Monsieur l’abbé Franz Schmidberger, ancien Supérieur général de la FSSPX, a produit un nouveau texte qui est un long plaidoyer en faveur d’un accord pratique entre la FSSPX et Rome. Cette question est discutée depuis 2009, date à laquelle Mgr Fellay, actuel Supérieur général, décida motu proprio de modifier l’orientation de sa congrégation sur cette question, malgré la décision très claire du chapitre qui l’avait réélu en 2006 en spécifiant que

les contacts qu’elle (FSSPX) entretient épisodiquement avec les autorités romaines ont pour seul but de les aider à se réapproprier la Tradition que l’Église ne peut renier sans perdre son identité, et non la recherche d’un avantage pour elle-même, ou d’arriver à un impossible “accord” purement pratique.

Depuis cette date, le monde traditionnel catholique se divise, sans que pour autant aucun accord n’ait été encore conclu. Le paroxysme de la crise semblait avoir atteint son sommet lors de la proposition d’un « document » doctrinal proposé à Rome par Mgr Fellay qui avalisait plus ou moins l’herméneutique de la réforme promue par le pape Benoit XVI.

Aujourd’hui le sujet semble de nouveau brûlant, puisque  – pour la seconde fois – l’ancien Supérieur général, l’abbé Franz Schmidberger, prend fait et cause pour la réalisation d’un accord pratique et plus précisément pour l’obtention d’une prélature personnelle, dont on nous assure parfois par ailleurs qu’elle n’est plus à l’ordre du jour !

MPI vous propose ci-dessous une traduction assez littérale de ce texte du 19 février 2016 (envoyé aux prêtres allemands de la FSSPX) afin d’être certain de ne pas trahir la pensée de son auteur. Nul doute, pour qui connait les arcanes de la Maison Générale, que ce nouveau « ballon d’essai » a reçu le placet des plus hautes autorités de Menzingen.

Fidèles aux paroles et aux promesses des supérieurs, nous voudrions rappeler celles  de ce même abbé Schmidberger lors des funérailles du grand évêque Marcel Lefebvre :

Il a en effet formé une petite élite qui est à la disposition du Saint-Siège et des évêques; mais permettez-moi de préciser : elle est à leur disposition en excluant tout compromis et toute concession vis-à-vis  du concile Vatican II et des réformes qui en découlent. Tant que l’esprit de destruction soufflera dans les évêchés et dans les dicastères romains, il n’y aura aucune harmonisation ou accord possibles. Nous voulons travailler à la construction de l’Eglise et non pas à sa démolition.

Devant ces changements de pieds incessants qui sèment le trouble et la division, les lecteurs de MPI pourront relire les avertissements que lançait en 2009 Mgr de Galarreta, alors que le Supérieur général de la FSSPX envisageait de changer de discours et de ligne. Un avertissement qui est toujours d’actualité et qu’il est encore temps d’entendre !

Cela aurait des conséquences négatives énormes ad intra et ad extra. Il n’y a aucun changement au point de vue doctrinal de la part de Rome qui justifierait le nôtre. Bien au contraire, les discussions ont démontré qu’ils n’acceptent en rien nos critiques. Il serait absurde de notre part d’aller dans le sens d’un accord pratique après le résultat et les constatations des discussions, Ou alors il faudrait penser que Mgr Riffan et l’abbé Aulagnier avaient raison.

Une telle démarche manifesterait une grave faiblesse diplomatique, de la part de la Fraternité, et à vrai dire, plus que diplomatique. Il serait de cohérence, de droiture et de fermeté, qui auraient comme effets la perte de crédibilité et de l’autorité morale dont nous jouissons. Le simple fait de s’engager dans cette voie engendrera chez nous le doute, des disputes, méfiances, partis, et surtout la division.

Beaucoup de supérieurs et de prêtres auront un problème de conscience légitime et s’y opposeront. L’autorité et le principe même de l’autorité seront remis en question, minés.

Nous ne pouvons pas aller à la remorque dans nos contacts avec Rome, nous devons garder les commandes, marquer les temps et les conditions. Il nous faut donc une ligne définie à l’avance, claire et ferme, indépendante des sollicitations et des éventuelles manœuvres romaines.

En conséquence, ce n’est pas le moment de changer la décision du Chapitre de 2006 (pas d’accord pratique sans solution de la question doctrinale) et il n’est pas correct ni prudent de se lancer à préparer les esprits dans le sens contraire, avant qu’il n’y ait chez nous la conviction, le consensus et la décision de changer. Le contraire ne fait que provoquer la division et, par réaction, une guéguerre, l’anarchie.

A ceux qui voudraient reprocher à MPI ces rappels – et cette mise en perspective – et qui nous accusent de mal faire,  nous  disons :

« Si j’ai mal parlé, montre ce que j’ai dit de mal ? Mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? »(Jean, 18, 23)

Christian LASSALE

CONSIDÉRATIONS SUR L’ÉGLISE ET SUR LA PLACE DE LA FRATERNITÉ SACERDOTALE DE ST PIE X EN ELLE

I. L’Église est un secret. Elle est le secret du seul vrai Dieu, présent parmi nous, le Dieu Sauveur qui ne veut pas que le pécheur meure, mais qu’il se convertisse et vive. La conversion nécessite notre collaboration.

II. L’Église est infaillible dans sa nature divine ; mais elle est gérée par des hommes qui errent et peuvent en plus être encombrés de défauts. La charge du concerné doit être distingué de sa personne. Celle-ci occupe sa charge pendant un certain temps et puis s’en va, que ce soit par la mort ou par d’autres circonstances : la charge demeure. Aujourd’hui le pape François possède la charge papale avec le pouvoir de primat. À une heure que nous ne savons pas, il s’en ira et un autre pape sera élu. Mais tant qu’il occupera le Saint-Siège, nous le reconnaissons comme tel et prions pour lui. Nous ne disons pas que c’est un bon pape. Bien au contraire, il répand avec ses idées libérales et sa gestion de sa charge beaucoup de désarroi dans l’Église. Mais au moment ou le Christ instaura l’Église, Il prévoyait tout le lignage des papes à travers l’histoire entière de l’Église, même un pape François. Et néanmoins Il a permis que celui-ci monte sur le trône papal. De façon analogue le Seigneur a-t-il instauré le Saint-Sacrement de l’autel tout en prévoyant bien des sacrilèges au cours de l’histoire.

III. La Fraternité Sacerdotale St Pie X fut fondée en plein milieu de ces temps déconcertants par l’archevêque Mgr Lefebvre pour l’Église. Elle a vocation d’offrir à l’Église une nouvelle génération de prêtres, de conserver le vrai Saint Sacrifice de la messe et de proclamer le royaume de Jésus-Christ sur la société entière, justement en face de papes libéraux et princes de l’Église qui trahissent la Foi. Ainsi s’ensuivit inexorablement le conflit : la Fraternité fut exilé en 1975. Non seulement a-t-elle survécu à son exil, mais elle s’y est agrandie pour devenir pour beaucoup de gens un signe d’opposition à l’œuvre de destruction qui se poursuit en notre temps. Cette opposition se révéla tout particulièrement le 30 juin 1988 en le sacre, devenu nécessaire en vue de la situation interne, de quatre évêques nullius par Mgr Lefebvre.

IV. Toujours est-il que Mgr Lefebvre à continué après la condamnation de la Fraternité à chercher une solution en droit canonique pour elle et n’a même pas évité de chercher le dialogue avec les autorités romaines ; à cet effet c’était important pour lui de les inciter à prendre conscience et ainsi à rebrousser chemin. Il continua ces efforts même après avoir sacré les évêques, en dépit du fait qu’en tant que réaliste il eût peu d’espoir de succès. Se servant d’un argumentum ad hominem, il plaida qu’on lui permît de faire « l’expérience de la Tradition ». C’est-à-dire qu’il reconnaissait pleinement le fait que la Fraternité se trouve dans une situation d’exception, et ce nullement de sa propre faute, mais de celle de ses opposants. La situation en est restée ainsi jusqu’à l’an 2000. À partir de ce moment-là Rome s’est occupée d’un réglement, parfois mue par rouerie, parfois à dessein honnête, et ce en fonction de la personne du côté romain qui s’était saisi du problème.

V. Le déclin dramatique et continu de l’Église dès lors et l’évolution simultanée et persistante de la Fraternité amenèrent l’un ou l’autre cardinal ou évêque à une prise de conscience partielle ou complète, mais pas pour autant toujours ouvertement confessée. Rome elle-même rabattit petit à petit ses exigences, et dans les propositions les plus récentes il n’est plus question d’une reconnaissance soit du IIe concile du Vatican, soit de la légitimité du Novus Ordo Missæ. Ainsi semble être arrivé le bon moment pour régulariser la situation de la Fraternité, et ce pour plusieurs raisons :

1) Toute situation anormale tend de par sa nature vers la normalisation.

2) Ne perdons pas de vue le danger que des fidèles et certains confrères s’habituent à la situation anormale et considèrent celle-ci comme normale. L’objection ici et là à une participation à l’Année Sainte, tout comme le mépris total de l’attribution par le pape François de la juridiction ordinaire de confesser — ayant toujours fait état de la situation d’urgence, c’est de plein droit que nous en avons réclamé la juridiction extraordinaire — fait dresser l’oreille. Si des fidèles ou des confrères se sentent bien dans cet état de liberté en ce qui concerne la dépendance de la hiérarchie, alors cela laisse prévoir une perte du sensus ecclesiæ. Nous n’avons pas le droit d’argumenter : « Nous avons la doctrine saine, la messe véritable, nos séminaires et prieurés, et avant tout des évêques. Donc il ne nous manque rien. »

3) Nous avons bel et bien des sympathisants et même des amis parmi les évêques et cardinaux. L’un ou l’autre nous appellerait volontiers au secours, nous donnerait une église ou bien même nous confierait son séminaire ; mais dans la situation actuelle ils n’en ont pas la possibilité. Ces Nicodèmes attendent avec impatience une solution qui en plus les épaulerait personnellement. De toute façon mainte barrière tomberait et maint blocage se débloquerait chez des catholiques forts dans la foi mais anxieux. Les mentions dans les mass média et ailleurs d’une Fraternité schismatique ou apostate ou séparée de l’Église seraient à tout jamais déracinées.

4) Dans les années qui viennent nous aurons un besoin impératif de nouveaux évêques. Les sacrer sans mandat papal est certainement possible dans une situation d’extrême urgence. Mais si l’on peut sacrer des évêques avec la permission de Rome, il faut demander cette permission.

5) Les modernistes, les libéraux et les autres ennemis de l’Eglise sont très inquiets en ce qui concerne la solution pour la Fraternité en droit ecclésiastique. La différence d’avis ne suggère-t-elle pas que nous sommes sur le bon chemin ?

6) Comment l’Eglise peut-elle au juste maîtriser sa crise ? On ne voit aucun rayon d’espoir dans l’état actuel des choses. Par contre, un acte formel de reconnaissance de la Fraternité déclencherait une agitation salutaire à l’intérieur de l’Église. Les bons seraient encouragés, les méchants essuieraient une déroute.

VI. Réponse à quelques objections :

1) Comment peut-on rechercher une reconnaissance par le pape François ?

Réponse : Nous avons déjà indiqué la différentiation nécessaire de la charge du chargé. Le pape actuel a sans aucun doute le devoir, imposé par Dieu, de démontrer à chacun ce que fut en réalité le Concile et ce qu’ont opéré ses dernières conséquences au sein de l’Église : le désarroi, la dictature du relativisme, la priorité accordée à la pastorale sur la doctrine, l’amitié avec tous les ennemis de Dieu et autres opposants de la chrétienté. Mais c’est justement pour cela que l’un ou l’autre comprend les erreurs du Concile ou selon le cas déduit leur cause à partir des effets. A part cela, ceux qui ont mis sur la personne de Benoît XVI au lieu de placer la charge papale en premier et le chargé en second lieu ont été grièvement abandonnés lors de la démission de cette personne. Ne commettons pas la même erreur, en regardant trop la personne concrète au lieu de l’institution divine !

C’est peut-être justement le pape François avec son caractère imprévisible et ses improvisations qui serait capable d’une pareille enjambée. Les mass média lui pardonneront peut-être une telle mesure là où ils ne l’auraient jamais de la vie pardonnée à Benoît XVI. Avec son style de gouverner autoritaire, pour ne pas dire tyrannique, il serait très probablement capable d’imposer une telle mesure même contre une levée de boucliers.

2) Mais que diront les gens de la « résistance » ?

Réponse : Nous ne pouvons pas orienter nos actions sur des gens qui ont de toute évidence perdu le sens et l’amour de l’Église dans sa forme concrète. Ils sont d’ailleurs entre-temps totalement déchirés par des luttes intestines.

3) Vous devrez dorénavant observer le silence envers toutes les erreurs de nos jours.

Réponse : Nous ne nous laissons pas museler ; nous désignons les erreurs par leurs noms avant une normalisation et également après une normalisation. Nous voulons retourner de l’« exil » dans l’état où nous sommes aujourd’hui.

4) Le pape François a une tellement mauvaise réputation chez les catholiques qu’une reconnaissance de la Fraternité de sa part promet plus de dégâts que d’avantages pour elle.

Réponse : Nous avons commencé en faisant la distinction entre la charge et le chargé. Si François est pape – et il l’est –, alors il possède la juridiction sur l’Église entière, égal, si d’autre part il est utile à l’Église ou plutôt nuisible à elle. Prenons le chemin qui est utile à l’Église ; ne dirigeons pas notre opération selon la faveur des hommes, et Dieu nous bénira.

5) Mais cette intégration dans le système conciliaire coûtera à la Fraternité son profil, peut-être même son identité.

Réponse : Tout dépend de combien nous sommes fermes et de qui convertit qui. Si nous nous y prenons énergiquement, étayés sur la grâce de Dieu, alors notre nouvelle situation deviendra une bénédiction pour l’Église entière. Où existe-t-il une autre communauté qui puisse entreprendre concrètement une telle œuvre de conversion ? Certes, on ne doit pas compter sur ses propres capacités et vertus, mais justement sur l’aide de Dieu. Pensons à la lutte de David et Goliath, et passons à une analogie : en tant que chrétiens nous sommes implantés dans un monde complètement sans Dieu, pourri, et nous devons y faire nos preuves. Le danger de  contamination est grand ; et quand même nous devons et pouvons y échapper avec la grâce de Dieu.

Une chose est certaine : une nouvelle situation ne facilitera pas notre activité, mais plutôt l’entravera ; néanmoins, elle la rendra d’autant plus féconde.

6) Toutes les communautés qui se sont soumises à Rome ou bien se sont assimilées au système conciliaire ou bien elles ont coulé.

Réponse : La situation initiale n’est pas la même. Dans notre cas c’est Rome qui exige une solution et qui s’est approché de nous ; dans d’autres cas ces communautés sont allées à Rome comme suppliantes, souvent déjà en conscience de faute. Ensuite aucune d’elles ne possède des évêques, à part l’Association du saint Curé d’Ars dans le diocèse de Campos en Brésil, où Mgr Rifan est prêt à tout compromis. Évidemment il y a besoin du rempart solide d’une structure ecclésiale correspondante. Celle-ci paraît quand même être assurée par une prélature personnelle. Jusque-là une telle structure n’a été proposée à aucune autre communauté. Enfin l’objection alléguée n’est que partiellement pertinente : la Fraternité de St Pierre existe par exemple déjà depuis plus de 27 ans et, du moins dans l’espace théodiscophone, est restée à quelques exceptions près fidèle à la messe traditionnelle. Toutefois, son assurance-vie était la Fraternité Sacerdotale de St Pie X à l’arrière-plan.

VII. Bilan :

Si Dieu veut venir efficacement en aide à son Église qui saigne de mille blessures, Il dispose de mille possibilités à cet effet. Entre celles-ci se trouve la reconnaissance officielle de la Fraternité sacerdotale par les autorités romaines. La Fraternité n’est-elle pas consacrée à la Bienheureuse Vierge, qui protégera et ménera son œuvre dans une nouvelle situation aussi ? Dignare me laudare te, Virgo sacrata — da mihi virtutem contra hostes tuos. – ‹ Deignez, Vierge sacrée, que je vous loue — donnez-moi de la force contre vos ennemis. ›

Zaitzkofen, le 19 février 2016

Abbé Franz Schmidberger

Regens

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Le mariage chrétien. Allocutions du pape Pie XII

Au cours de ses audiences, le pape Pie XII avait l’habitude de s’adresser aux nouveaux mariés, venus à Rome pour leur voyage de noces.

Le Saint-Père leur parlait du rôle respectif de l’homme et de la femme, de leur harmonieuse collaboration, de l’amour qui les lie, des grâces sacramentelles auxquelles ils ont droit, des épreuves qu’ils pourront rencontrer, mais surtout des joies qui leur seront données, de la bénédiction des enfants et de l’éducation qui en est le corollaire.

Le Pasteur angélique possédait, à un degré étonnant, le don de renouveler un sujet, de varier son discours ou d’aborder un même thème sous des aspects différents. Chacune de ses allocutions est ainsi profondément originale et ouvre au lecteur des perspectives inédites.

De ces textes riches de doctrine, de fine psychologie, de conseils avertis, Pie XII n’a pas voulu faire un exposé technique. C’est une âme vivante et sensible qui s’exprime, celle d’un père qui communique à ses enfants son espérance surnaturelle en la valeur inestimable du mariage chrétien.

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