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Il y a des jours où la justice de ce pays offre, sans même s’en rendre compte, le tableau exact de sa décomposition morale. Le 22 mai 2026, le tribunal correctionnel de Montargis condamnait le youtubeur GabMorrison — Gabriel Facerias — à cinq ans de prison ferme, mandat de dépôt claqué à l’audience. Il a été condamné pour des guets-apens organisés via le site Coco, des tabassages à la barre de fer et des vols, avec une quarantaine de victimes. On se demande d’ailleurs pourquoi l’enquête ne s’est pas concentrée sur le fameux site coco mais plutôt sur le justicier…cherchez l’erreur…
Car voilà une machine judiciaire qui sait, quand elle le veut, frapper vite, fort et ferme. Retenons bien la démonstration : cinq ans fermes, incarcération immédiate. Souvenons-nous-en à chaque ligne de ce qui suit. Parce que cette même machine, dès qu’il s’agit de violeurs d’enfants, se découvre soudain des trésors de mansuétude, une inventivité juridique sans limites, une tendresse de bon aloi. Ce n’est plus de la légende : ce sont des dates, des jugements, des sources.
Cinq ans — mais avec sursis, pour le viol d’une fillette de quatre ans
Le 12 décembre 2023, la cour d’assises des mineurs de l’Aude jugeait un homme de vingt et un ans pour le viol et l’agression sexuelle d’une fillette de quatre ans. Reconnu coupable. Condamné à cinq années de prison — avec sursis. Pas un jour ferme. Un suivi socio-judiciaire, et rentrez chez vous. Que le lecteur pose côte à côte les deux plateaux : cinq ans fermes pour des rendez-vous piégés sur un site de rencontres ; cinq ans de sursis pour le viol d’une enfant de quatre ans. Voilà la balance de la République. Voilà son idée de la proportion.
Isolé, l’exemple ? Que nenni. Devant le tribunal d’Évry, une femme prénommée Karine racontait sa détresse après la condamnation de son violeur : jugé pour deux viols et une agression sexuelle en récidive, l’homme avait écopé de six ans dont quatre de sursis probatoire, et ressortait libre. Motif retenu par la cour : sa « situation familiale » et son « insertion professionnelle ». Traduisons : il a un emploi et un enfant, donc dehors. La respectabilité sociale du violeur pèse, sur cette balance, plus lourd que la chair déchirée de ses victimes.
Sept ans pour viol — et pourtant libre le soir même
Le 24 mai 2025, en Saône-et-Loire, la cour criminelle départementale condamnait un homme à sept ans de prison pour viol. Sept ans : le chiffre sonne ferme. Sauf que la cour s’est bien gardée de prononcer le moindre mandat de dépôt. L’intéressé, de nationalité étrangère, est donc rentré dormir chez lui, libre, dans l’attente de son appel — laissant la société exposée, comme le releva une question écrite déposée au Palais-Bourbon, au double risque de la récidive et de la fuite. Sept ans pour viol et l’on garde ses clés de maison ; cinq ans pour des guets-apens et l’on part les poignets liés. Cherchez encore la cohérence : vous ne la trouverez pas, car il n’y en a pas.
L’art consommé de rouvrir les portes
Le 12 mai 2026, le centre pénitentiaire de Caen relâchait un pédocriminel récidiviste après vingt et un ans de détention. L’homme, soixante-treize ans, avait été condamné une première fois en 2007 à dix-huit ans de réclusion pour viols et agressions sexuelles aggravées, puis une seconde fois en 2018 à trente ans, assortis d’une peine de sûreté de vingt ans, pour les mêmes faits en récidive. Sur le papier, la société était protégée jusqu’en 2038. Sur le papier seulement. Car il existe une invention merveilleuse, la confusion des peines, qui permet à un homme condamné deux fois de ne purger qu’une seule addition — et le voilà libre avec neuf ans d’avance. Détail exquis : l’une de ses victimes, violée entre cinq et sept ans, vit à Rennes, là précisément où l’administration a jugé bon de le domicilier. « J’ai l’honneur de vous annoncer que votre violeur sort. C’est quoi la justice de mon pays ? », résumait-elle. La question mérite d’être gravée au fronton des tribunaux.
Et ce ne sont pas des cas de laboratoire. À Arras, un délinquant sexuel déjà condamné quatre fois pour agression sexuelle, libéré du centre de détention de Bapaume en décembre après douze ans, était de nouveau interpellé dès février pour l’agression d’un mineur de quatorze ans — un enfant qu’il avait, selon les enquêteurs, déjà violé des années plus tôt, quand il n’était qu’un petit garçon. Voilà l’œuvre concrète d’une justice qui libère avant de protéger, qui compte les années de détention comme un boutiquier ses centimes, et qui découvre les récidives dans les faits divers.
Le laxisme érigé en doctrine
Que l’on ne s’y trompe pas : ce déséquilibre n’a rien du hasard. Il est le fruit d’un climat, d’une idéologie. Le 17 juillet 2025, quand l’Assemblée nationale examina l’instauration de la réclusion à perpétuité pour les auteurs de viols en série sur mineurs de quinze ans, les députés commencèrent par la rejeter — obligeant le gouvernement à réclamer une seconde délibération pour sauver la face. Sur les bancs, on entendit doctement qu’aggraver les peines « ne sert strictement à rien », qu’il s’agissait d’une « mesure symbolique », qu’il valait mieux « casser la culture du patriarcat ». Pendant que l’on disserte sur les structures sociales, on relâche les prédateurs bien concrets. Et l’on s’étonnera ensuite que les victimes de violences sexuelles ne portent plainte que dans un cas sur quatre : elles ont simplement compris à quoi rime cette justice.
L’État proxénète malgré lui : le scandale de l’Aide sociale à l’enfance
Il est un domaine où l’abandon des enfants par la puissance publique dépasse l’entendement. L’avocat marseillais Michel Amas, que La Croix elle-même place en première ligne du combat, a lancé des procédures contre sept départements et martèle un chiffre : environ quinze mille mineurs placés à l’Aide sociale à l’enfance, essentiellement des jeunes filles, seraient happés par la prostitution. Son constat, formulé sur France Inter en décembre 2025, est d’une brutalité clinique : « Depuis deux ans, il y a une pandémie pure et simple de prostitution. » Les proxénètes, dit-il, ont trouvé la faille : des foyers ouverts, sans encadrement, « des viviers à prostituées » où l’on entre et sort à sa guise. Onze milliards d’euros de budget, et soixante-deux postes seulement dédiés au contrôle.
Amas résume l’infamie d’une phrase que l’on devrait faire lire à chaque magistrat, à chaque président de département : l’État « protège parfois moins bien certains enfants que les familles dont il les a retirés ». Voilà le mot lâché. On arrache des enfants à leurs parents au nom de leur protection, pour les livrer aux réseaux. Et le ministère de la Justice, l’avocat l’affirme, a été alerté, a reçu les dossiers, connaît les plateformes utilisées pour prostituer ces mineurs — et n’a rien fait. « Pas de son, pas d’image. » L’inertie, ici, n’est plus une négligence : c’est une complicité passive, celle d’un appareil d’État qui sait et qui laisse faire.
Karl Zéro et la thèse de l’omerta
Faut-il aller plus loin et parler d’une véritable collusion ? Nous ne le ferons pas de notre propre autorité, car la justice serait là aussi implacable – il nous faut donc nous taire… – et car nous n’avons entre les mains que des jugements, des libérations et des inerties — un faisceau accablant, mais qui prouve le laxisme, non l’entente concertée. En revanche, un homme le soutient, depuis des années, dossiers à l’appui : le journaliste Karl Zéro. Reconverti de longue date dans l’enquête sur la pédocriminalité, ancienne figure de Nulle part ailleurs et du Vrai Journal, il préside aujourd’hui l’association Justice pour les enfants et affirme sans détour que les réseaux pédocriminels bénéficient d’une protection venue d’en haut. Son documentaire 1 sur 5, sorti en octobre 2021 et vu par un large public, met en cause l’institution judiciaire à travers les témoignages de victimes assurant avoir été discréditées par des magistrats. Sa thèse tient en une phrase : dans un monde tout petit où les élites « se connaissent et se soutiennent », les affaires s’étouffent, et le changement ne viendra jamais que du peuple.
Zéro pointe des faits que nul ne conteste sérieusement : les non-lieux accordés à des agresseurs présumés, le sort réservé aux mères lanceuses d’alerte, l’insuffisance chronique des peines, et les dérives des foyers de l’ASE — ce dernier point rejoignant très exactement le réquisitoire de Me Amas. Sur ce terrain-là, il documente ce que ce présent article documente aussi.
Retenons ceci : quand un journaliste chevronné consacre une décennie de sa vie à répéter que la justice protège les prédateurs plutôt que les enfants, et qu’à ses côtés un avocat pénaliste attaque sept départements pour les mêmes raisons, il devient difficile de tout balayer d’un revers de main en criant au fantasme.
L’affaire Epstein, ou l’impunité des puissants
Levons enfin les yeux vers le sommet, là où l’indulgence atteint des altitudes vertigineuses. Jeffrey Epstein est mort en prison en 2019, un mois après son arrestation pour trafic sexuel. Sa complice, Ghislaine Maxwell, purge vingt ans. Et ensuite ? Ensuite, plus rien. Le ministère de la Justice américain a déversé, en 2025 et 2026, plus de trois millions de pages, deux mille vidéos, cent quatre-vingt mille images — et, à ce jour, aucune nouvelle inculpation sur le volet des abus sexuels aux États-Unis. Aucun associé d’Epstein, hors Maxwell, n’a été mis en cause. Mieux : le ministère a retenu deux millions et demi de pages supplémentaires, invoquant la protection des victimes — pendant que les victimes, précisément, dénoncent la protection des puissants. On rappellera qu’en 2007, les procureurs fédéraux disposaient déjà d’un projet d’inculpation de soixante chefs, qu’ils échangèrent contre un accord de non-poursuite offrant à Epstein treize petits mois dans une prison d’État. Treize mois, pour un homme dont l’administration américaine reconnaît elle-même qu’il « a fait plus de mille victimes ».
Et c’est ici que la France retrouve sa place dans le tableau. Car parmi les correspondants d’Epstein figure un nom bien de chez nous : Jack Lang. Les documents publiés par la justice américaine ont révélé des échanges entre l’ancien ministre de la Culture de Mitterrand et le financier, de manière intermittente entre 2012 et 2019. Une enquête préliminaire a été ouverte en France ; Lang a démissionné de la présidence de l’Institut du monde arabe ; il nie tout, dit accueillir l’enquête « avec sérénité et même soulagement », et proclame les accusations « sans fondement ». Nous prenons acte de ses dénégations, car la présomption d’innocence n’est pas un vain mot — même pour ceux qui n’en ont guère fait bénéficier les autres.
Mais l’on nous permettra une mémoire longue. Ce même Jack Lang fut, en janvier 1977, l’un des signataires de la fameuse tribune publiée dans Le Monde aux côtés de Sartre, Beauvoir, Barthes, Aragon, Deleuze, Matzneff et quelques autres gloires — un texte réclamant l’indulgence pour trois hommes jugés pour attentats à la pudeur sur des enfants de douze et treize ans, et prônant l’allègement du dispositif pénal encadrant les rapports « entre adultes et enfants ». Le même se retrouve, un demi-siècle plus tard, à devoir s’expliquer sur ses courriers à Jeffrey Epstein.
Et concernant Jack Lang, nous n’oubions pas les accusations de pédophilie portées contre lui par le vaillant et courageux Roher Holeindre, qui ne fut jamais poursuivi.
Une balance qui penche toujours du même côté
Voici donc le bilan. D’un côté, une justice capable de frapper net — cinq ans fermes, mandat de dépôt — dès qu’il s’agit d’un youtubeur des quartiers. De l’autre, la même justice qui multiplie les sursis pour les violeurs d’enfants, les non-mandats de dépôt, les confusions de peines qui vident les condamnations de leur substance, les accords de non-poursuite pour les puissants ; un État qui livre à la prostitution les mineurs qu’il prétend protéger, et qui reçoit les dossiers sans jamais agir.
Nous affirmons ceci, qui se passe de toute théorie parce qu’il est prouvé pièce par pièce : notre justice a établi une hiérarchie des indignations. Elle protège la respectabilité des grands mieux que l’innocence des petits. Elle a le bras long pour le faible et la main tendre pour le fort. La balance de Thémis a un fléau, dit-on ; encore faudrait-il qu’il cessât de pencher, avec cette constance qui n’est plus de la négligence, toujours du même côté.
Et pour ma part je crie : « félicitation GabMorrison, tu mérites les honneurs du pays ! »
Xavier Celtillos
Sources
- « GabMorrison condamné à cinq ans de prison : sa « chasse aux pédophiles » cachait de violents guets-apens », Revolution Magazine (condamnation du 22 mai 2026, tribunal correctionnel de Montargis).
- « GabMorrison condamné : chasse aux pédophiles ou vols et lynchages organisés ? », Breizh-Info, 4 août 2026.
- « De la prison avec sursis pour le viol d’une enfant de 4 ans », Révolution Permanente (cour d’assises des mineurs de l’Aude, 12 décembre 2023).
- Proposition de loi n° 429, Assemblée nationale, 2 novembre 2022 (affaire « Karine », tribunal d’Évry / cour d’assises de l’Essonne).
- Question écrite n° 8568, Assemblée nationale, 17ᵉ législature (viol jugé le 24 mai 2025 en Saône-et-Loire, sans mandat de dépôt).
- « À Caen, la remise en liberté d’un pédocriminel récidiviste, 9 ans avant le terme de sa peine de 30 ans de réclusion », ICI (ex-France Bleu), 12 mai 2026.
- « Un pédocriminel multirécidiviste, libéré 8 ans après sa condamnation, sera logé près de sa victime », Europe 1, 12 mai 2026.
- « Arras : un pédophile récidive à peine sorti de prison » (agression de décembre / interpellation de février, d’après La Voix du Nord).
- « Viols sériels sur mineurs : la perpétuité rejetée lors d’un vote à l’Assemblée », LCP – Assemblée nationale, 17 juillet 2025.
- « Aide sociale à l’enfance : « Il y a une pandémie pure et simple de prostitution », dénonce l’avocat Michel Amas », franceinfo, 11 décembre 2025.
- « Contre le scandale de la prostitution des mineures, Michel Amas, un avocat en première ligne », La Croix, 2 mai 2026.
- « Michel Amas, avocat : « L’Aide sociale à l’enfance ne protège plus les enfants » », Le JDD, 1er juillet 2026.
- « Why have there been no arrests from the Epstein files? », NPR, 3 avril 2026.
- « DOJ defends decision to withhold millions of Epstein documents », The Spokesman-Review, 2 juillet 2026.
- « January 30, 2026 — DOJ releases millions of pages of documents in Epstein investigation », CNN Politics (projet d’inculpation de 2007, accord de non-poursuite).
- « Former French minister Lang resigns from Arab World Institute over Epstein ties » (correspondance 2012-2019, enquête préliminaire, dénégations de Jack Lang).
- « Jack Lang à propos d’une tribune pour décriminaliser la pédophilie : « C’était une connerie » », Europe 1, janvier 2021.
- « Ces intellectuels français qui cosignaient une pétition pro-pédophilie », Tribune de Genève, 2 janvier 2020 (tribune du 26 janvier 1977, Le Monde).
- « In Memoriam – Roger Holeindre au sujet des pédophiles », medias-presse.info, 30 janvier 2020.
- « On a regardé « 1 sur 5 », le docu de Karl Zéro qui agite la thèse des élites pédocriminelles », Marianne (présentation de la thèse et de ses critiques).
- « VRAI OU FAKE. Les enquêtes douteuses de Karl Zéro sur la pédocriminalité », franceinfo, 15 mai 2023 (théories non prouvées sur les réseaux des hautes sphères).
- « Pédocriminalité : « Leur terreur, c’est que les gens descendent dans les rues pour ça » », FranceSoir, 2 novembre 2021 (entretien : élites qui « se connaissent et se soutiennent », association Justice pour les enfants, documentaire 1 sur 5).





