
« Nous ne pouvons plus nous taire. »
À l’aube de l’événement historique du 1er juillet prochain où quatre nouveaux évêques seront sacrés (1) à Écône pour la Fraternité Saint-Pie X, MPI vous propose la lecture de quelques extraits de l’homélie d’un prêtre diocésain français (2) qui prend fait et cause pour cette « nouvelle opération survie ».
Merci à lui pour son courage et à la rédaction de « La Lettre à nos frères prêtres » qui a eu l’excellente idée de publier ces extraits.
Extraits de l’homélie d’un prêtre diocésain français, prononcé le 10 mai 2026, en la solennité de sainte Jeanne d’Arc.
Voici la présentation qu’il en fait à ses fidèles :
« Je justifie les sacres de la Fraternité Saint-Pie X le 1er juillet prochain. J’explique certaines subtilités du droit canonique qui excusent certains faits. L’état de nécessité est dûment prouvé par la situation catastrophique de l’Église. (…) La Fraternité Saint-Pie X ne demande aucune juridiction, juste de quoi transmettre la potestas sacra pour le salut des âmes. Cela pique un peu, mais nous ne pouvons plus nous taire, au risque de nous rendre coupables de complicité avec l’autodestruction de l’Église !
Jésus avertit avec le prophète : « Le coeur de ce peuple s’est alourdi ; ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouché les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur coeur ne comprenne, qu’ils ne se convertissent » (Mt 13, 15, citant Is 6, 9-10 ; cf. Jr 5, 21). Nos hiérarques, aveuglés par l’idéologie, refusent de voir la réalité en face et de s’ouvrir aux arguments parfaitement justifiés de la Fraternité Saint-Pie X.
Ne choisissez pas les canons qui vous arrangent !
Si le Code de droit canonique prévoit qu’un mandat pontifical est requis pour consacrer (« ordonner ») un évêque (CIC 1013), et que la peine encourue (CIC 1382) serait l’excommunication latæ sententiæ, pourquoi avoir déjà préparé la censure ou punition ferendæ sententiæ, calquée sur celle du 1er juillet 1988 ?
Le même Code est plus mesuré et compréhensif, si du moins l’on voulait (CIC 1323) : « N’est punissable d’aucune peine la personne qui, lorsqu’elle a violé une loi ou un précepte : 4e a agi forcée par une crainte grave, même si elle ne l’était que relativement, ou bien poussée par la nécessité, ou pour éviter un grave inconvénient, à moins cependant que l’acte ne soit intrinsèquement mauvais ou qu’il ne porte préjudice aux âmes (…) ; 7e a cru que se présentait une des circonstances prévues aux numéros 4 ou 5 ».
Le CIC 1324 invite à la modération dans les cas cités, à infliger plutôt une pénitence qu’à excommunier. Et surtout, pourquoi deux poids, deux mesures ? En Chine, les accords secrets de 2018 avec le Saint-Siège, renouvelés plusieurs fois et valables jusqu’en 2028, sont en réalité une capitulation totale de l’Église face à la politique du fait accompli des communistes. La comparaison avec les communiqués est révélatrice : jamais le gouvernement chinois ne mentionne le Pape, et il s’évertue même à montrer l’antériorité de leur « élection » sur une éventuelle approbation du Saint-Siège, où le Pape perd toute autonomie. L’Église a gommé les archevêques, car le Parti communiste chinois veut l’égalité entre tous les évêques. Pourquoi ne sont-ils pas excommuniés, puisque le Pape n’a pas eu son mot à dire ?
Les évêques du monde communiste n’ont-ils pas été contraints à sacrer des successeurs, vu l’état d’exception qu’ils connaissaient ? Rien qu’en Tchécoslovaquie, une dizaine d’évêques ont ordonné 300 prêtres environ (non sans abus, d’ailleurs !).
À propos de « l’état de nécessité »
Le délabrement du catholicisme en France
Voici les chiffres de l’INSEE, peu susceptible de complaisance envers les disciples de Mgr Lefebvre. En 2019-2020, 51 % de la population s’était déclarée sans religion (+ 8 points pour les 48-59 ans par rapport à 2008-2009). Les immigrés sont deux fois plus souvent affiliés à une religion (81 %). Le catholicisme n’est plus revendiqué que par 29 % (10 % pour l’Islam et 9 % pour les autres chrétiens).
C’est la religion avec le moins de pratique : seuls 8 % des catholiques fréquentent régulièrement un lieu de culte, contre un peu plus de 20 % pour les autres chrétiens, les musulmans et les bouddhistes, et 34 % pour les juifs. La transmission religieuse est faible chez nous : 67 % chez les catholiques, contre 91 % chez les musulmans.
Selon l’IFOP pour Bayard-La Croix, en 2025, seuls 5, 5 % des adultes (environ trois millions sept cent mille personnes), vont à la messe au moins une fois par mois. Parmi eux, les messalisants hebdomadaires ne sont que 1, 5 %. La moitié d’entre eux seulement se confesse ! Entre 2006 et 2021, la pratique hebdomadaire a été divisée par trois : de 5 % à 1, 5 %.
L’étiolement continu du clergé
La Conférence des évêques de France indique qu’en 2023, 12 019 prêtres exerçaient en France, dont environ 5 000 prêtres de moins de 75 ans. Parmi eux, 30 % déjà sont étrangers, car le grand remplacement concerne encore plus le clergé catholique que la population française. L’annuaire diocésain de XXX en 2025 donnait 38 prêtres français de moins de 75 ans travaillant réellement dans le diocèse, mais 17 prêtres étrangers, soit 30 % (moyenne générale française). Les néocolonialistes pillent les vocations africaines plutôt que de nous [les prêtres attachés à la Tradition] donner une place.
Entre 2000 et 2017, le nombre de séminaristes a baissé de 31 % (de 976 à 667). Face à cette débandade, on ment par un tour de passe-passe, incluant désormais la communauté Saint-Martin, qui représente un séminariste sur six (de 109 prêtres et diacres en 2019 à 208 en 2026, et une centaine de séminaristes).
Longtemps rejetés car portant la soutane et vivant en communauté, c’est la nouvelle mode actuelle après l’illusion charismatique (Béatitudes, Verbe de Vie, Emmanuel). Combien de temps encore avant que l’Église n’ouvre les yeux et daigne faire appel aux prêtres de la Tradition ?
La communauté Saint-Martin n’est pas critique sur Vatican II, refusant d’aller jusqu’à la racine du problème. Elle rejette la messe traditionnelle, prétendant défendre comme Solesmes le rite Paul VI latin qu’ils n’utilisent pourtant de facto qu’au séminaire d’Évron (diocèse de Laval). Par ailleurs, elle est sous visite apostolique pour éclairer les pratiques de son fondateur.
Sont même comptés les séminaristes ex-Ecclesia Dei, dont la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre (417 prêtres et diacres, 162 séminaristes) ou l’Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre. Même en trichant en 2018, on perd 18 % (828 à 679 en 2023), malgré un quart d’étrangers. À XXX, nous étions 19 séminaristes en 2002 (tous ne furent pas ordonnés), aujourd’hui il en reste un seul !
Pouvons-nous dès lors vraiment nous passer des 733 prêtres de la Fraternité Saint-Pie X (nombre à la Toussaint 2025), de 47 ans de moyenne d’âge, et de leurs 264 séminaristes (au 1er novembre 2025) ?
Les évêques auxiliaires de la Fraternité Saint-Pie X
Quoi qu’il arrive, la Fraternité Saint-Pie X sacrera seulement quatre évêques. Le même nombre qu’en 1988, alors que le nombre de leurs fidèles, prêtres, apostolats, a explosé en 38 ans. Eux font grandement preuve de mesure, puisqu’il en faudrait sans doute le triple pour couvrir le monde entier raisonnablement.
La Fraternité Saint-Pie X n’a plus que deux évêques qui ont chacun le soin des âmes de 300 000 fidèles jeunes et dynamiques ! Les pauvres Mgr de Galarreta et Mgr Fellay (69 et 68 ans) ordonnent dans 6 séminaires, confirment dans 131 prieurés et 447 lieux de messe dans le monde entier. Ils voyagent sans cesse pour administrer les sacrements !
Conclusion : Silere non possumus (nous ne pouvons plus nous taire) !
La Fraternité Saint-Pie X ne sauvera pas l’Église, qui n’est sauvée que par le Christ. « Cependant, le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Lc 18, 8). Resterons-nous les bras ballants ? Dieu nous invite à faire ce que nous pouvons et à demander ce que nous ne pouvons pas (DS 1536, VIe session sur la justification, chapitre 11, du concile de Trente). Et faire ce que nous pouvons, n’est-ce pas contribuer chacun à son niveau, avec les grâces reçues de Dieu, à sauver les âmes dans et par l’Église ? Les fidèles ont droit aux sacrements et les pasteurs ont le devoir de les leur fournir.
Source : Lettre à nos frères prêtres n° 110 de Juin 2026
(1) Lire aussi sur les diverses prises de position à propos des futurs sacres dans la FSSPX :
– A propos des futurs sacres dans la FSSPX : « Avec ou sans mandat « , par l’abbé Jean-Michel GLEIZE
– Dans un communiqué du 2 févier 2026 la Maison Générale de la FSSPX annonce de futurs sacres.
– Mgr Viganò, archevêque, réagit à l’annonce des futurs sacres décidés par les autorités de la FSSPX auxquelles il apporte son plein soutien.
– Les sacres de la FSSPX, une réjouissance, par Mgr Thomas d’Aquin, OSB.
– Futurs sacres : les contacts se poursuivent entre la FSSPX et le Vatican
– Mgr Bernard Fellay s’exprime sur les raisons des futurs sacres épiscopaux avec ou sans mandat de Rome.
– Le district de France de la FSSPX fait lire un « mandement » lors des messes dominicales suite à l’annonce des futurs sacres épiscopaux.
– Réponse de la Fraternité à Rome : impossible de se mettre d’accord doctrinalement et maintien de la date du 1er juillet pour sacrer des évêques.
– Communiqué des instituts Ecclesia Dei ou la tentation sado-masochiste !
– Sacres de la FSSPX : le Père Louis-Marie de Blignières et l’usurpation intellectuelle
– Le cardinal Sarah appelle à l’unité suite à l’annonce par la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X de procéder à des ordinations épiscopales sans mandat pontifical.
– L’abbé Jaime Mercant Simó, prêtre diocésain de Majorque, déclare à propos des futurs sacres de la FSSPX : « ni schisme ni péché ».
– Mgr Athanasius Schneider exhorte le pape Léon XIV à établir un pont entre Rome et la FSSPX
– Un avis circonstancié depuis la Nouvelle Calédonie sur les futurs sacres résumé par ce titre : « Ils arrivent » !
– Mgr Athanasius Schneider affirme que les consécrations épiscopales de la FSSPX ne seront en aucun cas schismatiques.
– Mgr Schneider réaffirme que les consécrations épiscopales de la FSSPX ne sont absolument pas schismatiques et espère la future canonisation de Mgr Lefebvre.
– Sacres sans mandat : une “échappatoire dialectique” ? par l’abbé Michel Morille (FSSPX)
– Qui déchire la tunique du Christ ? Entretien avec le Supérieur de la Fraternité Saint-Pie X
– Revue Fideliter n° 290 – Demain les sacres
– La FSSPX, les sacres : le point de vue d’un père de famille, Thibaut Marqueyrol, par Romanus
– Les sacres ou la morale : que reproche-t-on à la FSSPX ?, par Nicolas Moulin
– Peut-on ignorer l’état de nécessité dans l’Église ?, par M. l’abbé Alain Lorans, FSSPX.
– Prière pour les futurs évêques de la FSSPX à réciter du 8 mai au 1er juillet 2026.
– Une étude du RP Joseph d’Avallon, OFM cap. : « Un précédent aux sacres de la FSSPX, les sacres du 2 avril 1977 par le cardinal Slipyj ».
– État de nécessité et salut des âmes : les raisons dirimantes pour lesquelles les sacres de la FSSPX sont pleinement justifiés, par Rastignac.
– Le double étalon ecclésiadéiste : silence sur les scandales de Rome, vitupérations contre les sacres d’Écône.
– Le Vatican publie un communiqué déclarant les futurs sacres annoncés par la FSSPX comme étant « un acte schismatique » et « entraînant l’excommunication ».
– Déclaration de foi catholique adressée au pape Léon XIV par Don Davide Pagliarani, Supérieur Général de la FSSPX.
– Demain, l’excommunication !, par Gilles COLROY
– Les Dominicains d’Avrillé saluent l’annonce des futurs sacres d’évêques malgré le « non placet » du Vatican.
– À propos de la déclaration du 13 mai du cardinal Fernandez, par l’abbé Jean-Michel Gleize
– Mgr Schneider : « si le Pape les excommunie ce sera une immense erreur de rigidité pastorale et de sévérité unilatérale envers la Tradition dans l’Église ».
– L’auto-excommunication de l’autorité déviante selon Mgr Lefebvre.
– Sacres FSSPX – « Aucune autorité ne peut nous contraindre à abandonner ou à diminuer notre foi. »
– La Maison générale de la FSSPX annonce les noms des quatre futurs évêques.
(2) Chacun comprendra que nous tenions confidentiel le nom de ce prêtre qui serait immédiatement sanctionné par ses « supérieurs conciliaires »…
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