrements ? On veut nous interdire… mais c’est déjà fait ! C’est déjà fait depuis longtemps ! Le pape François a interdit que les sacrements soient célébrés selon le rite traditionnel dans de nombreux endroits, pour tous les sacrements, alors même que son prédécesseur, le pape Benoît XVI, avait rappelé clairement que tout prêtre a le droit de célébrer la messe traditionnelle et que les fidèles ont le droit de recevoir les sacrements dans le rite traditionnel.
Alors un pape peut-il contredire un autre pape ? Que dira le prochain ? Et que dira celui qui viendra après lui ?
Aujourd’hui, dans les faits, nous sommes déjà excommuniés. Vous allez quelque part, vous voulez dire la messe, on vous demande :
— « Vous êtes d’où ? »
— « Je suis de la Fraternité Saint-Pie X. »
— « Ah non ! Vous ne pouvez pas. »
Vous êtes fidèle, vous souhaitez communier à genoux et sur la langue, comme le faisaient vos parents et vos grands-parents, et l’on vous répond :
— « Ah non, non, non ! Ici, on communie debout et dans la main. »
Et l’on refuse la communion à certaines personnes, on refuse les sacrements selon le rite traditionnel, tout cela existe déjà. On refuse de donner les sacrements dans le rite traditionnel donc, dans les faits, on exclut déjà les gens, or on ne peut pas interdire à des personnes de réclamer les sacrements dans le rite de leurs ancêtres, dans ces rites qui ont conservé la foi.
Ils ne purent rien faire
Donc, mes frères, ne nous tracassons pas, la caravane passera, il y aura sans doute des aboiements, mais elle passera.
N’oubliez pas, bien chers frères, que Notre-Seigneur lui-même, lorsqu’il était à Nazareth, est venu prêcher, on l’a écouté, puis les gens de sa ville ont voulu le précipiter du haut d’une colline. Pourquoi ? Parce que Jésus leur avait reproché de ne pas écouter la parole de Dieu, ils ont donc voulu le jeter du haut de cette colline. Et l’évangéliste saint Luc nous dit simplement que Jésus passa au milieu d’eux et s’en alla, ils ne purent rien faire.
Et saint Jean nous rapporte qu’un jour, alors que Jésus se trouvait dans le Temple de Jérusalem, les pharisiens lui disaient : « Mais pour qui te prends-tu ? » Et Jésus répondait : « Avant qu’Abraham fût, Je suis. » C’est-à-dire qu’il se déclarait Dieu. Alors ils furent remplis de fureur, ils prirent des pierres, ils voulurent le lapider et saint Jean nous dit que Jésus sortit du Temple et s’en alla, ils ne purent rien faire.
Quand Dieu est avec nous, qui sera contre nous ?
Et n’oubliez pas non plus ce très bel évangile de la guérison de l’aveugle-né, Jésus guérit cet homme alors les autorités de la synagogue l’interrogent : « Qui t’a fait cela ? Comment cela s’est-il produit ? » Puis elles interrogent ses parents. Les parents sentent bien que la situation devient dangereuse, ils répondent : « Nous savons qu’il était aveugle de naissance. Mais comment il a retrouvé la vue, nous ne le savons pas. »
Et saint Jean ajoute cette remarque : Ses parents parlaient ainsi parce qu’ils avaient peur. Pourquoi ? Parce que toute personne qui adhérait à Jésus-Christ était exclue de la synagogue. Exclue de la synagogue, c’est-à-dire, en quelque sorte, excommuniée. Ceux qui reconnaissaient Jésus-Christ n’avaient plus le droit d’assister aux offices dans les synagogues, ils étaient exclus. Ils étaient déjà, d’une certaine manière, excommuniés, n’oubliez jamais cela.
Je terminerai là-dessus, bien chers frères. Sainte Jeanne d’Arc a été jugée par l’Église, elle a été brûlée et vous savez que, dans ses derniers instants, elle demandait qu’on lui apporte un crucifix, elle regardait ce crucifix, elle invoquait le saint nom de Jésus pour venir à son secours et l’aider dans cette terrible souffrance. Et sur sa tête, elle portait une mitre. Sur cette mitre étaient écrits ces mots : « Sorcière, hérétique, schismatique, excommuniée. »
Et aujourd’hui ? Aujourd’hui, l’Église vénère sainte Jeanne d’Arc non seulement comme une sainte, mais encore comme la patronne de la France.
Alors, bien chers frères, gardons confiance.
Abbé Denis Puga
Source : Eglise Saint-Nicolas-du-Chardonnet
(1) Lire aussi sur les diverses prises de position à propos des futurs sacres dans la FSSPX :
– A propos des futurs sacres dans la FSSPX : « Avec ou sans mandat « , par l’abbé Jean-Michel GLEIZE
– Dans un communiqué du 2 févier 2026 la Maison Générale de la FSSPX annonce de futurs sacres.
– Mgr Viganò, archevêque, réagit à l’annonce des futurs sacres décidés par les autorités de la FSSPX auxquelles il apporte son plein soutien.
– Les sacres de la FSSPX, une réjouissance, par Mgr Thomas d’Aquin, OSB.
– Futurs sacres : les contacts se poursuivent entre la FSSPX et le Vatican
– Mgr Bernard Fellay s’exprime sur les raisons des futurs sacres épiscopaux avec ou sans mandat de Rome.
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